Des souliers de vent

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOn a toujours des recettes, des avis, des idées. On se rassure, on compare, on se désole. Mais on a besoin de ces limites claires, de celles qui séparent la lumière de l’ombre, l’énergie de la torpeur. On a besoin des mots qui disent ce qu’une chose contient, à quoi elle sert et comment elle se comporte. C’est finalement pratique. Réducteur, mais pratique. Et pour les gens, c’est pareil. On définit ainsi ce qui fait qu’une vie est réussie, et pourquoi elle échoue. Ce faisant, on justifie souvent nos propres choix, on éteint nos propres égarements, on oublie ces hésitations, ces luttes intérieures, et ces abandons qui ont miné nos rêves. On se rebelle un peu, surtout quand on a peu d’années à faire valoir sur l’autel de l’existence. Mais le sacrifice aura lieu, et les rêves prendront le bord, sans doute.

Heureusement, il arrive aussi que les rêves, on les cultive, on les appelle, on les entretienne. Il faut alors pousser fort de la main les septiques qui vous tendent des balais pour que vous fassiez le grand ménage. Expliquer que métro, boulot, dodo ne font pas tout dans l’existence, et que sortir du cadre est aussi un choix que nous avons. Il n’est pas simple de vivre en étant hors du foutu cadre. Gagner sa vie, se marier (de préférence avec une personne du sexe opposé), avoir des enfants (plus simple si on a justement choisi une personne du sexe opposé), partir à la retraite à l’âge donné (60, 65 ans selon les critères, l’emploi, les conventions collectives…) et couler des jours paisibles dans un quotidien sans histoire. Voir des potes de temps à autre, passer au travers de quelques deuils, se sentir vivre parfois, rire autant qu’on le peut…

Mais le cadre, même s’il existe pour tous, peut constituer aussi un perchoir bien pratique lorsque l’on décide d’en sortir. L’oiseau sur le cadre se met à chanter. Ce qu’il fredonne est une chanson vivante, une vibration salutaire. Et il y aura toujours des gens en dessous pour dire que ça casse les oreilles ou que ça ne sert à rien. Tant pis. Chanter quand même. « Chanter, c’est lancer des balles », chantait justement Souchon. Pourquoi ne pas lancer les balles d’un inconnu qui nous tend les bras? Et inventer une autre vie, sans les contraintes que l’on s’est toujours imposées sans s’en rendre compte? Pourquoi ne pas partir sur les routes, sac à dos à l’épaule, histoire de sentir le vent sur les joues, les pieds meurtris par les marches trop longues, le bonheur de savourer une soupe chaude à la fin de la journée? Pourquoi toujours se mettre du côté de ceux qui dénoncent les parcours sinueux, au lieu de chausser ses souliers de vent et d’avancer ailleurs. Là où nos pieds pourront danser?

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3 réflexions au sujet de « Des souliers de vent »

  1. Pourquoi laisser les autres nous rapetisser? Nous sommes si nombreux à faire cela nous même de façon grandiose de surcroit. Cela fait peur de voir les autres grandir car ils seront assurément plus grand que nous. La vie est ainsi faite mais on peut la changer, d’abors pour nous, nos conjoints, nos enfants.
    Pour clore je cite:
    ‘Don’t tell me the sky is the limit
    when there are footprints on the moon’
    Paul Brandt

  2. En effet, un gros travail, le plus important d’ailleurs, consiste à travailler sur soi et à définir ces croyances profondes que nous avons développées sur nous-mêmes et qui nous limitent tant.

  3. Je reprends une image d’Olivier Lajous: il s’agit de surfer sur la vague, celle de la vie qui nous emporte avec ses incertitudes. Avant tout donc une question d’équilibre.
    Je pense que les deux points de vue sont valables: accepter les contraintes, le cadre; savoir s’en évader, saisir les opportunités. Savoir accepter la discipline qui nous façonne et sans laquelle il est bien difficile de construire dans la durée (que ce soit pour écrire, pour ce que l’on appelle le travail ou pour autre chose). Savoir rester ouvert à l’inattendu, à la rencontre.
    L’éducation des enfants me semble un domaine privilégié, où la conjonction des deux aspects est indispensable: la solidité de repères et l’intelligence du quotidien.
    Nous sommes tous différents et, contrairement à un poncif de la culture occidentale (et plus encore française), il ne s’agit pas d’avoir raison. L’ouverture, l’intelligence collective sont des réalités. les reconnaître, reconnaître l’autre différent de moi sont les signes de l’acceptation de la vie en même temps qu’un appel à laisser l’autre me dire ce qu’il m’est difficile d’entendre, prisonnier que je suis de mes raisonnements et autojustifications.

    Merci de ces éléments de réflexion, comme à l’habitude servis par une langue merveilleuse.
    Daddy

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