Se laisser être fragile…

31 décembre. Dernier jour de l’année. Peut-être le moment rêvé de se poser un peu, de réaliser le chemin parcouru durant les mois qui viennent de s’écouler. Beaucoup laissent entendre que l’année a été « pourrie », « difficile », « abominable »… Des qualificatifs désolés pour dire les moments de doute, de découragement, d’impuissance face à l’épidémie, aux contraintes financières vécues par beaucoup, à tout ce magma d’inquiétudes qui s’est déversé sur des existences jusque-là routinières… C’est un stade que je conçois, mais qu’il faut sans doute dépasser, sous peine d’échouer à lancer 2021. Le fait de rester sur le négatif confine à l’impuissance et à la stagnation, par peur. Peur de ne pas arriver à contrôler, d’échouer, peur de ne pas y arriver et de tomber, surtout.

Mon année a été riche en événement que beaucoup pourraient qualifier de négatifs. Pour autant, ma lecture en est toute différente. J’estime avoir atteint un état de bonheur rarement atteint. Une solitude heureuse qui ne doit rien à l’extérieur, et tout à un travail intérieur que j’ai réalisé au fil des moments que j’avais d’abord qualifiés de « difficiles ».

Notre quotidien sera toujours jalonné, de cette façon, d’événements qu’il nous appartiendra de voir comme des couperets ou des opportunités. Notre vision de ce qui arrive teintera la manière dont nous pourrons grandir, ou pas, au travers de ces moments proposés. Il faut aussi réaliser l’importance énorme de nos pensées, nos mots, nos anticipations et nos désirs sur la survenue des événements de notre vie. Nous appelons, par nos vœux inconscients, une bonne part de ce qui vient à nous. A nous d’être conscients de ce pouvoir, et de formuler consciemment les désirs qui nous porterons demain. C’est le jeu des vœux en ce début d’année qui arrivera dans quelques heures. Soyons précis dans nos demandes, et nourrissons l’espoir qui aidera toutes ces belles choses à fleurir sur le terreau de notre vie.

 

Une conclusion à laquelle je suis arrivée, au terme de ces mois tumultueux que je viens de vivre, c’est l’importance vitale de se rendre vulnérable. En amour, plus qu’ailleurs, il s’agit d’une attitude indispensable pour oser une vraie rencontre authentique. A mes yeux, la vulnérabilité est cette capacité à se tenir debout face à l’autre dans toute notre nudité. Cela signifie que l’on est prêt à se montrer dans toute sa vérité, les défauts comme les qualités, les zones d’ombre comme les endroits lumineux. Cela suppose de connaître déjà ce qui nous anime de l’intérieur, et d’avoir posé le doigt sur ces parties de nous qui nous plaisent moins. Ou, à défaut de les avoir visitées en profondeur, de les accepter.

Se rendre vulnérable, c’est aussi accepter de donner et de recevoir sans attentes. Donner sans attentes, c’est-à-dire sans avoir besoin d’un retour de la part de l’autre, qui choisira ce qu’il souhaite faire du présent, en toute liberté. Recevoir sans attentes, c’est être capable de tendre les mains pour que l’autre y dépose ce qu’il a à donner. Il importe alors, si on n’a pas eu l’habitude de recevoir, d’accepter la fragilité de se sentir, peut-être, redevable. Un sentiment invivable pour certains, en ce qu’il crée comme un devoir de rendre, qu’il donne à l’autre un pouvoir sur nous : celui de reprendre, ou d’utiliser ce qui est donné pour imposer ou contraindre.

En amour, savoir recevoir, c’est se montrer fragile en dépassant ce sentiment de vouloir donner en retour. Accepter le cadeau, et simplement se sentir reconnaissant. Se montrer vulnérable, c’est accepter de l’autre ce qu’il a à donner, sans savoir la forme que cela pourra prendre. Sans chercher à contrôler ce qui arrivera. Une posture d’ouverture et d’accueil qui donne à l’autre la possibilité de se déployer en toute liberté. C’est contraire à ce que beaucoup d’entre nous ont appris : le contrôle est souvent la protection ultime qui nous a été utile, petit, lorsque nous devions nous protéger, nous conformer aux demandes inconscientes qui nous étaient faites.

L’amour demande que cette armure-là tombe, et que le contrôle nous échappe pour accueillir ce qui vient de l’autre de la façon dont l’autre a besoin de le transmettre. Sans vulnérabilité, le contrôle garde la citadelle de l’ego et rien ne circule… Le contrôle empêche la fragilité et éteint l’amour aussi sûrement que l’eau étouffe la flamme. Imaginez seulement une nuit d’amour où l’un arrive nu tandis que l’autre a enfilé une armure en cuir et en métal ! Et l’ego, il a toute sa place, mais en amour, force est de constater que leur coexistence amène rarement l’abandon. Lâcher prise est indispensable pour se rendre fragile, et c’est précisément ce que l’ego fuit par-dessus tout ! La vulnérabilité en amour impose alors que l’ego soit relégué dans un tout petit espace où il ne viendra pas se mettre en travers du chemin et tenter à tout prix de faire respecter ses lois. Se rendre vulnérable, c’est accepter de rester humble…

Pour 2021, je nous invite à accueillir la vulnérabilité qui permet à l’amour de circuler librement. Certains appellent cela se mettre en position de faiblesse. Je trouve plus juste de dire en position de réceptivité. C’est une manière de s’accueillir soi, dans toutes ses dimensions, et d’accueillir ce que l’autre a à donner, quoi que ce soit. Ce n’est qu’à cette condition que l’amour pourra s’épanouir en toute liberté et l’énergie circuler. En 2021, l’amour pourrait bien prendre toute la place, et c’est sans doute ce dont le monde a besoin aujourd’hui, plus que jamais.

 

Sirsasana ou la résilience en mouvement

Il existe une posture de yoga que j’aime beaucoup. Pour le défi physique qu’elle présente, mais aussi pour la symbolique qu’elle apporte. La posture sur la tête, aussi appelée Sirsasana en sanskrit, est un pied de nez à la gravité, et on l’appelle aussi la posture de la peur. Pourquoi ? Parce qu’une fois qu’on a développé la musculature adéquate pour la réaliser, le plus grand obstacle à sa réalisation réside entre les deux oreilles ! Il s’agit de s’autoriser à monter dans cette posture délicate, et surtout… à tomber ! C’est la raison pour laquelle, lorsque je l’enseignais, j’encourageais les étudiants à apprendre à « rater » le mouvement et à tomber, sans se blesser, au sol.

Je trouve dans cette posture une très belle métaphore de ce que je vis actuellement. L’année 2020 qui s’achève m’a malmenée d’un bout à l’autre. Comme en yoga, la vie m’a poussée à regarder mon existence la tête à l’envers, m’invitant du même mouvement à rester à l’équilibre, quels que soient les événements qui viendraient se manifester. J’ai résisté, lutté, je me suis débattue, je suis passée au travers, j’ai gueulé aussi, j’ai maudit et j’ai aussi accepté. Le divorce, la maladie, le déménagement, le changement de boulot et les deuils, nombreux, l’instabilité émotionnelle et financière, les amis qui tournent le dos et ceux qui entrent dans ma vie. Tout ce bouleversement ramassé sur quelques mois m’a véritablement mis la tête à l’envers. Voici en quelques mots ce que j’ai appris au fil des jours qui ont parfois paru très, très longs…

 

J’ai appris que, peu importent les circonstances, rechercher qui je suis était la plus importante des quêtes.

J’ai appris que l’amour, et lui seul, était ce qui valait la peine d’être conquis, intégré, accepté et accueilli. Que l’amour était en moi, et que je n’avais plus à le rechercher chez les autres : il existe partout et survit à tout, pour peu qu’on sache le voir dans son omniprésence.

J’ai appris que les autres n’étaient que le reflet de qui j’étais et qu’à ce titre, je devais changer mon état intérieur pour voir les changements apparaître chez les autres. L’amour que je me porte n’est pas conditionné par ceux que je côtoie : il en est la manifestation.

J’ai appris qu’il était possible d’être heureux quelles que soient les circonstances qui s’imposaient à moi. Et qu’il ne tenait qu’à moi d’en faire des événements favorables, par ma façon de les accueillir. Car en y pensant bien, une chose arrive et ne peut être vue positivement ou négativement que si l’on se met à la juger comme telle. En l’acceptant comme elle se manifeste, je m’autorise à l’accueillir et à en faire, ultimement, une occasion de grandir et une opportunité.

J’ai appris que le manque de quelqu’un, le désir d’attirer des personnes ou d’en éloigner d’autres, n’étaient que des réactions à la peur. Si je décide de faire venir l’amour et de le cultiver en moi, il n’y a plus cette peur, pas plus que ce besoin d’attirer ou d’éloigner. J’ai cette conviction désormais que toutes les belles choses que j’anticipe pour moi-même arriveront, quoi qu’il arrive, et sans effort, dans la mesure où c’est l’amour qui guide mes actes, et non la peur. Plus besoin de me protéger ou de trépigner en attendant avec impatience que ce que je souhaite plus que tout arrive. Cela va finir par arriver.

J’ai appris que l’intention et le mouvement du cœur entraînent des manifestations incroyables, et qu’il faut impérativement prêter la plus grande attention à ce que l’on pense et ce que l’on dit. Une énergie puissante est contenue dans ces pensées et ces mots, qu’il ne faut pas prendre à la légère. Dire aux personnes que l’on aime qu’on les aime relève presque d’un devoir et d’une liberté que je m’autorise en permanence désormais. Et m’interdire de médire est un objectif indispensable.

J’ai appris qu’il est vital pour moi à présent de prendre mes rêves pour des réalités, et de ne plus laisser le moindre obstacle m’arrêter. Ma vie est décidément trop courte pour que je la passe encore à m’appesantir sur le passé, sur mes erreurs ou mes échecs, ou à vouloir des choses qui ne me correspondent pas. A chaque minute, je reste éblouie par les beautés que je perçois partout et dans toutes les personnes que je croise. Je ne veux plus me concentrer sur le négatif, mais laisser le positif éclairer le chemin.

J’ai appris que les personnes que j’aimais étaient comme des cadeaux que je déballe chaque jour avec bonheur. Et les surprises sont constamment en train d’apparaître, je m’en réjouis jour après jour.

 

Je sais que les difficultés que la vie apporte semblent parfois insurmontables. En réalité, rien de ce qui nous arrive ne dépasse notre capacité à les gérer. La vie est ainsi faite qu’elle nous permet de grandir avec des « présents » que nous pouvons choisir de juger, auxquels nous pouvons résister de toutes nos forces. Nous pouvons aussi choisir de les accueillir comme tels, et d’ouvrir nos bras à l’expérience proposée, pour devenir de meilleures personnes.

Au bout de cette longue année, j’ai un sentiment de gratitude immense pour toutes les personnes que j’ai rencontrées, toutes celles qui m’ont soutenue de manière inconditionnelles, toutes celles qui m’ont enseigné, à leur insu souvent, mais toujours avec amour. Que chacun(e) se sente remercié à la juste mesure de ce qu’il(elle) a donné, qu’il(elle) en soit conscient ou non…

 

En cette fin d’année, je vous souhaite de devenir, chacun d’entre vous, la meilleure version de vous-même. Des personnes aimantes et qui savent s’apporter à elles-mêmes l’amour dont elles ont toujours manifesté le besoin. Cet amour-là, une fois que vous l’avez manifesté pour vous, pourra rayonner bien au-delà de vous et faire de ce monde un bien plus bel endroit pour vivre…

 

Je vous laisse l’adresse d’un site (en anglais…) qui m’a bien aidée à orienter ma barque sur le flot tumultueux de cette année : https://www.iam-love.co/

Sentez le vent

Sentez le vent sur le visage, déposant comme une caresse évanescente qui vous rappelle ce jour de tempête sur une côte bretonne. Ou bien posez-vous sur le sol, à plat ventre, pour contempler cette fourmi qui bouscule avec acharnement un mille pattes desséché. La coccinelle qui se réveille derrière la fenêtre fermée après une longue hibernation. Ecoutez le bruit des enfants qui crient dans la cour et font des signes de la main aux passants. Il y a une vie, en dehors de la course folle. Moi, je sens depuis des mois une vibration de liberté dans ces moments perdus pour le reste du monde, mais qui forment un enchevêtrement de mouvements éphémères et précieux… La liberté, ce serait quoi ? Partir sans savoir où aller et aller à l’aventure, comme le héros de Into the wild ? Vivre une grande histoire d’amour et se garder authentique et serein, à l’abri d’une quelconque dépendance ? Savoir regarder la fourmi et son ballet savant, quand le reste du monde s’agite autour sans voir ce miracle de persévérance ? Ou, peut-être simplement, avoir conscience de la possibilité que nous avons de réaliser ce qui nous chatouille, et le faire tranquillement, un petit rêve à la fois. Croire en soi, et arroser chaque jour la graine de l’autonomie, celle qui fait toute sa place à une vie intègre, qui ne doit rien à l’extérieur et pousse à l’ombre des regards.

Sentez le vent et laissez-vous rêver à une vie plus large, où l’avenir n’est pas envisagé comme une date sur un planning, mais comme l’inconnu qui s’offre sans promesses ni mauvais présages. Un espace ouvert sur des réponses que l’on ira chercher, sans savoir l’or qu’on y trouvera pour soi. Liberté de ne pas savoir de quoi sera faite l’année qui vient, parce qu’on se donne le choix de naviguer vers soi sans avoir décidé encore quels chemins la vie nous fera emprunter pour y arriver. Un soupçon d’imprévisible pourrait faire basculer le train train en un événement magique. Et il arrive qu’en dépit de nos efforts pour imposer un rythme stable à un quotidien tressé serré, la vie se charge de tout faire brinquebaler de toute façon ! En yoga, la posture sur la tête est une manière de s’entraîner à rester droit même quand on a la tête en bas… Droit quand la vie bouscule tout autour de soi. Elle qui sait si bien, à sa manière, nous aider à chercher notre liberté dans les grands bouleversements qu’elle impose parfois. Un confinement, et ça repart…

L’audace chez les femmes !

J’ai réalisé une expérience intéressante mercredi dernier, grâce à mon amie Frédérique Picard Le Bihan, fondatrice de l’association Dare Women dont, fièrement, je fais désormais partie. Elle m’a en effet proposé de parler de mon dernier livre : À vos rêves… Prêts ? Partez !, dont je viens de terminer la rédaction. Il me semble que le sujet de la réalisation des rêves est d’emblée très justifiée, mais plus encore dans ces périodes de retrait en soi, de réflexion amenées par le confinement dont nous venons de nous extraire.

J’ai donc répondu à ses questions sur Instagram (https://www.instagram.com/dare.women/) pour présenter un peu ma démarche sur l’importance de réaliser ses rêves. À un moment donné, Fred m’a posé une question sur un angle que je n’avais pas envisagé dans mon livre jusque-là : qu’en est-il de la façon dont les femmes rêvent, par rapport aux hommes ? J’ai rapidement analysé les parcours des 19 personnes que j’avais interviewées pour écrire mon livre. Et durant l’interview, j’ai remarqué que les hommes que j’avais vus pour les besoins de ma petite enquête étaient pour certains centrés sur des projets tels que la lutte contre le paludisme, la valorisation de l’entrepreneuriat social ou la permaculture… là où les femmes avaient toutes des projets plus axés sur des changements de profession. Voilà 2 jours que je réfléchis à cette différence, et j’en ai tiré plusieurs pistes de discussion.

Déjà, les femmes que j’ai rencontrées pour mon livre avaient presque toutes des enfants, tout comme environ la moitié des hommes. Mais force est de constater que, dans le cas des hommes, leurs épouses étaient celles qui, en majorité, tenaient les rênes du ménage et assuraient une bonne partie des tâches reliées à la famille. Si bien que l’énergie dégagée pour le projet de ces hommes aux projets parfois très ambitieux pouvait être consacrée pleinement à ces rêves qu’ils portaient et qui les mobilisaient énormément. Je ne peux évidemment pas généraliser, et j’ignore les détails de l’organisation de chacun au sein de la famille, mais beaucoup m’ont confié qu’ils s’appuyaient beaucoup sur leur conjointe pour mener à bien leur projet. Alors peut-on en conclure que les femmes ont cette barrière invisible que les hommes ne verraient pas, faute d’en avoir conscience ? Car c’est une certitude : une femme qui a des enfants prendra toujours cette donnée en compte, et cette dernière pèsera toujours très lourd dans les décisions qu’elle prendra. Si l’homme sait pouvoir compter sur son épouse pour la réalisation de ses projets, l’inverse est-il aussi vrai ? Cela mérite réflexion, quand on sait que le partage des tâches dans une grande partie des foyers est encore par trop inégal. Comme si la variable « logistique et enfants » allait de soi chez l’homme mais pouvait devenir une contrainte, voire un obstacle, pour une femme qui veut réaliser son rêve… Et c’est vrai que les rêves de ces hommes que j’ai rencontrés sont parfois magnifiques et ont une envergure qui inspire et permet de faire bouger les lignes, de changer le monde, ce qui fait leur grande force. Cela implique cependant que, dans la réalisation d’un rêve au sein d’une famille, il est indispensable que tout le monde adhère au projet de façon sincère pour que personne ne se sente lésé. Lorsque j’ai repris mes études pour devenir infirmière avec nos 3 enfants en bas âge, il a fallu ainsi s’organiser. Nous avions convenu avec mon mari que je continuerais à être présente les soirs de semaine et qu’il garderait les enfants le week-end pour que je puisse étudier. Et lorsqu’il s’est agi de partir en bateau, nous avons partagé de façon équitable les tâches afin que chacun s’y retrouve et que je ne sois pas la seule, par exemple, à assumer l’enseignement aux enfants alors que sur la plupart des bateaux croisés sur l’eau, c’était l’apanage exclusif de la femme…

Il y a aussi peut-être un sentiment de culpabilité, souvent présent chez les femmes et qui leur empoisonne l’existence. Coupables de vouloir se faire une vie heureuse ? Coupables… d’être des femmes ? Il me semble à moi que la place des femmes a de (presque) tous temps été conditionnée par ce confinement à un rôle de gardienne du foyer, des enfants, des tâches liées à la maison… On les tenait tranquilles, en leur promettant les pires horreurs si elles osaient sortir du giron familial, des tâches qui leur étaient assignées. Pour preuve ce temps qu’elles ont mis à en sortir, de la maison, pour aller travailler et gagner leur vie !!! On oublie que cette libération d’un joug invisible est finalement très, TRÈS récente ! Alors oui, les femmes qui travaillent sont parfois coupables : de laisser les enfants à la crèche, de ne pas faire une table parfaite avec des aliments maison chaque soir, de ne pas avoir le maquillage nickel et la mise en pli au poil ! Encore que… Beaucoup s’astreignent encore trop à cette tâche impossible qui consiste à mener tout de front jusqu’à en oublier de prendre du temps pour elles… Je le sais : je passe souvent pour une extraterrestre lorsque j’avoue imposer chaque année de partir seule pour me retrouver avec moi-même, sans mari et sans enfants. Si bien qu’à force de se faire une vie trop étroite qui ne respire presque plus à force d’être remplie à ras bord, il devient difficile (impensable ?) de concevoir qu’on pourrait vouloir réaliser des rêves… en plus du reste ! Quant à les imaginer immenses, cela devient carrément une gageure ! Alors on dirait que nous, les femmes, on se limite. Les hommes ont le vent en poupe (et ils partent faire des tours du monde, de la voile – les femmes en sont encore tellement absentes – ils montent des boîtes à l’autre bout du monde et militent pour des causes importantes, sont mille fois plus présents que les femmes pour les prix Nobel…) et ce sont eux qui refont l’histoire… quand les femmes, elles, restent encore beaucoup dans ce rôle qu’on a taillé, mais pas sur-mesure, pour elles.

Pour autant, les besoins de la femme pourraient être pris en compte moyennement deux conditions: 1) que la femme soit consciente des besoins en question et qu’elle les exprime : si le rêve qu’elle porte a un impact majeur sur la famille et qu’elle a besoin du soutien des siens pour y arriver, elle doit arriver à demander l’aide nécessaire pour mener à bien son projet (ce qui n’est pas simple pour beaucoup d’entre elles…) et 2) que ses demandes soient écoutées afin qu’un compromis équitable puisse être trouvé, dans le respect des besoins de chacun. Et s’il est vrai que les femmes ont longtemps été lésées du respect de leurs besoins, faute d’avoir eu une place au même titre que les hommes, elles n’ont pas non plus toujours su reconnaître ces derniers et trouvé le moyen de les exprimer. Il faudrait donc nous défaire des habits de victimes dans lequel nous nous enfermons parfois pour affirmer nos forces, nos envies et nos désirs. Pour endosser les vêtements de celles qui passent à l’action, qui posent des actes clairs pour changer la vie qu’elles construisent au jour le jour. Pour devenir assertives et faire connaître, de façon respectueuses et bienveillante, ce que nous, les femmes, nous portons et que nous avons envie de réaliser. Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons, sereinement, aller de l’avant et ne plus nous limiter dans les projets qui nous tiennent à cœur. Aller vers soi est un voyage, et les étapes, les jalons, ce sont nous qui les posons, pas après pas. Nous avons tout-à-fait le droit de faire cet apprentissage et de développer les outils pour y arriver. Et peu importe que l’on réalise cela à 20, 40 ou 70 ans : l’essentiel est d’apprendre à vivre en harmonie avec soi-même, qu’on soit un homme ou une femme, pour contribuer à faire du monde une place où il fait bon vivre !

 

Pour conclure, ainsi que me l’avait dit mon père un jour : La liberté ne se donne pas, elle se prend. J’ai fini par voir qu’il avait raison. Si on veut rêver grand, il faut se voir grand. Alors ma conclusion, dans tous ces parcours de rêveurs magnifiques qui m’ont tellement inspirée, c’est qu’il est temps pour nous, les femmes, de sortir de la coquille sociale qui nous garde bien sages, serrées dans une vie trop étriquée. Il est temps de nous voir beaucoup plus grandes, à l’égal de ces hommes qui pensent le monde, et de nous inspirer des femmes qui ont tracé la route avant nous. Soyons des Alexandra David Neel, des Marie Curie, des Michelle Obama, des Frida Kalho, mais aussi des Céline, des Christine, des Lisa, des Françoise… Assumons notre féminité, dont le monde a absolument besoin dans un contexte aussi compliqué et avec les défis climatiques, politiques, sociaux et humanitaires que nous connaissons ! Militons, battons-nous pour faire dans le monde cette marque proprement féminine qui apportera sa douceur, son intégrité, sa force et son assertivité au travers de ces rêves qui nous portent et dont tous, nous avons faim. Soyons audacieuses, pour nous et pour tous ceux et surtout celles que cela pourra inspirer. Car oui, réaliser ses rêves, cela a le pouvoir d’inspirer les autres ! Car se faire une vie où l’on respire, où l’on se sent bien, c’est faire rayonner une énergie vivante qui inspire autour de soi et nourrit les rêves d’autres rêveurs…

Jachère créative

Il arrive parfois qu’on tombe en ce que j’appelle une jachère créative. Un de ces moments particuliers où rien ne semble pousser dans notre cœur, notre tête et nos mains. Pas la plus petite ombre d’une idée. Pour une personne qui a l’habitude de créer, ces périodes peuvent sembler interminables. Incompréhensibles, là où d’autres, peu habitués à créer, ne détectent pas de changements dans leur façon de vivre… Mais il peut être très déstabilisant de voir ainsi le puits à inspiration paraître aussi vide tout à coup. Je vous invite à considérer autrement ces instants de création en attente.

Une des personnes qui m’a beaucoup enseigné à ce sujet était un salarié avec qui j’avais beaucoup discuté. Sa femme était atteinte d’une maladie chronique très handicapante, et lui, à l’approche de la retraite, n’avait qu’une envie : mettre un terme à sa vie professionnelle et profiter du temps qu’il aurait avec elle. Seulement il devait continuer à travailler, et y arrivait de moins en moins bien. Tant en raison d’une santé défaillante qu’à cause d’un moral en berne. Il me racontait qu’il aimait peindre. Il m’avait montré des photos de ses huiles, qui étaient considérables et avait suscité l’enthousiasme et l’admiration de tout son entourage. Croyant bien faire, je l’avais fortement encouragé à reprendre la peinture, qu’il avait laissée tomber. Il me répétait qu’il lui était impossible de peindre. Je pensais que la peinture l’aiderait à passer ce cap, voyant là un moyen. Mais la peinture était pour lui une fin en soi. Une sorte de débordement joyeux qui découlait de sa propre joie de vivre, et non ce qui pouvait la déclencher.

J’ai beaucoup et longtemps réfléchi à sa situation. Jusqu’à éprouver en moi ce sentiment de jachère. Lorsque l’on s’éloigne de soi et que l’inspiration finit par prendre la poudre d’escampette, ne se sentant plus accueillie avec le détachement et l’espace nécessaires. Au départ et durant longtemps, ce désert m’a fait peur. Il ne ressemblait pas à ce que je connaissais. Je pensais avoir perdu ce qui me faisait écrire, peindre, chanter… Et j’ai attendu. Avec la démarche de méditation qui est la mienne, j’ai voulu comprendre. Le salarié et moi, on était finalement dans la même galère, et je n’avais pas la clé. Il a fallu trouver le moyen de passer au travers de cette période bizarre où rien ne semble bouger dans le paysage mental, où même les rencontres les plus incroyables ne suscitent pas de mouvement, de rêveries et de pensées flottantes. J’ai fini par observer ce qui se passait. Mais au-delà d’une analyse quelconque, j’ai senti que ce moment était en réalité une sorte de fabrication de compost intellectuel et émotionnel. Mon intérieur se reposait simplement. Il faisait le plein de silence, comme on emmagasine de l’or dans une cave soigneusement cachée. Le silence est d’or. Celui-ci, qui m’intriguait et déstabilisait mes idées toutes faites sur la vie créative, était en réalité porteur d’images et de rêves qui allaient nourrir les créations futures. Je n’avais qu’à y croire, et à me laisser porter.

Plus tard, ce salarié a fini par partir en retraite anticipée. Cela a pris quelques mois seulement. Je ne l’avais pas revu avant son départ. Je l’ai croisé un jour dans la rue, par hasard (même si je doute qu’ils existent !). Il avait un sourire immense, sa chérie perchée à son bras, et il semblait être le plus heureux des hommes. Nul doute qu’il avait repris la peinture. C’est de là que vient l’inspiration : du mouvement pur de la vie. On ne peut l’alimenter de force, c’est lui qui se charge en éléments comme l’eau tire les minéraux de la roche.

J’ai donc décidé à l’avenir de laisser l’inspiration suivre ses méandres dans le cours de ma vie, sans plus chercher à la contrôler ou à l’appeler de mes vœux. Et lorsqu’à la faveur d’un moment de doute, de peur, de repli elle fout le camp, je laisse les choses se faire. Je sais que ce repos est nécessaire et augure des périodes vivantes et fructueuses à venir…

Déclaration du Citoyen du Monde

Eh oui… 2019, et nous en sommes encore à devoir pousser notre petite voix sur les réseaux pour faire entendre notre inquiétude quant au monde que nous sommes en train de laisser à nos enfants. Je vous épargnerai la description de toutes les espèces qui disparaissent, et de ce qui pourrait nous attendre… Vous savez déjà pour la plupart ce qui nous pend au nez…

Face à ce constat, nous avons à mon avis trois options. 1) L’attitude défaitiste qui consiste à croire que plus rien ne pourra être fait pour changer la donne, et qu’il est déjà trop tard 2) Celle, passive, qui se limite à observer ce qui se déroule devant nos yeux tout en se déclarant impuissant à changer les choses, dépassés que nous pouvons nous sentir devant l’ampleur de la tâche 3) Il y a enfin une posture qui vise à prendre le taureau par les cornes et la poubelle de recyclage dans les mains pour se mettre au travail.

C’est aux partisans de cette dernière solution que je souhaite m’adresser aujourd’hui. Pour cela, j’ai élaboré une déclaration que j’ai nommée « Déclaration du Citoyen du Monde », simplement parce qu’au-delà des frontières se trouve une chaîne invisible qui nous relie tous et pourrait bien changer le monde. A défaut des politiques globales que nous attendons tous et qui tardent à s’imposer, je vous propose ici une approche certes plus modeste, mais sans doute plus efficace aussi. Voici le plan d’attaque…

D’abord, je vous invite à lire la déclaration ci-dessous.
L’idée serait de vous l’approprier, en la modifiant ou en la complétant, de
manière à ce qu’elle ressemble à ce que vous souhaitez, individuellement ou en
famille, mettre en place pour changer votre petit bout de monde à vous. La
logique veut en effet qu’on donne raison à Gandhi quand il déclarait qu’il
fallait incarner le changement que l’on voulait voir apparaître dans le monde (Be the change you want to see in the world).

Une fois que votre version vous convient, je vous propose de l’imprimer, et de l’afficher en bonne place dans votre maison. Et pour finir (ou commencer !), l’idée est de mettre en pratique ces résolutions qui seront un peu les directions que vous voulez donner à votre façon de réintroduire l’écologie dans le quotidien. L’idée étant qu’à force d’être sollicités par des citoyens mobilisés tous ensemble dans un même but, les politiques finissent par y croire eux-mêmes et bougent dans le bon sens. De plus, ce sont vos enfants, pour qui vous êtes des exemples, qui changeront, et aussi vos voisins, vos collègues… La tâche d’huile faisant son boulot, vous pourriez bien être surpris de l’impact de vos actions minuscules à une échelle mondiale !

Vous êtes prêts ? Si c’est le cas, alors au
travail !!!

DÉCLARATION DU CITOYEN DU
MONDE

Je m’engage dans la présente déclaration à réaliser les actions suivantes, dans le but de faire de la planète un endroit où il fait bon vivre pour toutes les espèces vivantes et pour assurer un avenir à nos enfants:

PRENDRE
SOIN DE L’AIR

.
Chaque jour, dès que cela m’est possible, je délaisse ma voiture pour privilégier
les transports doux qui n’émettent que peu ou pas de pollution, et me
permettent d’être en meilleure santé (marche, vélo, trottinette, bus, métro,
train…)

.
Je privilégie les achats de produits locaux et limite mes achats par internet
pour diminuer les effets du transport sur l’atmosphère

.
Je limite l’utilisation du bois de chauffage

.
Je plante des arbres dès que j’en ai la possibilité ou je soutiens des actions
réalisant des projets de reforestation

PRENDRE
SOIN DE LA TERRE

.
Afin de limiter les déchets émis par mes achats et mes activités, je recycle le
plus possible les matériaux que j’utilise et limite mes achats aux produits qui
sont les plus écologiques, biodégradables ou n’utilisant que des emballages
raisonnés en évitant le suremballage

. A
la maison, j’utilise un composteur pour diminuer la taille de mes poubelles et
exploiter le compost dans les jardins

. Je
choisis des nettoyants simples (bicarbonate de soude, vinaigre…) et je bannis
les pesticides de mon environnement

.
Pour me vêtir, je réalise mes achats dans les ressourceries ou auprès de
commerçants qui recyclent les matériaux ou garantissent des matériaux
écologiques

.
Je privilégie les contenants sains pour la nourriture et les boissons :
métal, verre et contenants biodégradables

 PRENDRE SOIN DE L’EAU

.
Lorsque je consomme de l’eau, je le fais avec parcimonie en éteignant le
robinet dès que possible (brossage des dents, douche…)

. Dès
que c’est possible, je récupère l’eau de pluie pour la réutiliser au jardin ou
pour les sanitaires

.
J’utilise des bouteilles en verre ou en métal pour ne plus avoir à acheter des
bouteilles de plastique, et je choisis de ne plus utiliser de vaisselle jetable
en plastique

.
J’utilise des liquides biodégradables pour toutes mes activités (nettoyage,
produits d’hygiène, etc.)

PRENDRE
SOIN DE SOI

.
Chaque jour, je me réserve un moment à moi pour me ressourcer

.
Je prends soin de mon corps et consomme des aliments sains et simples, tout en
m’offrant de petits plaisirs de temps en temps

.
Je me connecte à mon corps et me mets à son écoute pour avoir une vie plus
équilibrée et lui permettre de se dépenser dans le sport

. Je
m’accorde un petit plaisir par jour pour rayonner et faire profiter aux autres
de ma joie de vivre

.
Je réalise mes rêves et je me construis une vie où je me sens bien

.
J’établis une relation harmonieuse avec moi-même, mes proches et ceux qui
m’entourent pour prendre soin de l’écosystème dans lequel j’évolue

Au
quotidien, je fais le choix de simplifier les achats, les possessions, les
activités et mes relations avec les autres… Je me reconnecte à cette nature que
je souhaite préserver. À chaque instant, je m’efforce de grandir et de me
réaliser dans l’équilibre et l’harmonie.

Le
monde a besoin des rêveurs pour construire un avenir où chacun a sa place.
Chaque petit geste compte !

La source des choses qui te sont nécessaires

J’ignore s’il vous est déjà arrivé dans votre vie d’avoir un jour une phrase qui s’impose à vous. Une phrase venue de nulle part, et qui se répète en boucle sans qu’on sache pourquoi. Je dirais que cet assemblage de mots provient en fait de quelque part dans le ciel. Cela peut sembler bien ésotérique, mais c’est un peu ma croyance. Et pour ma part, j’ai déjà fait une telle expérience. Je ne me souviens pas du contexte. J’étais adolescente, je crois. Et cette phrase est tombée du ciel pour se déposer dans ma tête. Je ne l’ai pas comprise. « Je suis la source des choses qui te sont nécessaires ». Elle revient parfois me visiter, comme une vieille amie dont je ne me rappellerais jamais le nom. Et ce matin, en ouvrant le livre d’Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent, elle est revenue se déposer dans mon esprit. Ce n’est pas un hasard. Je n’ai jamais vraiment cru à ce que l’on nomme hasard.

En
réalité, je suis venue étudier le shiatsu par instinct, davantage que par
réflexion. Une force me poussait à choisir cette voie pour pouvoir, comme
j’avais besoin de le faire, accompagner les gens qui luttaient pour leur santé.
C’est une approche par le toucher, qui me semblait indispensable. Lorsque j’ai
fait du bénévolat en soins palliatifs, à l’hôpital de Maisonneuve de Montréal,
j’avais alors décidé de devenir infirmière, tout en estimant que je ne pourrais
y arriver que si je n’avais pas une peur panique de la mort. Il me fallait
savoir si la mort, je pouvais l’affronter avec le malade. Accompagner ce
dernier signifiait en effet pour moi aller au bout de ce qui l’attendait, en
restant à ses côtés sans peur. Et je me souviendrai toujours de ce moment
incroyable où je me suis posée à côté d’une femme qui devait mourir quelques
heures plus tard. Spontanément, j’ai glissé ma main dans la sienne. Elle était allongée,
les yeux fermés, sans plus de force pour les ouvrir ou pour communiquer. Et
moi, debout près d’elle, lui tenant la main comme si c’était alors la chose la
plus importante au monde. Après un long moment en silence, j’ai voulu partir,
lâcher sa main. Elle m’a demandé de rester. Pas par la voix, elle n’en avait
plus l’énergie. Mais elle m’a supplié du bout de ses doigts amaigris par la
maladie. Une supplique silencieuse qui m’a fait rester un peu plus longtemps.
Pour simplement être présente à ses côtés à ce moment là. J’en ai gardé la
conviction que quelque chose se joue par le toucher, qui dépasse de loin les
frontières du physique. Que le simple fait de toucher une personne permet
d’accéder à une part invisible d’elle. Dès lors, devenue infirmière en
réanimation, j’avais pris cette habitude de garder dans ma main celle de mon
patient lorsqu’il devait subir une intervention douloureuse, pour l’encourager.
C’était mon moyen de l’accompagner dans la souffrance. Les patients comateux,
je leur parlais, et je les touchais pour qu’ils sachent que, même du fond de
cette inconscience éloignée de tout, j’étais là.

Si
bien que lorsque le shiatsu m’a tendu les bras, je m’y suis lovée avec la
conscience que je rentrais à la maison. C’était logique, évident, imparable. De
fait, en 2017, je venais d’apprendre vaguement en quoi consistait cette
discipline. Mais mon idée était faite : ce serait le shiatsu, rien
d’autre. Et au fil de mon apprentissage, je réalise combien cette approche est
riche d’un enseignement qui semble encore totalement abscond. C’est en effet
une mise en lumière de ces forces invisibles qui se jouent dans chaque contact
à travers les champs magnétiques, les liens spirituels avec la terre. Cela peut
vite ressembler à des théories un peu folles mais lorsqu’on en fait
l’expérience, la vie prend un autre éclairage. Je ne cherche à convaincre
personne. Je sais seulement que mon intention, lorsque je cherche à soulager
quelqu’un d’une douleur, joue un rôle aussi important que la façon dont je pose
mes mains sur lui. De la même façon, entrer dans le champ énergétique d’une
personne mal intentionnée me donne aujourd’hui des sensations physiques très frappantes.
C’est une chose dont, pendant longtemps, je n’ai pas su me protéger, faute
d’arriver à décrypter ces signaux. A présent, je fuis ces personnes et
dernièrement, alors que je faisais des shiatsus à la Foire de Sainté, j’ai
ainsi réalisé un shiatsu en 5 minutes à une personne chez qui je sentais des
énergies malsaines, pour pouvoir écourter au maximum ce contact. Un jour
peut-être, je serai même capable de dire non !

Je
constate aussi le pouvoir du mental sur l’expérience. D’anticiper négativement
ou positivement un événement va influer sur l’expérience qu’on en aura, et même
sur son déroulement. C’est la raison pour laquelle j’ai souvent invité mes
enfants, lorsqu’ils appréhendaient un moment à venir, à imaginer le
« scénario idéal », afin d’aligner des énergies dans un sens positif.
Une partie du monde visible nous échappe. Quelle est cette force mystérieuse
qui m’a soufflé un jour « Je suis la source des choses qui te sont
nécessaires ? ». Je l’ignore, mais je commence à comprendre d’où elle
vient. Je sais que des choses inexpliquées interviennent parfois. Une histoire
émouvante m’est arrivée, que je raconterai un autre jour, auprès d’une amie
dans le coma. Nos paroles, nos pensées ont le pouvoir de transformer le monde.
Il n’y a qu’à voir les effets d’une Greta Thornberg sur toute une génération,
sur les dirigeants du monde. Elle se fait l’écho d’une vision du monde, d’une
volonté de changement qui résonne chez beaucoup d’entre nous. Les mots ont de
l’importance. L’énergie que l’on utilise ou que l’on dépense aussi. Il est
crucial de le réaliser aujourd’hui, pour pouvoir enfin prendre la mesure de
notre pouvoir sur le monde. Il est temps d’utiliser cela pour le changer et en
faire un endroit où chacun aura sa place. Je vous laisse, il faut que j’aille
travailler 😉

Lâcher prise… et respirer, enfin !

Voilà bien longtemps que je n’ai pas écrit. C’est la première fois depuis que ce blog existe… 10 ans déjà ! Auparavant, je mettais un point d’honneur à écrire chaque mois, ou au moins tous les 2 mois. Et là, non. Une catastrophe ? Sans doute pas. Pourtant, je n’aimais pas l’idée de ne pas être là pour mon propre rendez-vous. L’idée de lâcher une activité dans laquelle je m’étais jusque là investie. Quelque chose de l’ordre de la culpabilité me taraudait, inutilement. J’ai aussi depuis quelques temps lâché la méditation, que je pratiquais jusque là plus ou moins quotidiennement depuis une quinzaine d’année. Et l’écriture de mes livres, je l’ai aussi un peu laissée flotter. La pratique du yoga, qui s’est espacée. En fait, toutes ces disciplines, ces habitudes qui jusque-là me nourrissaient, sont devenues comme vides de sens. Un peu comme lorsqu’on fait de la bicyclette dans un paysage magnifique, mais sans se rendre compte de ce qui nous entoure, juste pour la simple habitude que l’on a prise de faire de la bicyclette parce que « c’est bon pour la santé ». C’est le genre de phrase à la con qui m’a souvent conduite à poser des gestes sans toujours avoir la bonne intention. Lorsque j’ai monté un atelier d’écriture l’automne dernier, je pensais vouloir transmettre ce que j’avais appris, et accompagner des personnes dans l’écriture parce que j’avais ce besoin d’enseigner, de partager. Mais finalement, j’ai réalisé que l’intention cachée derrière était un simple besoin de réassurance par rapport à mes talents supposés d’écrivaine. J’avais besoin de cette caution pour me donner le droit de continuer à écrire. Bien sûr, ce genre de manœuvre est voué à l’échec. Et quand j’en ai pris conscience, j’ai mis fin à l’atelier. J’attends pour en refaire d’avoir cette fois la bonne intention, qui sera tournée vers les participants et non vers mon besoin de sécurité… 

Toujours est-il que j’ai lâché des activités que j’avais fini par réaliser par habitude, par réflexe, ou pour m’assurer un cadre de fonctionnement rassurant, mais vide de sens. Cela ne me nourrissait plus, car l’intention n’était pas la bonne. Ecrire pour publier ne rime à rien pour moi, ou alors on pervertit l’écriture qui doit d’abord, selon moi, partir du plus profond de soi et, peut-être un jour, dans un 2èmetemps, toucher les autres. Je méditais, mais davantage avec l’intention d’être plus calme, plus posée. Et ce faisant, je m’interdisais ces retombées positives, car je ne lâchais pas prise sur le résultat. C’est comme de prétendre écrire un bouquin valable sans jamais écouter ce que les personnages peuvent avoir à dire sur ce qui va leur arriver : l’intrigue devient morte, sans saveur, tant elle est manipulée et cadrée par l’auteur. Cela me rappelle ainsi le roman d’une jeune écrivaine dont le but était la publication à tout prix. Elle avait travaillé sur son livre jour et nuit, en reprenant chaque phrase, mettant en cage le personnage à un point tel que son histoire était sèche, que la peau sur les os, et en l’occurrence aucun os émotionnel à ronger pour le lecteur. La grammaire, l’orthographe, la syntaxe étaient irréprochables, mais tellement policés qu’aucune vie ne pouvait s’infiltrer entre les lignes. Un roman mort en somme. J’en étais là. A tout vouloir contenir par la raison, le rationnel, le devoir et le contrôle, plus rien ne m’échappait, et ce faisant, tout m’a échappé. La vie ne circulait plus, prise qu’elle était dans ce tissu serré de contraintes qui faisait fuir la plus petite notion de plaisir. 

Depuis ce constat, je chemine. Je combats mes dragons intérieurs, ceux qui ont donné tout son pouvoir à ma baguette de contrôle. Je suis en train de jeter ladite baguette dans le courant de vie qui s’insinue depuis que j’essaie de lâcher prise sur tout ce que je voulais auparavant contrôler. Une vie de contrôle est invivable. D’abord pour soi, et surtout pour l’entourage, qui est sensé se conformer lui aussi aux diktats de la baguette. C’est étouffant et stérile, même si c’est la stratégie que la petite fille que j’étais avait choisi pour survivre. Mettons que je lui apprends désormais à utiliser le cœur pour avancer, et que la raison est appelé à son secours en cas de besoin, mais sans plus l’autoritarisme du contrôle à tout crin. Il s’agit pour moi de réaliser que la vie, dans ses aspects les plus créatifs et les plus sains, nous donne toujours les moyens de faire ce qui doit être fait pour grandir. Pour peu qu’on lui en donne l’occasion, et qu’on lui fasse suffisamment confiance pour trouver les réponses. J’ai tant lutté pour les forcer à naître, ces réponses, quand il aurait suffi de simplement écouter et observer ce qui se passait en moi… J’ignore si ce que j’écris vous parle, mais je lâche prise sur ce résultat aussi 😉 J’apprends à juste laisser advenir les événements, et à y prendre peu à peu les trésors que la vie dépose devant moi. Lâcher prise, ainsi, c’est trouver l’or dans le tas de feuilles que l’automne fait tomber de l’arbre. Et cet or pourra prendre des formes inattendues que je suis prête à accepter. 

Et puis, il faut bien l’admettre, cela demande tellement moins d’énergie de recevoir les cadeaux de la vie, plutôt que de la disperser à fureter dans tous les coins de la planète pour chercher ce qui se trouvait juste à côté… Rester immobile et prendre les cadeaux de la vie sans attendre davantage. C’est devenu ma quête. Et quand je serai prête à méditer pour les bonnes raisons, je le ferai de nouveau. Lâcher prise, c’est un moyen de permettre à la vie de circuler librement en soi. Des miracles s’accomplissent lorsqu’on accepte de jouer ce jeu là.

Ce qui importe vraiment

Il y a le vent qui souffle dehors et qui balaie les roses de tous côtés. La musique, lancinante, de ce film, La Fontaine, et ma mémoire qui revient sur les émotions suscitées quand je l’ai regardé. On y voit un chercheur tenter des expériences jour et nuit, à en perdre le sommeil et le goût de manger, sur des singes de laboratoire. Le but étant de trouver un moyen de guérir sa chérie contre le cancer qui la ronge, dans un coin de la tête. Et il s’agite en tous sens, se bat, se désespère, galvanisé par une petite victoire, assommé par une défaite. Près de lui, sa femme s’étiole. Elle perd doucement des facultés, sans un mot. Lui reste dans l’action, tandis qu’elle l’attire à lui pour lui souffler combien il est important d’être, aussi. Ce film m’a parlé dès la première fois. Moi qui suis immergée sans cesse dans un océan d’actions qui se cumulent, s’entremêlent et s’enchaînent. Comme si toute ma vie devait se définir ainsi, dans les gestes posés et les pas qui se succèdent le long du chemin. Le cœur soupire, qui n’a pas ce qu’il désire : des moments d’arrêt dans la course folle, juste la présence, une respiration qui se calme, le temps d’observer un brin d’herbe qui s’étire et rebondit paresseusement quand l’insecte s’envole. La femme finit par mourir, et l’autre, perdu dans sa quête, a oublié de profiter de ce qui lui restait : ce temps avec elle. Buté par la colère et le refus de la tristesse, il a enlevé à celle qu’il aimait plus que tout ce qui lui restait. Le bonheur, ce sont ces moments vrais et simples avec les personnes que l’on chérit. Le reste, ce n’est qu’un courant d’air dans une vie qui passe : le fric, le matériel, les petits projets pour passer le temps… Mais les moments où l’on est, voilà ce qui laisse une empreinte. Rien ne peut acheter cela que notre seule capacité à nous rendre présent à l’instant.

Et si tout était DÉJÀ parfait ?

J’ai une amie clairvoyante, qui ne manque pas une occasion de me lancer des défis ou des phrases choc qu’elle envoie dans l’air pour voir comment je vais pouvoir les attraper. La dernière date de cet après-midi. « Et si tu imaginais que, finalement, tu étais déjà bien, que ce que tu fais, c’est assez, que tout est déjà parfait dans la personne que tu es, dans ce que tu réalises… Et bien cette phrase, elle m’est rentrée dedans. L’émotion qu’elle a suscitée a été immédiate. 

Et si on jouait à « tout est déjà là, on est déjà les personnes parfaites que l’on souhaite devenir » ? Cela me donne le tournis. De penser que je peux être « assez ». Car quand on y réfléchit deux minutes, voilà une phrase qui peut faire toute la différence. Je me prends à rêver d’une vie où tout se place, comme par magie, et rien n’a plus besoin d’être justifié, gagné, mérité. Où chacun a sa place, sans avoir besoin de lutter pour qu’elle soit reconnue. Cette reconnaissance, c’est nous-même qui pouvons nous l’accorder. Et c’est elle qui change tout. Le regard que l’on pose sur soi a le pouvoir de nous enfermer, ou de nous libérer. Et il ne dépend pas des autres, même si on leur fait souvent jouer ce rôle de geôliers ou de libérateurs. Nous sommes l’oiseau dans la cage, la porte est ouverte, mais on la voit fermée… Peut-être qu’il est temps de se réveiller. De voir le beau, en soi et dans les autres. D’apercevoir l’inachevé, d’accepter les erreurs, les errements, les trébuchements. De tomber et de se relever chaque fois plus sage, plus éprouvé, plus humain. Je repense à cette phrase, « je peux croire que j’ai déjà tout, que tout est déjà parfait », et j’ai le vertige. En même temps, je sens que c’est à ma portée. Et ça me fait du bien de simplement réaliser que c’est possible, de vivre avec cette conviction. Je vous souhaite de faire le chemin, et d’accepter d’être la personne que vous êtes profondément. Sans avoir rien à payer, prouver, mériter pour cela.