S’improviser prof en mer (2)

Deux gars tartinés d’argile après un passage dans l’atelier d’Ulrich aux Saintes…

En réponse au commentaire de Sophie (voir le post d’il y a quelques jours), je souhaitais  donner davantage de précisions, notamment sur les choix que nous avons faits concernant l’éducation à bord de Lam.

Vous noterez par ailleurs que ce post a fait l’objet de modifications, une personne travaillant au CNED ayant pris la peine d’écrire (voir les commentaires) afin de mettre au clair certaines données que j’avais mises dans la première version et qui étaient parfois erronées. Ce post comprend donc des données plus fiables sur ce que le CNED a à offrir aux familles, nous espérons que vous vous y retrouverez plus facilement!

En fait, nous sommes Ben et moi français à l’origine, donc c’est uniquement pour les enfants que le changement est radical. Nous tentons de les préparer au système français autant que possible, et c’est vrai que les deux approches comportent des différences parfois majeures.

 

Nous avons évalué les possibilités qui s’offraient à nous quant à la scolarisation de nos lardons. Nous avions le choix entre faire suivre à nos enfants les cours du CNED, ou bien prendre nous-mêmes en charge les cours de France en adaptant le programme et la charge de travail à notre rythme de vie. Nous avons opté pour la deuxième solution, pour les raisons que vous lirez plus bas. Il reste que ce choix reste très personnel, et que nous avons pris le parti de profiter de ces mois en mer sans passer nos journées à bord pour cause de travail scolaire…

 

Ceci dit, voici pourquoi nous avons choisi de faire les cours nous-mêmes:

 

– s’inscrire au CNED en ayant des enfants qui ont toujours été scolarisés dans le système québécois s’était avéré assez compliqué côté paperasse, on a vite abandonné. Le consulat de France à Montréal avait spécifié à Ben, quelques mois avant notre départ, que nos enfants devaient passer durant l’été un examen afin de déterminer à quel niveau ils pourraient intégrer le système français. L’examen aurait eu lieu l’été dernier, alors que nous devions déjà être partis…

 

– les amis français rencontrés lors de nos pérégrinations sont généralement tous du même avis: le CNED impose un rythme de cours très exigeant, en temps et en efforts. En revanche, les cours sont de bonne qualité et les enfants en sortent avec un bon niveau. Malgré tout, l’accès internet exigé pour certains cours et pour l’envoi des devoirs est une contrainte énorme, car l’internet n’est pas accessible partout, et pas toujours avec un débit suffisant…

Ceci étant dit, le CNED nous a précisé que le choix des cours/communications par internet était personnel, et qu’il existait d’autres moyens d’envoyer les cours.

Nous avons rencontré deux familles qui, compte tenu du temps passé à bord à faire les devoirs, ont avoué qu’ils auraient préféré faire redoubler leurs enfants s’ils avaient su quelle serait la charge de travail. Mais il s’agissait là d’enfants avec un niveau excellent, et cette décision peut être assez lourde à assumer pour les enfants…

 

– Autre point, pour une année scolaire “normale” avec le CNED, c’est toute une flopée de matières qu’il va falloir envisager! Et pour cause, comme le signale le CNED lui-même, les programmes sont définis par le ministère de l’éducation. Pour autant, la vie en mer est pleine d’imprévus, ce qui ne colle pas toujours avec des exigences serrées au niveau de la vie scolaire.

En ce qui nous concerne, on a de la peine à décoller du duo maths/français pour chaque journée (ou alors on fiche toutes les journées en l’air avec études à gogo, et dans ce cas: où est l’intérêt de naviguer???), alors rajouter là-dessus anglais, histoire, géo, musique, art plastique, éducation civique et j’en oublie… merci! Mais il est vrai qu’au retour à terre, les enfants devront pouvoir réintégrer le système scolaire français, ce qui implique que ces matières là aient été travaillées. Pour ce qui est de nos enfants, nous savons qu’ils devront être évalués, et nous ferons tout ce que nous pourrons pour les mettre à niveau dans les matières requises en temps voulu. Mais jusqu’à récemment, il n’était pas encore question pour eux de réintégrer de façon certaine le système français, nous n’avions donc pas les mêmes contraintes.

 

– la formule en candidat libre avec le CNED est une option que des amis avaient choisie et ils en semblaient contents. Par contre, cela impose que les enfants se fassent évaluer au retour du voyage avant de reprendre les cours, pour que leur niveau soit validé. Ce qui signifie qu’ils doivent se garder à niveau dans les matières qui ne sont pas choisie pour l’année en mer. Cela pourrait être une option intéressante pour les écoliers dont les parents sont prêts à prendre en charge le reste des matières à leur manière.

 

– Concernant l’envoi des cours, le CNED peut les envoyer partout dans le monde (qu’on se le dise!). Par contre, on nous a décrit des séances d’envois de dossiers qui reviennent quelques jours avant le départ, faute d’une ou deux pièces non fournies. “Vous ne pouviez pas nous prévenir avant??” s’exclament les navigateurs qui avaient envoyé le dossier depuis des mois… Eh bien non! En plus, les douanes des pays vers lesquels sont envoyés les cours sont parfois bien lentes, et peuvent immobiliser des paquets pendant des semaines, selon leur bon vouloir… Du coup, deux mois de retard pour les marmousets, qui doivent alors cravacher comme des brutes pendant des semaines pour rattraper le retard accumulé et se privent ainsi de moments uniques en mer et en famille…  et que dire des envois en plusieurs fois, qui arrivent décalés dans le temps, ce qui n’a rien de pratique quand on reste seulement quelques jours à l’escale où on avait prévu de tout récupérer d’un coup… Bref, il faut prévoir beaucoup de temps pour l’envoi de ces cours, donc s’y prendre à l’avance est obligatoire, et il n’est pas toujours simple de prévoir de se faire envoyer les cours quand on a des contraintes liées à la météo.

 

Pour ceux qui seraient intéressés par l’expérience de navigateurs ayant fait le choix d’inscrire leurs enfants au CNED, vous pouvez visiter le site ad hoc: www.smooz.fr (qui, en passant, est une initiative sympa qui donne une tribune aux personnes qui utilisent les services du CNED et ont des profils très variés et intéressants). Et pour plus d’infos sur le CNED, allez faire un tour sur leur site: www.cned.fr

 

 

Voilà en gros ce qu’on a pu comprendre de la vie en mer avec le CNED. De notre côté, vu que nous avons choisi de ne pas intégrer un système scolaire quelconque, les contraintes sont aussi présentes:

– nous avons dû organiser le calendrier des cours, définir les exercices à faire chaque jour, évaluer les progrès, à partir de livres de cours français que nous avait envoyés une amie prof.

 

– il faut organiser l’enseignement et dispenser les connaissances d’une façon pédagogique (ce qui n’est pas toujours évident!) sans avoir d’aides ou de guides pour faciliter les explications! De ce côté là, le CNED est très bien conçu, avec des livrets pédagogiques pour aider les parents à accompagner l’enfant dans ses apprentissages

 

– les livres scolaires que nous avons reçus présentent parfois des lacunes, ou nécessitent une réorganisation des connaissances. Il faut donc faire le ménage et structurer la matière de la façon la plus simple et efficace possible pour l’enfant. Là encore, cela ne se fait pas toujours tout seul… Ceci dit, j’ai récemment réorganisé le programme de Laé (qui est en CE1) en piochant dans tous les livres de classe que j’avais pour le français. J’ai concentré l’apprentissage autour des notions principales et j’ai intégré une suite d’exercices pour chacune. Le tout est beaucoup plus logique et digeste que dans le livre que je tentais de suivre depuis le début et les progrès sont manifestes. Mais quel boulot!

 

– On se charge de l’enseignement des autres matières d’une manière souple et opportuniste. En effet, on fait écouter aux enfants des podcasts sur l’histoire en navigation (ils adorent ça), on leur fait écouter des émissions scientifiques à l’occasion, ou bien faire des expériences en physique chimie avec des kits pour les enfants que nous avons à bord. Les docus ‘il était une fois la vie” et “il était une fois l’histoire” fournissent aussi d’excellentes bases en biologie et en histoire (à condition de les regarder avec les enfants et d’arrêter le docu régulièrement pour vulgariser les notions). Enfin, les docus vidéo “c’est pas sorcier” sont des mines d’or quant aux connaissances qui y sont expliquées, et ce dans tout un tas de domaines! Pour la géographie, on la fait “en live”, cours de géologie sur place, visite de volcans avec explications ad hoc, etc. Tout devient une occasion d’apprendre et, ce qui est merveilleux quand on voyage: on a le temps!

 

Enfin, ce qui est particulier à la vie en mer, il faut aussi faire face à des aléas en permanence, que ce soit concernant la météo, les activités qui n’étaient pas prévues, les visites inopinées… Ce qui implique de réorganiser en permanence le calendrier et de motiver les troupes qui ne peuvent donc pas toujours se raccrocher à une routine… C’est là le noeud du problème, car cela requiert une souplesse qu’à notre avis, le CNED ne permet pas forcément.

Ceci étant, tous ces commentaires ne reflètent que notre avis, ainsi que l’expérience de familles rencontrées au fil de l’eau. Ils ne prétendent pas décrire une vérité absolue sur les études en bateau, et chacun doit être en mesure de faire ses propres choix sans complexes!

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2 réflexions au sujet de « S’improviser prof en mer (2) »

  1. Bonjour,
    Suite à votre article, voici des éléments de réponse.

    « Le CNED exige des frais qui sont vraiment importants pour les enfants français qui ne sont pas scolarisés en France »
    Si vous optez pour une scolarité complète avec le Cned, les cours sont gratuits !

    « L’accès internet exigé pour certains cours et pour l’envoi des devoirs est une contrainte énorme »
    Un accès internet n’est imposé. Il s’agit d’une possibilité offerte pas d’une obligation.

    « Pour une année scolaire “normale” avec le CNED, c’est toute une flopée de matières qu’il va falloir envisager ! »
    Il ne s’agit pas du Cned qui impose ses matières, mais bien du ministère de l’éducation nationale qui demande à ce que la scolarité suivie soit conforme à ses programmes. Par conséquent, vous avez toutes les matières enseignées dans tous les établissements publics ou privés sous contrat de France.
    Avec le Cned, vous avez toutefois la possibilité de ne partir qu’avec certaines matières (afin d’alléger le programme). Toutefois, au retour, le ministère demandera effectivement à ce que les enfants soient testés sur les programmes avant de les réintégrer en scolarité classique.
    Si vous optez pour la scolarité complète, rien ne sera demandé au retour et les avis délivrés par le Cned feront foi auprès du rectorat.

    « le CNED refusant d’envoyer les cours ailleurs qu’en France métropolitaine (sisissi, c’est véridique!! Un comble pour un organisme qui prétend faire de l’enseignement… à distance!!!) »
    Le Cned envoie depuis toujours ses cours dans le monde entier.

    « Les douanes peuvent immobiliser des paquets pendant des semaines, selon leur bon vouloir… »
    Exact ! Il convient de prévoir ce genre de mésaventures qui peuvent être fréquentes dans certains pays. Quoiqu’il en soit, les services de scolarité sont toujours à l’écoute pour gérer au mieux ce genre de situations.

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