Où est Charlie?

charlieVoilà. J’aurais préféré débuter cette 5ème année de publication sur ce blog par un truc un peu plus réconfortant, une petite pensée positive pour bien démarrer les choses. Mais non.

D’abord, c’est l’incrédulité. Je rentre du travail, et Ben me lance que voilà, Charlie Hebdo, 12 morts, Cabu et Wolinski… C’est ça, la réalité de cet après-midi gris de janvier. Ça me tombe dessus et me plombe les poumons. Tout net. L’incrédulité. Puis la colère. Puis la vague de tristesse. Tout cela se mélange pêle-mêle dans un cœur qui n’y comprend rien. J’en deviens zombiesque, à force de n’en rien croire. J’emmène finalement les enfants au tennis, je tente de lire, mais sur l’écran vissé au mur dans le café, les images défilent. On voit des pompiers, des policiers, 2 hommes cagoulés qui sortent d’une voiture, des traces d’impact, une douille entourée de craie sur la route, des blessés ou presque morts, transportés en civière dans une haie de médecins courant vite, mais pas assez. Pas assez vite pour les 12 morts qui attendent, saignant encore de cette barbarie qui ne se déguise plus. Un sang d’encre, laissant une plume exsangue qui n’a pourtant pas dit son dernier mot. Je vois les images, leur réalité me fouette le visage, je ne peux arriver à comprendre que des hommes puissent perpétrer de tels actes. Et lancer des phrases aussi idiotes et vides de sens : quel prophète peut bien être vengé dans une boucherie pareille ??? Certainement pas celui qui prône l’amour et le respect de l’autre. Il faudrait voir à changer de lunettes, messieurs les cagoulés. Votre lecture semble entachée de manque d’intelligence, et d’éducation, à moins qu’il ne s’agisse simplement d’humanité ?

Alors je suis là, à regarder ces images choquantes qui me broient le cœur, quand arrive la douleur. Cette douleur si particulière que je reconnais après un moment seulement, tant elle est spéciale. Cette douleur, cette sensation de poignard dans mon dos, près de l’omoplate, c’est l’endroit où un deuil vient se faire une place dans mon corps. À chaque deuil violent que j’ai à faire, la douleur revient s’installer, toujours au même endroit… Elle s’insinue et reste là. Une douleur physique qui rappelle la souffrance morale qui me tombe dessus. En rentrant, dans la voiture, j’essaie d’expliquer à mes deux plus petits ce qui vient de se passer en France. La portée de cet événement dramatique. Et d’emblée, la gorge serrée, les larmes coulent toutes seules. Je conduis la voiture et j’ai le visage voilé de ces larmes qui tombent en ruisseaux. Je ne peux pas les arrêter, elles signent toute l’horreur de cette situation insoutenable. Plus tard, à la maison, nous cherchons avec Ben sur les réseaux sociaux des appels aux manifestations. Et très vite, nous nous rendons sur place, avec les enfants. Il s’agit là d’une occasion pour leur expliquer ce qui se passe. Partager nos valeurs, nos croyances, leur évoquer pourquoi des gens se trouveront toujours sur le chemin des barbares, avec des plumes, des mots, des fleurs au poing. Parce qu’il faut résister à ces intolérances qui claquent la porte sur les doigts de l’humanité, chaque fois qu’une personne meurt pour avoir ouvert la bouche ou écrit les mots. Nous partageons avec eux ce qui nous fait tenir droits, ce qui nous rend fiers d’être des humains, accueillis comme tels avec les autres humains. Ce qui nous empêche aussi à tout jamais de vouloir poser des actes niant autant la vie et les valeurs fortes d’amour et d’entraide.

Alors nous nous rendons au rendez-vous en famille, et retrouvons là des amis, et aussi les milliers de personnes rassemblées là en signe de solidarité. Et ma douleur dans le dos se calme. Comme si le corps se rassurait de voir que les hommes sont encore debout, qu’ils sont capables de se mobiliser pour aller envoyer un message fort à d’autres hommes qui tuent jusqu’à des enfants et des femmes pour laisser croire au monde qu’ils ont plus raison que les autres d’imposer leur loi… Mon dos a cessé de me faire mal quand j’ai senti que les gens qui nous entouraient étaient sensibles à ce qui venait de se passer, qu’ils pleuraient, comme moi, ces personnes assassinées sauvagement, simplement parce qu’elles avaient l’intelligence de mettre leur plume, et non pas des kalachnikovs, au service de leurs idées…

JE SUIS CHARLIE

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2 réflexions au sujet de « Où est Charlie? »

  1. Quelle plume! Bravo Fanny. Malgré mon retard, je souhaite à Sacha tout le bonheur et le succès qu’il mérite. À tous les enfants, une belle année et qu’ils profitent de tout ce que vous leur offrez. Ils sont vraiement très chanceux. Bonne chance à Benoît dans ses études, je l’admire de ne pas abandonner ses rêves. À toi, Fanny, beaucoup de satisfaction dans ton travail. Et beaucoup de patience avec tes deux ados et Laé qui ne doit pas passer inaperçu! Bienvenue à toute la famille. On ne peut vous oublier. Imelda et Louis XXXX

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