Les maux si on (la regarde)

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Sortez les filets à émotions!

On m’a souvent reproché d’être émotive. De laisser éclater l’émotion comme une bulle pleine d’un liquide nauséabond ou tâchant, qui fait des marques et que l’on doit ensuite nettoyer. Un truc dont il faut se débarrasser. L’émotion, on tente par tous les moyens de la contrôler, de lui laisser une place prévisible et bien cadrée. Elle dérange, avec ses façons de s’inviter comme ça sans même qu’on l’ait sommée d’avancer dans la pièce du présent.

 

Moi, l’émotion, je la prends comme un signal. L’émotion est pour moi bienvenue, car elle est le meilleur décodeur de vie que je connaisse. Bien sûr, elle déborde parfois, et la suivre jusque dans les moindres recoins de son cœur revient à virer fou, ou à réagir en permanence, ce qui est aussi tellement épuisant que cela peut amener à des situations compliquées. Mais lorsqu’on apprend à les écouter, quand on s’habitue à les observer sans forcément y réagir, juste à en regarder la couleur, les nuances, les volumes, alors elles deviennent de sages conseillères, des petits guides feu follet. Comme ces marais où flottaient des lumières furtives dans les histoires du Moyen-Âge.

 

Selon moi, ces petites loupiotes sont autant de repères dans le monde des relations. Je suis l’émotion et j’arrive à trouver ce qui m’habite tout au fond. Elle est précieuse, m’indique un nord que mon cerveau peine à trouver. Elle se loge dans mon corps, trouve sa place dans une partie de mon dos, au fond de mon ventre, dans ma tête ou encore dans un membre douloureux.

 

L’émotion a besoin aussi de trouver son chemin. Enfermons là, et elle tourne sur elle-même, tourbillonne violemment jusqu’à créer un déséquilibre. En yoga, cela forme ce que l’on appelle un bloquage d’énergie. Et c’est ce qui est à l’origine de la maladie… Il faut donc apprendre à créer des chemins pour ces émotions qui viennent nous rendre visite. Piano, écriture, dessin, photographie, sculpture, yoga, tai chi, méditation, marche pensive… Ce qui laisse circuler l’énergie permet à l’émotion de se traduire en images pour le cœur. Reste à apprendre ce qu’elle veut nous dire.

 

L’écouter revient à s’arrêter et à prêter l’oreille. Colère, tristesse, joie, jalousie, frustration, le message passe dans l’air, sortez vos filets à émotions, attrapez en une ou deux pour l’examiner. Décorticage en direct, ou en différé, l’important est de savoir comment les maux du corps résonnent. Le vrai travail débute alors. Dans ce face à face avec soi même.

Il arrive (souvent) qu’on choisisse d’ignorer les signaux envoyés. « Tout va bien, madame la marquise ». On laisse glisser sur sa peau la petite émotion qui frappait de ses petits poings serrés notre cœur tout lisse. Va-t’en. Voilà ce qu’on lui répète. Tu me déranges. Mais si on la prend dans sa main, qu’on écoute sa chanson, elle nous révèle alors ce qui cloche dans le moment. « Cette personne est toxique pour moi », « je suis en colère et j’ai besoin de changer la relation qui existe actuellement avec cette personne », « tout va pour le mieux, pourtant mon corps est triste », « il y a de la violence dans la pièce », « je sens que mon fils est joyeux »…

De ce travail de détective va découler une série de mesures. Au quartier général des grandes décisions, ça se bouscule, on prend les signes vitaux, on croise les données, on réfléchit avec le cœur, le corps et toute la tête. On comprend mieux les choses, quand tout notre être participe à décrypter le vivant. « Je vais quitter ce job ». Voilà ce que je m’étais dit, trois jours après avoir débuté un contrat dans une boîte où on m’offrait un bon salaire et un job intéressant. Mes signaux intérieurs étaient tous au rouge, et pourtant, rien de ce que mon cerveau analysait ne m’alertait… J’ai suivi mon intuition, et cherché d’emblée un autre travail… que j’ai trouvé dans la semaine. Et après un mois passé dans la 1ère structure, j’ai pu confirmer ce que mon corps avait déjà compris : que les gens qui travaillaient là ne partageaient pas la plupart de mes valeurs, que le job n’était pas celui annoncé, que je ne pourrai pas le concilier avec ma vie de famille… Une tension dans mon ventre m’avait d’emblée alertée sur ce que j’allais finir par comprendre intellectuellement, bien après.

Alors laissez venir à moi les petites émotions, ce sont les meilleurs profs que nous aurons jamais pour comprendre la réalité d’une manière concrète et intéressante…

(Visited 30 times, 1 visits today)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.