Le temps qui court, et quand il s’arrête pour respirer

Nous voilà allongés sur le sable qui n’est pas parvenu à se réchauffer malgré le soleil. Théo, Laé et moi. Chacun s’est fabriqué un petit nid de sable, dans lequel il s’est lové avec bonheur. On s’entend respirer. Le temps s’est arrêté, un petit vent nous chiffonne les cheveux gentiment. Des bruits de voix nous parviennent des voisins autour, d’enfants qui jouent sur la plage, on les entend à peine. C’est une idée du bonheur, celui que nous n’avions pas programmé, encore moins anticipé. Nous sommes venus à Pornichet sur un coup de tête, sans vraiment avoir préparé ce séjour, un peu comme si on avait débarqué là à la dernière minute. On met les tentes et les duvets dans la voiture, de quoi manger deux trois choses, des affaires de toilette, et ouste ! Dehors !

De la même façon, nous ne savions pas trop de quoi allaient être faites ces deux petites journées improvisées. Les choses se sont faites presque à notre insu, par hasard. Nous nous demandions ce que nous avions envie de faire et… Petite plage, battue par un vent léger, au soleil voilé de cette fin de journée. Le bonheur est tangible, palpable. Peu de mots. On se regarde, Théo et moi, on est juste au summum du bon, du beau et du qui fait du bien. Le bonheur, ça tient dans une poignée de sable. Laé quant à lui dévore son livre, rit parfois franchement, concentré sur les situations cocasses que son imagination lui déroule, et il est détendu, plongé dans son univers de mots. Théo, comme moi, sait que nous tenons là un moment parfait. Un de ces instants qui parfois se cousent ensemble pour former ce que j’appelle des « journées parfaites ». Quand, pour un moment, tout est simplement beau, pur, partagé. Car une journée parfaite se joue à plusieurs. C’est quand l’harmonie touche les êtres et leur permet de se sentir bien ensemble presque sans mots, juste avec le tissage de l’amour qui fait tenir ensemble ces pans du temps léger.

 

Ma vie est un continuum de moments qui se succèdent souvent rapidement. J’y trouve le temps de méditer, un peu, de faire du yoga, du dessin, de la cuisine et de la lecture. Un peu de bénévolat, des rencontres, du quotidien à entretenir, des personnes à serrer dans les bras. Tout s’affole parfois, à devoir faire rentrer dans le petit sac d’une journée tous ces instants divers qui s’agitent dans tous les sens. Mais cela ne m’effraie plus. J’ai conscience d’avoir plusieurs vies en une, mais ne considère plus cela comme une tare, une chose un peu sale dont il faudrait que je me débarrasse. Au contraire. Je cultive la vie comme elle se déroule, à ce rythme effréné parfois, tout en faisant de la place, une belle place, pour ce qui m’importe. On m’a parfois dite « hyperactive ». Je déteste ce mot. Il ne s’agit pas d’hyperactivité. Mais plutôt d’hyperénergie. J’ai besoin de ce trafic d’énergie et d’amour qui circule autour de mes mains lorsque je fabrique quelque chose ou que je le reçois. L’important, c’est la conscience présente que je mets dans ce que je fais. C’est la dose d’amour que je garde en cadeau dans ce que je donne. C’est le câlin que je fais à chacun de mes enfants chaque soir, même s’il me faut grimper à présent sur une marche pour entourer de mes bras mon grand Théo qui me dépasse largement, sous peine de finir pliée en deux comme un tournesol à l’envers !

Finalement, je dois dire que j’aime ce tourbillon de vie qui s’affole dans mon emploi du temps. Mais ce que j’adore par dessus tout, c’est faire de la place pour le reste. Pour ces moments qui s’invitent à mon insu pour me surprendre. Comme cette personne rencontrée au boulot et dont je pressens quelque chose de chouette, qui vient souper à la        maison et avec qui ça clique ! Comme ce moment improvisé où je m’invite chez une amie pour aller explorer son jardin et discuter autour d’une tasse de thé. L’important est moins l’événement en lui-même que la rencontre, et que l’espace qui a été préservé pour que celle-ci ait lieu. C’est pourquoi je continue à accepter de mes enfants qu’ils ne programment plus leurs vacances lorsque Ben et moi travaillons. Ils sont alors libres de se déployer, de regarder le temps s’écouler sans avoir de comptes à rendre ou de tâches à accomplir. C’est fou toute la matière de temps et d’énergie positive qui se dégage lentement d’un instant sans but !

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