Charteriser, ou la manière de se faire des amis!

Dédé, lévitant presque après une séance de yoga...

Dédé, lévitant presque après une séance de yoga…

Ils étaient arrivés sur le quai, sacs à la main, sourire aux lèvres et visages un poil fatigués. André et Pénélope, dits Dédé et Péné. Ils avaient décidés 6 mois plus tôt de faire un bout de route avec nous, pendant 3 semaines. Nous avions frotté Lam dans tous les sens toute la journée pour les accueillir. J’avais fait le plein de légumes, de fruits, de lait et de tous ces aliments qui s’empilaient dans les placards. On était prêt à lever l’ancre, ou plutôt, larguer les amarres. Ce que nous fîmes le lendemain. Cela faisait 6 mois qu’André et Pénélope avaient réservé leur cabine sur Lam. 6 mois de bavardage à bâtons rompus par courriel, à se donner de petits détails sur le séjour, à poser de petites questions qui, mine de rien, visaient peut-être à prendre la température, à savoir ce que les uns et les autres avaient dans le ventre… Accueillir un couple dans sa maison, alors même qu’on ne le connaît pas, et pour une durée aussi longue, cela reste un sacré pari ! Alors ils ont débarqué sur Lam un soir, les traits tirés par la fatigue du voyage, et celle de leur vie trépidante. Dédé a un resto à succès à Aurillac, dans le Cantal : L’Olivier. Pénélope tient une boutique de vêtements pour enfants. Pas de quartiers, même en Auvergne ! Il faut bûcher, et fort. Alors, fatigués.

Première escale, petite terre ! Objectif : sortir le stress du corps de nos invités à la vitesse de la lumière. Pari réussi, après un gros 48h ! Sur une galette de terre de 2.5km battue par les vents et accessible par beau temps et sans houle du nord. Cela faisait des plombes que nous essayions d’y aller, mais le temps n’y était jamais… Alors après une petite nav vers le François, cap sur cette île dont on nous avait tant vanté les beautés. Et, de fait, c’est beau ici. Des palmiers abritent durant le jour les touristes que déversent quelques petits bateaux à moteur fringants et sans peurs, et un « lagon » un peu tranquille leur permet de découvrir la faune locale : poissons perroquets, girelles, chirurgiens de toutes sortes, tailles et couleurs. Quelques requins aussi, et des tortues timides. Le bonheur. Une petite promenade menait à un joli phare que les enfants ont pu visiter un soir, accompagnés par des rangers de l’île, une fois tous les touristes partis et l’île à nous tout seuls… Séance de yoga sur la plage au coucher du soleil, sous les palmiers, face à une barrière de corail battue par les vagues qui venaient se briser depuis l’Atlantique. Sur le bateau, pas un pied dehors ! Le courant est tel que s’y aventurer sans précaution est risqué. On aurait vite fait de se faire entraîner au large… Deux jours se passent dans ce petit paradis qui ravit nos hôtes.

 

Puis on décide de faire cap vers Antigua, que Dédé et Péné connaissent un peu pour y avoir déposé le regard l’année d’avant. On flâne dans English Harbour, Ben et moi essuyons une journée Murphy comme on les déteste (mais pas de gros dégâts, heureusement, juste une série d’irritants qui ne cesseront qu’à la nuit). Rapidement, on se taille de cet endroit malgré tout habité de bateaux, de touristes et de plaisanciers. Green Island ! Ten Pounds Bay !! Pour ceux qui s’en souviennent, il s’agit de cette île miraculeuse d’Antigua où nous avions passé une semaine féerique avec nos amis de Taoz, il y a un peu moins d’un an. Et le rêve reprend, à peu près à l’endroit où on l’y avait laissé… Pêche sous marine (deux petites langoustes et un joli poisson perroquet s’en souviennent), snorkelling paresseux aux alentours, bronzette improvisée… Et par dessus le marché, des repas de roi ! Car nos hôtes, pétris qu’ils sont de qualités multiples, ont aussi une particularité pas mal intéressante : ils sont restaurateurs ! Un resto de choc logé à Aurillac à la réputation grandissante: L’Olivier! Alors c’est la valse des salades fraîches, d’aiguillettes de bœuf à la crème et au poivre (écrasé à la bouteille), tartare de thazard mariné au lait de coco/lentilles/ maracuja et citron vert, papillotes de thazard au risotto parfumé… D’ailleurs, les thazards en question se sont tous les deux pris d’amour pour le poulpe en plastique qui orne notre fil de pêche ! Car nous pêchons à la traîne pour chaque traversée, et ça fonctionne ! C’est Christian, notre précédent invité, qui aurait été content de ces prises ! J’ai d’ailleurs un système qui est un peu moins brutal pour tuer ces poissons que la mer nous offre. Linge bleu sur la tête, j’y fais couler de l’alcool à 70 degrés, et je pose ma main sur l’animal. Il meurt vite, ne bouge quasiment pas et semble moins souffrir… C’est bon pour le karma et pour le cœur sensible de nos petits mousses !

 

Après Green Island, nous levons l’ancre pour Barbuda. Un autre petit paradis que nous avions survolé rapidement l’année dernière. Survolé, car nous y avions mouillé que deux petites journées, sur la route pour les BVI. Cette fois-ci, nous y resterons !

Après un petit slalom entre les récifs pour atteindre Spanish Point, nous mettons l’ancre dans une immense baie protégée. Au menu : eau cristalline, récifs éparpillés, habités de coraux bien vivants et de poissons par troupeaux entiers, plage longeant une végétation sèche et solide. Juste deux autres bateaux, bien loin de nous qui nous mettons dans la posture parfaite pour les couchers et levers de soleil !

Hier,  petit tour sur la plage qui est à un km à la nage. Sur la route, on pêche quelques lambis. Nous allons enfin pouvoir goûter notre prise, après la tentative ratée aux  îles vierges l’an dernier ! La tâche est rude : il s’agit pour les gars de percer la coque super dure de ces coquillages en béton armé. Alors après quelques coups de marteau peu convaincants, les voilà qui attaquent à coup de perceuse (Bosch, s’il vous plaît !). Et bing ! La mèche en acier se pète après quelques secondes sans avoir réussi à entamer la coquille. Un fou rire plus loin, nouvelle tentative de nos héros du jour : coups de marteau bien appliqués cette fois, avec biceps et motivation. Pari tenu ! La coque se brise enfin, et notre Dédé national finit par touiller avec acharnement dans le trou pour déloger le pied de la bête, qui résiste comme elle peut à ces assauts guerriers… Fin de la bataille : l’animal lâche enfin prise et quitte sa maison, la mort dans l’âme. Ses petits yeux nous regardent et on essaie de ne pas trop le prendre en pitié pour avoir une chance d’y goûter… Pas simple ! Finalement, notre cuisto préféré lui tranche la tête, et on le débite en petits morceaux. S’ensuit une recette improvisée de lambis qui nous a conquis ! Je vous la livre, au cas où, sous la couche de neige où vous vous trouvez sans doute (français et québécois de tous climats, unissez-vous !), vous trouveriez ces petites bêtes si sympathiques.

 

            Recette de lambis à la mode de Barbuda

Prendre 2-3 lambis à l’air nostalgique (mais pas trop, sous peine de ne pas avoir le cœur de leur couper la tête !)

Découper la chair en petits morceaux

Passer le tout à la cocotte minute (je recommande la marque que j’ai sur le bateau : WMF, cocotte supersonique) pendant 10mn une fois que le bouton se lève

Mettre au frais toute la nuit en faisant mariner le tout dans le jus de cuisson

Le lendemain, placer les morceaux dans une poêle chaude avec un peu d’huile d’olive, faire revenir avec une gousse d’ail et un jus de citron pendant quelques minutes, arroser si nécessaire d’un peu du jus de cuisson de la veille

Dégustez avec un risotto cuit dans le jus de cuisson restant

C’est délicieux, tendre à souhait, et très gouteux !

 

Et ce matin, repêche de deux petits lambis attendrissants. Et puis un pêcheur barbudais (ça sonne mieux que barbudien) vient nous rendre visite : il a besoin d’allumettes. On lui livre le truc pour le dépanner, et en échange, il veut nous donner deux poissons ! Refusant le troc, mais sautant sur l’occasion, on lui demande à combien il vend ses prises. Et on repart avec… tenez-vous bien… 6 beaux poissons perroquets (dont certains font plus d’un kilo !) pour la grosse somme de 20 dollars caribéens, soit à peu près 7 dollars américains, ou 5 euros ! Un taux pareil, j’ai jamais vu ! C’est à peine le prix d’un rhum dans un café branché ! La grosse question du jour est donc : comment allons nous accommoder toute cette poiscaille dans les jours qui viennent… La torture, on vous dit !!!

Côté charter, ça semble être le bonheur le plus total. Dédé et Péné font du sport à gogo, natation dès le réveil, course à pied, marche à longueur d’îles, popotte dans les rires d’enfants, et câlins impromptus de Laé. Ils font partie de la famille pour ces quelques jours sur Lam et se sont intégrés dès le départ. Nous multiplions les conversations passionnantes, les échanges à bâtons rompus qui nous inspirent. Ils se sont aussi mis à la méditation et au yoga, jouent aux jeux que les enfants proposent à la volée, participent même à la vaisselle. Des invités qui nous donneraient presque envie de faire carrière dans le charter tant tout semble couler de source au rythme des vagues. Surtout, nous prenons un plaisir fou à leur montrer les coins que nous aimons, et à mieux découvrir ceux que nous avons un peu bâclés l’an dernier, autant qu’à les regarder s’enamourer pour une plage sauvage, un plat de poisson frais ou la gentillesse d’un pêcheur barbudais… L’objectif initial était d’aller jusqu’aux Îles Vierges. Mais très franchement, à les entendre parler du paradis qu’ils ont trouvé à Barbuda, je doute qu’on décroche de l’endroit avant un bout !

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