Le chapitre coupé

Illustration Félicie Krikler

Allons… Un peu de poésie dans ce monde de brutes ! Je vous laisse sur un chapitre que j’ai dû supprimer pour la version finale de mon livre à paraître cet été: Tricots, Flingues et Bras Cassés. Ce petit bout d’histoire ne cadrait pas avec le rythme assez soutenu de mon intrigue, alors je le publie ici pour vous. J’espère que la petite promenade dans les Pyrénées vous changera d’air, l’espace de quelques instants 🙂

Pour resituer un peu le contexte, Charlotte est une petite fille en cavale avec Ulrich, une sorte de vieux géant qui veut la protéger et échapper à 2 andouilles aussi bêtes que méchantes qui les poursuivent. Ils débarquent à Cambo les Bains chez Gabin, un ami d’e Jeremias, pote d’Ulrich, pour se planquer quelques heures avant de reprendre la route…

Cambo les Bains, la maison de Gabin

Il était déjà près de minuit. Après le départ de Jeremias, la petite avait dormi plusieurs heures dans le petit lit, tandis qu’Ulrich veillait à ses côtés sur sa chaise en bois, guettant par la fenêtre les allées et venues des voisins. Jeremias avait fermé son café depuis quelques heures, et avait offert un repas digne de ce nom à ses invités. Ils s’étaient installés tous les trois dans la pièce étriquée qui tenait lieu de cuisine et était éclairée au néon, ce qui diffusait un éclairage déprimant sur le repas que leur avait servi leur hôte. Ragoût d’axoa et un lukinke du coin, que Charlotte reconnut comme un saucisson sec dont elle ne raffola pas trop. Le piment d’Espelette du plat lui fit cracher des flammes qui l’empêchèrent de manger par la suite. De toute manière, elle ne fut pas capable d’avaler grand-chose. La fillette se demandait surtout à quel endroit Jeremias comptait les emmener, puisque c’était ce qu’il avait promis de faire. Elle restait étonnamment silencieuse, laissant les deux hommes évoquer leurs vies et ces étapes qu’ils avaient manquées sur les vingt cinq dernières années.

Jeremias avait eu trois enfants avec une femme qui l’avait quitté trois ans auparavant pour aller vivre avec un saltimbanque, un acteur saisonnier qui gagnait à peine de quoi nourrir les trois mômes. Bien sûr, le père esseulé se faisait un sang d’encre pour sa progéniture, et envoyait de temps en temps un de ses amis chasseurs faire un petit tour vers Peyrehorade, où ils habitaient désormais, histoire de vérifier que tout se passait à peu près bien. Son ex-femme gardait de bonnes relations avec lui, mais refusait que ce dernier les voie autrement que durant les vacances. Jeremias se consolait en se disant qu’au moindre écart de son rival, il débarquerait avec sa bande de copains pour aller faire quelques jolis motifs sur la peau au bonhomme, à coups de fusils bien ajustés.

Charlotte apprit aussi qu’Ulrich avait fait plusieurs métiers qui l’avaient fait voyager aux quatre coins du monde. Il avait roulé sa bosse longtemps jusqu’à ce qu’il finisse par se poser dans sa petite cabane isolée de Sables d’Or les Pins.

Jeremias entreprit de nettoyer la cuisine avec l’aide de son ami et décréta qu’il était temps de lever le camp. Son ami Gabin attendait les fugitifs dans sa maison de Cambo les Bains, et il était l’heure de le retrouver. Le barman enfila une grosse veste de velours vert foncé, et attrapa près du comptoir du café les clés de sa voiture. Ulrich prit la petite par la main et tous les deux s’engouffrèrent dans la voiture de leur hôte. Charlotte mourrait de froid dans la petite auto et serrait contre elle son petit manteau. Ulrich s’en rendit compte et la couvrit de sa propre veste. Il n’ouvrait pas la bouche, et la petite le sentait concentré, un brin anxieux. Elle se taisait également, sentant que l’heure n’était clairement pas au bavardage, et elle était de toute façon trop fatiguée pour penser à quoi que ce soit. Le trajet dura près d’une demi-heure. Afin de s’assurer qu’ils n’étaient pas suivis, Jeremias avait rallongé la sauce et pris quelques détours. Ils quittèrent Hasparren rapidement, et après Espelette, Jeremias bifurqua sur la droite pour prendre une route secondaire. Après quelques minutes, il emprunta un chemin pierreux qui fit cahoter la voiture d’Ulrich d’une façon désagréable, et ils parvinrent après un kilomètre à une petite maison plantée au milieu de ce qui ressemblait à un immense domaine.

Lorsque Charlotte ouvrit les yeux le lendemain matin, des chants d’oiseaux emplissaient tout l’espace de la chambre. Elle se tira de la chaleur d’une couette moelleuse d’un saut sur le parquet, et se faufila à l’étage en dessous pour explorer le coin. Elle avait enfilé au passage la veste épaisse qu’Ulrich lui avait prêtée la veille, et elle avait aux pieds les chaussettes de la tenue qu’elle portait depuis quelques jours. Il allait falloir s’équiper en nouveaux vêtements, mais cela attendrait. Elle était lève-tôt, par opposition à tous les adultes de sa connaissance, et fût surprise de découvrir que leur hôte était déjà dans la cuisine. L’homme, qui les avait accueillis la nuit précédente était en train de pétrir une pâte qu’il écrasait à présent avec le plat de la main. Près de lui, un énorme chien se tenait assis, la tête haute et le regard digne. Il avait une stature qui rappelait l’ours et le lion à la fois, devait bien faire cinquante kilos, et sa gueule énorme était ouverte pour laisser une langue interminable pendouiller lamentablement. En la voyant entrer, l’animal se précipita sur elle. La petite fille eut un sursaut de peur devant l’imposante bête avant de se mettre à caresser sa fourrure noire et blanche quand elle le vit sentir ses vêtements, sa queue battant l’air tant il semblait heureux de l’accueillir.

Elle se glissa ensuite sur le banc qui longeait la grande table en bois où le prénommé Gabin était en train d’officier. Un feu crépitait dans la cheminée proche, et l’homme la regarda en souriant des yeux avant de se concentrer de nouveau sur son pétrissage. Il devait avoir dans la cinquantaine, les épaules larges et le corps assez trapu. Un visage avenant marqué de fines rides qui lui dessinaient un regard bienveillant sur des yeux d’un bleu très clair. Ses mains imposantes effectuaient des gestes étonnamment précis, que la petite prit plaisir à observer durant quelques minutes.

Finalement, l’homme la regarda et expliqua:

– Le chien s’appelle Aldo. C’est un mâtin des Pyrénées. Il est adorable avec les enfants, tu sais. Et puis c’est un véritable amateur de saucisson ! Tu es bien matinale, jeune fille, ajouta-t-il après un moment.

– Chez mon père, je suis toujours la première levée. C’est moi qui prépare le café pour mon précepteur. J’aime bien l’odeur. Mais je déteste le boire. Et vous, vous aimez le café ?

L’homme hocha la tête, et promena de nouveau son regard lumineux sur elle une poignée de secondes.

– Pourrais-tu me donner un peu de farine, si tu as les mains propres ?

La petite passa sa main sur la tête au pelage soyeux du gros Aldo, puis sauta du banc, fila vers l’évier pour se laver soigneusement les mains, avant de revenir vers la table pour prendre une bonne poignée de farine dans une boîte en métal. Elle dispersa un petit nuage blanc au-dessus du tas que Gabin lui indiqua du menton. Celui-ci mélangea la farine à la boule qu’il était en train de travailler, et demanda :

– Pourquoi as-tu un précepteur ?

– Mon père, il n’a jamais le temps de s’occuper de moi. Et il dit qu’à l’école, on n’apprend que des idioties. Alors il y a un précepteur à la maison, pour m’enseigner tout ce qu’il faut savoir. C’est votre métier, boulanger ? demanda-t-elle après s’être assise de nouveau, les mains blanches de farine.

Elle s’était agenouillée sur le banc, et avait les bras posés à plat sur la table pour mieux observer les gestes de Gabin.

L’autre continuait à pétrir sa pâte lentement et répondit laconiquement :

– Non. Ce n’est pas mon métier.

– Alors c’est quoi ? insista la petite en frappant ses mains l’une contre l’autre.

– Ce que je fais n’a pas de nom.

– Pourquoi ?

– Parce que j’exerce un travail qui n’existe nulle part ailleurs.

– Mais c’est quoi, alors ? interrogea Charlotte, intriguée. Vous êtes dresseur d’ours-chien ? Fabricant de sculptures en pain ?

Elle regardait en effet l’homme former un visage avec des bourrelets de pâte qu’il assemblait avec un certain talent. À l’évocation de ces métiers incongrus, il sourit et leva le nez pour la regarder :

– Je te raconte ce que je fais, et toi, tu vas trouver un nom pour ce métier là, d’accord ?

Charlotte rosit de plaisir et plissa les yeux, concentrée, en hochant la tête. Elle se pinça brièvement les lèvres, et attendit en ne quittant pas des yeux son interlocuteur. Il commença alors doucement à parler, d’une voix de basse qui caressait l’air :

– Il y a très longtemps, je me suis marié. Lila, c’était le prénom de ma femme. Un sacré personnage. Une femme très vive, tu vois, très gaie, et qui adorait les fleurs. Alors moi, comme j’étais terriblement amoureux d’elle, je lui achetais des tas de fleurs, tout le temps. Mais pas des fleurs coupées, tu vois, des vraies fleurs, en pot, des vivantes.

Charlotte hocha la tête gravement, elle comprenait. En même temps qu’il parlait, Gabin avait finalement fait une boule de la pâte qu’il avait transformée en visage, et s’était remis à la pétrir avec lenteur.

– Nous avons eu un fils, Dorian. Et puis on a acheté cette maison, à cause du jardin. Parce que tu penses bien qu’à force d’acheter des fleurs en pot, il avait fallu leur trouver une place, et notre petit appartement était devenu une vraie serre, alors on avait à peine de quoi s’asseoir, entre les géraniums, les lys et les gardénias !

La fillette approuva de la tête.

– Du coup, Lila avait ses fleurs fraîches, qu’elle venait sentir tous les matins, et Dorian avait un bel espace pour jouer.

– Et toi, tu faisais quoi ?

Gabin leva la tête et plissa les yeux dans un sourire.

– J’y viens, ma petite curieuse. J’y viens. À l’époque, j’avais un atelier de menuiserie. On y fabriquait de beaux meubles, des étagères…

– Et des armoires ?

– Des armoires aussi, en effet. Mais ça m’obligeait à être souvent sur la route, parce que l’atelier marchait bien, et il fallait vendre. Les gars qui travaillaient avec moi, qui faisaient les meubles, ils bossaient bien, alors les commandes étaient nombreuses, tu vois ?

Elle fit oui de la tête et finit par s’asseoir sur le banc, les coudes douloureux. Le chien vint poser son museau sur ses genoux et elle caressait le poil soyeux de sa tête.

– Lila aimait tellement les fleurs qu’elle avait monté une petite entreprise de fleuriste. Elle allait vendre ses fleurs sur les marchés, et elle se déplaçait beaucoup chaque fin de semaine. Et un jour, en rentrant du marché, elle a eu un accident. Le temps était horrible, du vent, de la pluie verglacée, et une visibilité très mauvaise à cause d’un brouillard qui flottait, très bas et très épais. Elle a fait une sortie de route, et ça a été terminé.

– Terminé ? demanda Charlotte en frissonnant.

– Elle est morte sur le coup, tu vois.

La petite serra les pans de la veste d’Ulrich autour d’elle, mortifiée.

– C’est une vieille histoire, tu sais. Elle est triste, mais cela fait bien longtemps. Et le temps est un malin. Il laisse tomber de petites gouttes d’oubli sur le cœur, et ça aide à vivre quand on a beaucoup aimé quelqu’un qu’on a perdu.

– Des gouttes d’oubli ? reprit la fillette interloquée.

– Oui, c’est un moyen de laisser le cœur battre, même quand on pense qu’il va s’arrêter.

– C’est pratique.

– Très. C’est comme ça que j’en suis venu à inventer mon nouveau métier. Et à m’occuper de Dorian, qui a grandi sans maman.

– Ça a dû être difficile. Moi aussi, j’ai pas de maman, et je trouve ça difficile.

– En effet. Mais Dorian, qui avait sept ans à l’époque, était un enfant solide et joyeux. Un peu comme toi, j’imagine. Et il a finalement poussé bien droit.

– Il est où ?

– Dorian ? Il habite à Toulouse. Il est marié, maintenant, tu sais. Et il a trois enfants.

– Alors t’es grand père, conclut Charlotte.

Gabin acquiesça d’un hochement de tête, et plaça la boule de pâte qu’il venait de former dans un plat qu’il couvrit d’un torchon humide. Se tournant vers son invitée, il lui demanda :

– Chocolat chaud ?

– Oui ! répondit celle-ci avec enthousiasme. Elle mourrait de faim et avait un peu froid. Mais comme le Petit Prince de Saint Ex, elle ne renonçait pas facilement à une réponse une fois qu’elle avait posé une question et demanda de nouveau :

– Mais tu fais quoi, alors ?

Gabin se mit en quête du chocolat en poudre, et entreprit de préparer un chocolat chaud maison en versant du lait dans une casserole. Il expliqua :

– Quand Lila est morte, j’ai eu beaucoup de peine. Et je n’étais plus capable d’aller vendre mes meubles, d’aller voir les clients, ou même de gérer les personnes qui travaillaient sous mes ordres.

– Les menuisiers, comprit Charlotte.

– Les menuisiers. Du coup, je restais là, sans rien faire. J’en étais bien incapable. Et puis Dorian, lui, il ne savait plus comment réagir. Il avait besoin de moi, il était encore petit, mais je n’arrivais pas à me sortir de mon chagrin.

– Tu tournais en rond.

Avec un sourire de biais, Gabin déposa une tasse fumante où flottait une fine couche de mousse chocolatée devant Charlotte. Et tandis qu’elle en dégustait la première gorgée au point de se fabriquer une jolie moustache brune, il continua.

– Un jour, Dorian s’est posté devant mon lit, que je quittais de moins en moins, et il m’a dit : « Papa, faut que tu sortes de là. J’ai besoin de toi. Maman, elle serait jamais restée au lit, tu sais, si tu étais mort. Elle se serait occupée de moi. Et puis de ses fleurs, aussi ». Alors moi, je l’ai regardé et j’ai réalisé qu’il avait raison, ce petit bonhomme.

– Alors t’as fait quoi ?

– Et bien je me suis assis sur le bord du lit. Je l’ai pris dans mes bras, et j’ai essayé de ne pas pleurer. C’était difficile, tu sais. Et puis je lui ai demandé ce qu’elle aurait fait, selon lui, Lila, pour son fils et pour ses fleurs. Et tu sais ce qu’il a répondu ?

Charlotte promena ses boucles brunes de gauche à droite, le bol de chocolat entre les mains.

– Il a dit que sa maman l’aurait embauché pour aller planter des fleurs avec son chagrin.

– Ça veut dire quoi ?

– Qu’elle aurait mis sa tristesse dans la terre. Et ça m’a donné une idée.

– Quoi ? T’as fait des trous partout dans le jardin ?

Gabin se mit à rire et s’assit devant elle, de l’autre côté de la table.

– Oui, si on veut ! Je me suis mis à planter des bulbes. J’en ai planté des dizaines, et au printemps, ça a été une véritable explosion ! Un truc incroyable ! Les gens venaient ici, et ils étaient époustouflés par ce qu’ils voyaient. Ils disaient que j’étais un artiste, alors qu’en fait, j’avais juste mis mon chagrin en fleurs.

– Une bonne idée, approuva Charlotte.

– En effet. Du coup, ça m’a tiré d’une dépression, et tout ça grâce à un garçon gros comme une coccinelle.

– Ça fait pas gros, pour un enfant !

– Bah, il n’était quand même pas si petit ! s’amusa Gabin. C’est vrai qu’il était encore jeune, mais il avait déjà compris des choses importantes !

– Et il t’a aidé à planter les bulbes ?

– Oui, il a lui aussi planté des tas de bulbes, cet automne-là. On passait du temps ensemble, c’était bien. Il me parlait peu, mais je sentais que cela lui faisait autant de bien qu’à moi.

– Et après ?

– Après, le maire est venu me voir. C’était un de mes amis, tu vois. Et puis il m’a demandé si je voulais changer de métier. Et faire ce que je fais depuis, pour les gens du coin.

– C’est quoi ?

– Planter des bulbes pour les gens qui sont vivants et qui veulent se souvenir de leurs morts.

Charlotte ouvrit de grands yeux sans comprendre. Venant à sa rescousse, Gabin expliqua :

– Le maire m’a dit qu’il me prêtait les terrains qui entourent notre maison. Ils appartiennent tous à la commune. Il y en a des hectares comme ça, tout autour. Il savait que je ne pouvais plus faire marcher mon entreprise comme avant, et que j’avais malgré tout besoin de nous faire vivre, Dorian et moi. Alors il m’a proposé de faire pour d’autres ce que j’avais fait pour Lila. Du coup, je me suis mis à offrir mes services aux gens pour créer de petits jardins à la mémoire des personnes qu’ils aimaient et qui étaient décédées.

– T’as planté des tas de bulbes.

– Exact. Et j’ai encore beaucoup de parcelles à couvrir.

– Et les gens, ils viennent voir le jardin, des fois ?

– Oui ! Ils amènent des chaises, des tables même parfois. Certains se réunissent chaque année en mémoire de la personne qu’ils aimaient, d’autres se retrouvent ici les fins de semaine.

– Et les bulbes ? T’as arrêté d’en planter ?

– Pas du tout !

L’homme se leva pour aller préparer quelques tartines. Tout en coupant le pain, il expliqua :

– Les gens veulent parfois changer les fleurs de leur jardin, alors je refais un plan pour mettre des variétés un peu différentes. Et puis après quelques mois, j’ai fini par reprendre la menuiserie. Du coup, mes salariés se sont mis au mobilier de jardin, et mes clients achètent de quoi se faire un joli petit coin. Il y en a qui considèrent que cet endroit est leur jardin, et ils viennent le soir parfois, quand il fait beau, pour manger et se reposer.

Charlotte croqua dans une tartine qu’elle venait de beurrer avec un plaisir évident, et s’exclama finalement :

– Ch’est génial ! Comme ça, y a des gens tout le temps ichi !

– Exact ! Mais là, tu vois, comme tu es en cavale avec ton ami Ulrich, j’ai décidé de fermer le jardin quelques jours, le temps que vous puissiez vous cacher sans être ennuyé.

La fillette ne répondit pas. Elle finit de mâcher, puis regarda Gabin et dit :

– Alors ce sera « chantegrin ».

– Quoi, chantegrin ?

– Ben le nom du métier que tu fais. C’est pour faire chanter les chagrins.

Printemps

Aujourd’hui est un jour spécial. J’ai décidé, avec mon mari et un de mes fils, de faire un jeûne de 36h. Pas grand chose, mais un petit geste pour mon corps et mon cœur, qui ont terriblement besoin de ce repos. Et moi, infatigablement branchée sur le mouvement perpétuel, j’ai décrété un jour de pause total ! En cette période de confinement, voilà qui tombe à pic… C’est donc un mouvement vers l’intérieur. Et la journée démarre avec ma séance d’écriture quotidienne, agrémentée de tisanes variées : gingembre frais et thé vert, romarin et thym du jardin… A 10h, séance d’hypnose en visio avec ma coach préférée, hypnothérapeute de talent, ainsi que 2 autres participantes. Un moment fort autour de l’animal totem, et j’ai trouvé le mien !

Et puis cette découverte d’une femme au parcours étonnant, grâce à mon fils Sacha qui m’a montré une vidéo que je partage ici avec vous : https://www.youtube.com/watch?v=-wFsYY71wyk. Cette femme est un peu une fée, et nous rêvons à ses côtés de ces étendues immaculées du Nord de la Suède où la neige est le paysage de la moitié de l’année… Sa vivacité et le naturel avec lequel elle filme sa vie me font l’effet d’un bain chaud un jour de tempête, c’est reposant et surprenant comme ça fait du bien !

 

Je me suis lovée sous le prunus, et au-dessus de ma tête, un couple de tourterelles travaille à la journée longue à la construction d’un nid douillet pour les petits à venir… C’est épatant de les regarder faire sans discontinuer, ce petit manège en vue de préparer la venue de la descendance… Les mois qui viennent de se dérouler ont pour moi été parmi les plus difficiles de mon existence. J’apprends beaucoup, je traverse ce tumulte avec une conviction profonde : celle que la vie est et sera toujours la plus forte, que sa bienveillance m’encourage à dépasser les peurs et à aller au bout de ce que j’ai besoin de faire sortir. Un accouchement attendu et douloureux, qui me permet de délaisser sur le bord du chemin des pans du passé qui m’empêchaient d’avancer vers moi-même. Ce qui m’aide à placer toujours un pied devant l’autre est cette certitude de faire ce que je dois faire et d’être sincère avec moi-même.

Jour de jeûne, c’est jour de communion avec soi. C’est porte ouverte décidée vers l’intérieur, sans culpabilité et sans faux semblants. C’est la conscience profonde de ce qui vit en soi, les sens en éveil, et la conviction de faire du bien à son corps par ce repos choisi. Et puis vu que je passe environ 1h30 à 2h par jour (si ce n’est plus) à cuisiner, c’est un VRAI repos aujourd’hui ! Même si j’adore cuisiner, un jour comme celui-ci me repose, sous les oiseaux et dans le soleil. Les tourterelles n’ont pas peur de moi et s’approchent, elles sont un peu comme des copines qui viennent faire leurs petites affaires tranquillement. Je partage avec vous ces moments de repos et de calme, pour que cela vous invite à faire de même, peut-être, à l’endroit où vous vous trouvez sur la planète 😉

Et si… tout était possible ?

Je ne sais pas pour vous, mais moi, il me vient des pensées très philosophiques depuis le début de ce confinement. Voici un petit tour d’horizon de ces réflexions qui m’effleurent le coin de la pensée, jour après jour…

 

Tout s’est arrêté dans le pays, dans de nombreux pays du monde. Un événement extra-ordinaire, auquel personne ne s’attendait. On serinait aux politiques et aux citoyens, depuis longtemps, qu’il fallait réduire les émissions de carbone, diminuer l’usage de la voiture, cesser de consommer à tout va, respecter la nature et la laisser plus libre, arrêter l’expansion des villes et améliorer la qualité de l’air, permettre davantage de liens entre les gens et de solidarité… Mon appétence naturelle pour la résilience et tout ce qui s’en approche m’a mise sur le même chemin pour voir, dans cette crise sans précédent, un moteur de changement formidable.

Car voyons dans le détail ce que le virus, outre malheureusement les morts, a apporté :

Je regarde par la fenêtre, et je vois beaucoup plus d’oiseaux que d’habitude. L’air que je respire est sain. Dans le ciel, plus une trace : les avions ont cessé de voler, le bleu est magnifiquement uniforme. Avec nos voisins, nous nous rencontrons et nous discutons (de loin). La voiture, je ne l’utilise que pour aller faire quelques courses. Même si je n’étais pas une adepte des magasins, je n’y mets plus les pieds du tout. Je prends des nouvelles des gens que j’aime (j’en ai enfin le temps) et avec les voisins, on s’organise entre nous pour savoir qui a besoin de quoi. Je prends du temps pour faire du sport, préparer de bons petits repas, prendre soin des gens que j’aime et, surtout, lire, écrire ! Faire des tâches qui attendaient depuis des mois et jardiner un peu.

Ailleurs, j’observe aussi des choses magiques. On voit les animaux sauvages revenir près des villes. L’air est plus pur et les constructions à tout va se sont temporairement arrêtées. Des gens se montrent généreux, proposant aide, soutien et appartements aux soignants, d’autres qui tentent de faire rire leurs congénères avec des vidéos, des jeux, des apéros fenêtre… Certains proposent leurs services pour nourrir les personnes âgées, ressentent le besoin d’être attentif à l’autre et de se sentir utile. Et puis on prête enfin attention à des professions qui étaient en grande souffrance et qui connaissaient des taux de suicide inédits, faute de soutien et de regards positifs : les soignants, les agriculteurs, les policiers… Ceux-là sont les vrais héros des moments que nous vivons et sont finalement reconnus pour l’utilité indéniable qu’ils ont dans nos sociétés. D’où viennent donc ces manifestations ? J’ai tendance à penser, à l’instar d’Isabelle Filliozat, que la joie naît du déséquilibre, l’échec, l’épreuve, la permettent plus sûrement que quand « tout va bien ».  Sans doute, un de ces moments qualifiés de ‘temps de guerre’ nous permet de dépasser nos limites, d’aller chercher le meilleur (parfois le pire…) en nous, et d’allumer les flammes intérieures qui nous font rechercher nos valeurs fondatrices, celles que l’on oublie parfois au gré d’un quotidien confortable mais stérile. Là encore, Filliozat éclaire le chemin : La sécurité est un facteur de confort, pas de joie. Et si chacun s’interroge sur la pérennité du mouvement lancé par le virus, sur notre capacité à tous à repenser profondément le système malade qui nous a conduit à cette époque bizarre où l’entreprise est devenue le berceau de la souffrance pour beaucoup, où la nature disparaît pour faire émerger des usines qui nous rendent malades et où le bonheur, recherché partout, n’a jamais été aussi lointain, il est temps de se poser pour savoir comment trouver les nouvelles clés.

Car cette période passionnante qui fait naître ce qui émergeait déjà avec les mouvements écolos-conscients pose de vraies questions qui, faute de trouver des réponses adéquates, nous mettrons face à des mécanismes de disparitions massives. Celles d’espèces animales, végétales, mais aussi humaines… J’invite donc chacun à profiter de ces instants de pause pour réfléchir posément à de nouvelles façons de concevoir sa vie. A accepter d’y intégrer une dose de risque qui sera indispensable pour faire intervenir le changement sain d’une société qui se repense. Il s’agira de trouver des voies différentes, d’inventer des solutions novatrices et de cultiver des attitudes fécondes. Gardons ce que le covid nous apporte de bon et d’utile, et mettons tout cela au service d’un monde où le bonheur sera plus accessible et plus facile à cultiver, partout sur la planète.

 

Pour vous inspirer un peu, je vous invite à vous délecter du film documentaire drôle, émouvant et délicieux Tout est possible (The biggest little farm, 2018). Et pour conclure, voici une petite histoire citée par Sogyal Rinpoché dans son Livre Tibétain de la Vie et de la Mort » et écrite par Portia Nelson:

 

Je marche dans la rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je tombe dans le trou.
Je suis perdu … désespéré.
Ce n’est pas ma faute.
Cela me prend une éternité pour en sortir.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je prétends que je ne le vois pas.
Je retombe encore dedans.
Je n’arrive pas à croire que je me retrouve de nouveau dans ce trou.
Mais ce n’est pas ma faute.
Et de nouveau, cela me prend longtemps pour en sortir.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je vois le trou.
Je tombe encore dedans. C’est devenu une habitude.
Mes yeux sont grands ouverts.
Je sais très bien où je suis.
C’est ma faute.

J’en sors rapidement.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je le contourne.

 

Je marche dans une autre rue.

Poème « Autobiographie en cinq actes », de Portia Nelson

Des mangues ? Des souvenirs…

J’ai craqué. Elles étaient là, sur l’étal, venaient d’Espagne (alors qu’on les trouve souvent depuis le bout du monde), bien dodues… J’ai pris les mangues, et les ai installées sur la table de la salle à manger, à la maison. Laé passe à côté, et me remercie. Cela faisait longtemps. La peau lisse, mangée d’un vert qui tire à l’orange. Plus que des fruits qui vont contribuer à notre apport sain de « 5 fruits et légumes par jour », ce sont de petits morceaux d’histoire qui se frayeront bientôt un passage dans nos palais ravis. C’est ainsi que nous vivons la suite de notre histoire. Car souvent, les gens qui connaissent notre chemin de vie nous demandent : « Ce n’est pas trop dur, de revenir en France ? D’être de retour sur la terre ferme ? ». Que non. Des aventures, bien que moins conventionnelles qu’un voyage en bateau, nous ont permis d’apprendre beaucoup, de cheminer puissamment, de découvrir encore ce pays incroyable qu’est la France. Mais il y a aussi les souvenirs, qui peuplent encore notre imaginaire, notre vécu.

Il arrive ainsi parfois que, durant la journée de travail, on échange Ben et moi au téléphone. Et tout à coup, l’un dit à l’autre : « Sais-tu où j’étais, ce matin ? A Grenade. Au mouillage face au coucher de soleil. » Et l’autre, invariablement, de répondre quelque chose comme : « C’est marrant, moi j’étais aux Iles Vierges, dans les Baths ». Le voyage continue, donc. Ce sont des flashs, des images, des moments de bonheur qui reviennent. Un peu à la manière de ces vieux qui ont encore leurs souvenirs pour vivre des aventures que leur corps leur refuse désormais. Si bien que ces mangues, ce sont des souvenirs vivants. Ben les découpera, comme il le faisait sur le bateau lorsque nous les ramassions au sol en Martinique, en Dominique ou ailleurs. Il en fera des dos de hérisson, pour que chacun puisse couper un petit cube bien dense de chair sucrée. Et on se délectera du fruit avec en tête ces moments de vie qui nous appartiendront toujours.

Déclaration

J’aime quand tu regardes un film émouvant, et que tu te mets à pleurer à chaudes larmes derrière tes lunettes embrumées. J’aime quand tu racontes qu’aux urgences pédiatriques, tu fais la tournée de tes petits patients pour un dernier câlin avant de partir. J’aime quand tu te lèves grognon et que tu accuses le monde de tourner à l’envers juste parce que tu n’as pas pris ton café. J’aime quand tu joues la provoc’ et que tout est prétexte à conflit parce que c’est ce qui t’amuse. J’aime te voir sourire de toutes tes dents parce que tu viens de faire une blague lourde et que tu en es fier. J’aime le regard qui te traverse le visage quand tu es à la barre d’un bateau qui file dans le vent. J’aime te voir développer des trésors de patience pour aider une personne âgée à sortir d’une voiture. J’aime quand tu appelles ton chien et que tu fourres tes mains dans son poil pour lui montrer que tu l’aimes. J’aime te voir féliciter un de tes fils, quand il vient de t’annoncer une petite victoire et que tu es heureux pour lui. J’aime te voir bricoler, et te passionner pour le montage d’une cabane pendant des heures. J’aime voir tes grandes mains caresser doucement la joue d’un tout petit bébé. J’aime ce poing que tu tiens contre ton menton quand tu réfléchis profondément. J’aime te voir dévorer des polars nuit et jour, quand tu es pris par l’histoire. J’aime quand tu te plains de te faire harceler par ton petit chien, et que tu cèdes toujours en le prenant sur tes genoux. J’aime t’entendre me raconter que la rando se termine bientôt, quand je sais qu’il reste encore 20 bornes à faire. J’aime savoir que tu es près de moi quand je me réveille. J’aime quand tu rentres d’une nuit de garde, épuisé mais ravi d’avoir soigné des gens. J’aime t’entendre évoquer que tu as calmé un enfant pour lui faire un soin en lui chantant la Reine des Neiges. J’aime écouter ta voix quand tu chantes à l’église où tu ne mets presque jamais les pieds. J’aime savoir qu’on a fait tout ce chemin ensemble. J’aime ton odeur et je l’aimerai toujours. J’aime quand une jolie fille te fait du gringue, et que tu t’en rends compte. J’aime tes fossettes, quand je dis des bêtises et que ça te fait marrer. J’aime savoir que tu existes. J’aime quand tu m’énerves, et que ça ne dure jamais. J’aime quand tu cuisines, rarement, et que tu mets les petits plats dans les grands avec une autosatisfaction manifeste. J’aime ce sens de l’accueil que tu cultives avec tout le monde. J’aime te voir bosser comme un fou et que ça te rende aussi heureux. J’aime ces marches sur la plage avec toi, quand il fait froid et qu’on est les seuls à braver le vent et à s’en délecter. J’aime chaque minute passée à tes côtés, et j’aimerais que ça dure encore longtemps. J’aime me rappeler que cela fait déjà 23 ans qu’on s’est rencontrés.

Comme un air de changement…

Depuis quelques semaines, une chose m’intrigue. Au travail, je vois des salariés qui s’enfoncent dans une dynamique qui les mène droit vers des problèmes de santé, des soucis familiaux, sans qu’ils semblent rien pouvoir faire pour arrêter le train qui les emporte. On dirait qu’ils sont prisonniers de leur propre logique, et que, même conscients de se faire une vie où ils ne respirent plus, ils éprouvent le besoin de poursuivre malgré tout. Cela en dépit de toute logique apparente. J’ai observé le même phénomène chez moi. Addict que je suis à l’activité, je remplissais ces derniers temps mes heures de tâches et de rendez-vous, tout en me plaignant du peu de temps qu’il me restait avec moi-même. Surtout, je m’étais mise à faire des shiatsus autant que je le pouvais, estimant que je devais m’entraîner. Mais par dessus tout, convaincue que cette pratique apporte bien être et soulagement, j’ai voulu accompagner des personnes proches de ces gestes qui libèrent et défont les nœuds que les émotions inscrivent dans le corps. Ce faisant, j’ai vécu un phénomène de vases communiquants que je n’avais pas anticipé ! Je donnais mon énergie, que je n’avais pourtant pas en quantités illimitées, à ces personnes qui vivaient des moments difficiles et chargés en émotions négatives. Chaque fois, je me suis retrouvée exsangue, avec des pensées pesantes et dénuées d’entrain. Que se passait-il donc ? Mon prof de shiatsu me l’a expliqué : j’avais absorbé toutes ces énergies, faute de savoir m’en protéger. Je vais donc apprendre à le faire, pour éviter de me retrouver épuisée ainsi. Mais ce que je retiens surtout, c’est cette nécessité que j’avais de changer de comportement, et le constat de ma propre incapacité à le faire. Mon corps me disait de me reposer et de me recharger en énergie, mais je continuais à disperser celle-ci pour faire perdurer ma petite logique mortifère !

Finalement, je crois qu’on a tous une appétence plus ou moins consciente pour des schémas parfois négatifs, mais rassurants car connus. Changer demande de secouer le filet des habitudes pour en voir sortir un « moi » différent, avec lequel on n’est pas sûr de vouloir s’accoquiner ! Changer signifie que l’on accepte, par ailleurs de reconnaître qu’on a peut-être tort de faire ce que l’on fait, et qu’il faut se mettre davantage en lien avec notre corps et ses besoins. Une preuve qu’on n’a pas fait ce qu’il fallait, et qu’il est important de redresser la barre, sous peine d’avoir un petit retour de réel 😉 La vie nous rattrape toujours, et ce qu’on lui impose, elle finit toujours par le tordre et nous le mettre sous le nez. Elle nous force à y voir plus clair. Libre à nous, ensuite, de changer… ou pas ! Dans mon cas, j’ai décidé d’écouter les signaux de plus en plus fort que mon corps envoyait. J’ai dit non à certains engagements, j’ai reporté ce qui pouvait l’être et priorisé différemment mes activités. J’ai remis au centre de mon temps les choses qui étaient les plus importantes à mes yeux, et j’ai tâché de me créer un environnement où je me sens bien.

La vérité, c’est que ces petites stratégies fonctionnent plutôt bien ! Ce qui coûte le plus, en définitive, c’est la résistance au changement. Mais s’en rendre compte implique un certain recul, que nous ne nous autorisons pas toujours à avoir…

Julia’s secret

Ce n’est pas de Victoria, qu’il s’agit! C’est de Julia ! On quitte la lingerie, je vous emmène dans les bouquins. C’est mon petit jardin, mon domaine, mon royaume. Julia, c’est bien sûr mon amie invisible: Julia Cameron. Elle qui m’accompagne en écriture chaque fois que je pars en voyage au pays des mots. Vingt ans que l’on se fréquente, par livre interposé ! Dès que j’ai un coup de Trafalgar, que le doute m’étouffe, que la vie se met à avancer de traviole, la voilà qui débarque, avec ses encouragements et sa boîte à outils. J’ai plusieurs livres d’elle, en anglais ou en français selon qu’une traduction était disponible ou pas. Je me vautre dans ses phrases comme on se couche sur un canapé moelleux, une tasse de thé japonais à portée de bouche. Avec elle, pas besoin d’être maquillée, de paraître plus belle qu’on est, de prétendre être ce qu’on n’est pas. Je me contente de lire les mots et de reconnaître ce que j’ai besoin d’y voir. C’est aussi bête que ces phrases où elle fustige notre besoin de toujours mettre l’écriture sur un piédestal. Un excellent moyen, en vérité, de s’arrêter d’écrire ! Car la plume doit pouvoir traverser tous les temps, un peu comme le pèlerin sur le chemin. Elle doit arriver à se traîner sur la page par toutes les humeurs, tous les styles, tous les échecs. Écrire, comme une façon de respirer. C’est comme ça que je considère la chose. C’est pour cela que je monterai mon premier atelier d’écriture bientôt : pour faire circuler cette idée qu’écrire peut être un moyen d’exister, tout simplement. On écrit comme on se lave les dents ou comme on fait l’amour. C’est une forme de routine de l’esprit, d’apprentissage du cœur, qui se nourrit de mots, un jour après l’autre. Point besoin d’être un grand écrivain pour écrire. Juste le goût de se trouver au détour d’une phrase, d’un point virgule…

J’aime par dessus tout l’idée qu’écrire chaque jour revient à installer une hygiène personnelle pour soigner son âme. J’écris pour ne pas avoir à pleurer, ou alors pour pleurer en présence d’une compagnie bienveillante : celle de la page qui reçoit les mots. J’écris pour crier, hurler et insulter ce gars qui m’a mise en colère, des mots de silence que j’envoie en l’air pour envoyer un uppercut invisible à l’impudent. J’écris pour regarder passer le quotidien sous mes yeux, comme une musique sans notes et qui s’émerveille d’un pelage de chat ou d’une lumière sur les roses près de moi. Et chaque jour où je n’écris pas (même s’ils sont rares), quelque chose manque, une bougie ne s’est pas allumée quand il aurait fallu, une partie de moi reste endormie.

J’ai grand besoin de partager cet émerveillement quotidien. De proclamer haut et fort qu’écrire n’a rien de sorcier et peut changer une vie. J’ai toujours le cœur qui se serre un peu lorsque je rencontre des écrivains qui se galvanisent de « savoir » écrire. Comment peut-on ainsi se vanter de faire quelque chose qui est à la portée de chacun ? Car je trouve que, dès lors qu’on peut tenir un stylo, on « sait » écrire. Et encore, il est même arrivé que des personnes (comme Jean-Dominique Bauby, auteur du livre magnifique Le Scaphandre et le Papillon), atteintes du Locked In Syndrome, dictent des livres avec les paupières ! Un écrivain est juste quelqu’un qui écrit. Et cela ne lui donne qu’un droit : celui de se dire dans les mots. L’auteur est celui qui publie, quelles que peuvent être les raisons qui mènent l’éditeur à le publier, et parfois même indépendamment de son talent supposé.

Dans les ateliers d’écriture que je compte animer, chacun sera égal à son voisin sur la partition de l’écriture. Chaque note apportera le son requis au morceau écrit par le groupe. Simplement, on apprendra à mettre l’écriture à sa place : au centre de la vie, et non dans celui d’un ego ou sur un bureau d’éditeur. Il me ferait plaisir d’ouvrir ainsi quelques fenêtres à ceux qui pensent qu’ils n’ont le droit écrire que des chefs d’œuvre, ou bien ne pas écrire du tout.  Adopter l’écriture comme une petite habitude de plus et qui apportera tellement au quotidien, voilà qui pourrait tout changer. Voilà ce que je me propose d’aider un groupe à découvrir. Pour qu’écrire devienne une respiration, un mouvement qui ne demande rien à personne mais qui constitue un moyen de vivre autrement. Plus heureux.

 

Plus que 2 jours !

Profitez du lancement de Tricots, Flingues et Bras Cassés: vous avez jusqu’à vendredi pour l’obtenir gratuitement en format électronique !!! Un bon moyen de passer l’été en riant un peu, sous les parasols ou les cocotiers 😉

Et la version brochée sortira dans les prochains jours, pour ceux qui préfèrent feuilleter les bouquins plutôt que les lire sur une liseuse. 

Bonne lecture!

Nouveau né à l’horizon !

Grande nouvelle à tous ceux qui ont suivi les péripéties de mon dernier roman, et à tous ceux qui aimeraient le lire ! J’ai décidé de publier Tricots, Flingues et Bras cassés d’ici quelques semaines sur Kindle. Un choix qui me permettra peut-être d’avoir la satisfaction de faire marrer des lecteurs ! Je vous tiens au jus, et vous souhaite un joyeux premier mai !

PS je vous promets une 1ère de couv à tomber par terre, grâce au talent de l’illustratrice qui s’est chargée de faire les dessins de mon bébé: Félicie Krikler !

Salon des Curieux Voyageurs

Bonjour à tous ! Pour ceux qui sont dans la région de Saint Etienne, je serai au salon des Curieux Voyageurs qui s’y tiendra du 9 au 11 mars prochain, au stand de la Librairie de Paris. Ce sera l’occasion de signer quelques bouquins, mais surtout de rencontrer ceux d’entre vous qui ont des projets de voyage 😉

Au plaisir de vous voir à cette occasion !