Nouveau départ

IMG_0104Il y a une petite musique. Un chant discret qui murmure des tristesses, un écho de loin qui vient déposer une

larme, une douleur cachée. Je l’écoute, sans bouger. Je réalise le chemin parcouru cette année. Quand on change, quand l’âge nous fait changer, quand nous fait changer l’envie d’être bien, en simplicité, sans bruit et sans attente. J’ai besoin de me lever le matin et d’être pleine de gratitude pour les respirations à venir, les battements du cœur qui ne se commandent pas, pour les rencontres et le vécu qui n’attend que moi pour advenir.

Il se trouve que ma vie, aujourd’hui, fait un balayage massif de ce qui a tenu ma vie jusque là. Je garde le plus beau, le plus précieux, ce que j’ai construit avec mon mari et nos trois magnifiques garçons. Et je regarde le passé qui me tient et m’enserre, avec les yeux de celle qui ne veut plus étouffer à cause de fondations aujourd’hui friables et vacillantes. Il s’agit d’enquêter sur un malentendu gigantesque. Celui de l’enfance. Il s’agit de regarder en face l’enfant que j’étais, et de l’écouter me raconter tout ce qui a pu lui permettre de survivre à des situations difficiles lorsque, petite, je ne pouvais que subir. Cela fait partie des choses lourdes dont on se charge l’existence : ces stratégies, ces attitudes, ces convictions que l’on brandit lorsque vient la menace. Ces façons de réagir à la douleur qui sont indispensables lorsque l’on est incapable, petit, de faire autrement, survie oblige, mais qui étouffent et grondent sous la peau lorsque l’on grandit et que, tranquillement, on parvient sans s’en rendre compte à déjouer. On peut faire autrement, et on l’ignore le plus souvent. On reprend toujours les mêmes musiques, les refrains qui nous ont protégés plus tôt dans la vie, mais qui finissent par gueuler de façon insupportable lorsqu’on devient adulte.

 

Alors il faut savoir mourir à ces parties de soi que l’on gardait et qui ne nous servent plus à rien, qui nous encombrent le cœur et la tête, nous empêchant d’être pleinement présents à notre existence. Car le temps passé à ressasser et à en vouloir nous coupe des rires de l’enfant et du sourire de l’amoureux. Aussi sûrement qu’un paravent, qu’un casque aveugle… Il est temps pour moi de compter les restes. De choisir ce que je garde, et de jeter le reste. D’écouter ce qui gronde au fond de moi et qui demande à vivre, à grandir, pour savoir où je dois marcher. Il s’agit aussi de ne plus gaspiller cette merveille de temps, qui me reste et qui aura un jour une fin, à courir après des personnes dont j’ai toujours voulu l’amour et qui ne veulent pas me le donner. Il me faut apprendre à simplement donner ce que j’ai à ceux que j’aime, ceux que je rencontre, et qui m’aiment en retour. La clé est là. Les personnes qui regardent ailleurs quand je leur parle, regardent ailleurs et c’est bien ainsi. Et j’apprends peu à peu à me détacher d’eux et à vivre ma vie. A la dépenser pour les moments qui me font grandir, entourée de ceux que j’ai choisis. Cela me ramène à ce temps de mes études où j’ai appris des phrases importantes, comme celle-ci : « family is what the patient says it is ». La famille, c’est celle que le patient décrit comme étant la sienne. Cela peut être des personnes qui ont un lien de sang avec lui, comme des personnes qu’il a choisies pour d’autres raisons, pour l’amour qu’il leur portait. C’est ainsi que je veux concevoir ma vie. Dans ces liens d’amour qui se fichent éperdument de l’histoire, du sang, de la bienséance et des règles.

 

Dans ce chemin qui est le mien à l’approche de la quarantaine (même si j’ai toujours 26 ans dans ma tête !), je décide de prendre des compagnons de voyage que j’aime, qui m’envoient de l’amour. J’avance avec eux, et plus avec ceux que j’ai longtemps suivis pour avoir cette petite dose d’amour qu’ils ne pourront sans doute jamais me donner. J’abandonne ces idées, ces regrets sur le bord de ma route, consciente que le plus beau est ailleurs, et que le temps qui m’est donné est trop précieux pour être gâché par des quêtes inutiles. Je décide de voyager léger, et le nez dans le vent. Nouveau départ.

Et je te remercie, Eveline, pour la bonté que tu portes et dont tu fais profiter doucement tous ceux que tu rencontres. Toi, tu aimes tout le monde.

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Une réflexion au sujet de « Nouveau départ »

  1. Que ça fait du bien de sentir l’amour que tu te donnes dans ce texre.
    Tu es importante pour moi et à chaque rencontre que la vie nous a mis sur la même route un amour universelle a toujours traversé ces beaux moments magiques de vie c’est vraiment l’essentiel qui nous tient par la main ma belle Amie
    Je suis toujours là et comme tu l’écris si bien à tes enfants moi aussi je serai toujours là pour Toi.

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