Et si… tout était possible ?

Je ne sais pas pour vous, mais moi, il me vient des pensées très philosophiques depuis le début de ce confinement. Voici un petit tour d’horizon de ces réflexions qui m’effleurent le coin de la pensée, jour après jour…

 

Tout s’est arrêté dans le pays, dans de nombreux pays du monde. Un événement extra-ordinaire, auquel personne ne s’attendait. On serinait aux politiques et aux citoyens, depuis longtemps, qu’il fallait réduire les émissions de carbone, diminuer l’usage de la voiture, cesser de consommer à tout va, respecter la nature et la laisser plus libre, arrêter l’expansion des villes et améliorer la qualité de l’air, permettre davantage de liens entre les gens et de solidarité… Mon appétence naturelle pour la résilience et tout ce qui s’en approche m’a mise sur le même chemin pour voir, dans cette crise sans précédent, un moteur de changement formidable.

Car voyons dans le détail ce que le virus, outre malheureusement les morts, a apporté :

Je regarde par la fenêtre, et je vois beaucoup plus d’oiseaux que d’habitude. L’air que je respire est sain. Dans le ciel, plus une trace : les avions ont cessé de voler, le bleu est magnifiquement uniforme. Avec nos voisins, nous nous rencontrons et nous discutons (de loin). La voiture, je ne l’utilise que pour aller faire quelques courses. Même si je n’étais pas une adepte des magasins, je n’y mets plus les pieds du tout. Je prends des nouvelles des gens que j’aime (j’en ai enfin le temps) et avec les voisins, on s’organise entre nous pour savoir qui a besoin de quoi. Je prends du temps pour faire du sport, préparer de bons petits repas, prendre soin des gens que j’aime et, surtout, lire, écrire ! Faire des tâches qui attendaient depuis des mois et jardiner un peu.

Ailleurs, j’observe aussi des choses magiques. On voit les animaux sauvages revenir près des villes. L’air est plus pur et les constructions à tout va se sont temporairement arrêtées. Des gens se montrent généreux, proposant aide, soutien et appartements aux soignants, d’autres qui tentent de faire rire leurs congénères avec des vidéos, des jeux, des apéros fenêtre… Certains proposent leurs services pour nourrir les personnes âgées, ressentent le besoin d’être attentif à l’autre et de se sentir utile. Et puis on prête enfin attention à des professions qui étaient en grande souffrance et qui connaissaient des taux de suicide inédits, faute de soutien et de regards positifs : les soignants, les agriculteurs, les policiers… Ceux-là sont les vrais héros des moments que nous vivons et sont finalement reconnus pour l’utilité indéniable qu’ils ont dans nos sociétés. D’où viennent donc ces manifestations ? J’ai tendance à penser, à l’instar d’Isabelle Filliozat, que la joie naît du déséquilibre, l’échec, l’épreuve, la permettent plus sûrement que quand « tout va bien ».  Sans doute, un de ces moments qualifiés de ‘temps de guerre’ nous permet de dépasser nos limites, d’aller chercher le meilleur (parfois le pire…) en nous, et d’allumer les flammes intérieures qui nous font rechercher nos valeurs fondatrices, celles que l’on oublie parfois au gré d’un quotidien confortable mais stérile. Là encore, Filliozat éclaire le chemin : La sécurité est un facteur de confort, pas de joie. Et si chacun s’interroge sur la pérennité du mouvement lancé par le virus, sur notre capacité à tous à repenser profondément le système malade qui nous a conduit à cette époque bizarre où l’entreprise est devenue le berceau de la souffrance pour beaucoup, où la nature disparaît pour faire émerger des usines qui nous rendent malades et où le bonheur, recherché partout, n’a jamais été aussi lointain, il est temps de se poser pour savoir comment trouver les nouvelles clés.

Car cette période passionnante qui fait naître ce qui émergeait déjà avec les mouvements écolos-conscients pose de vraies questions qui, faute de trouver des réponses adéquates, nous mettrons face à des mécanismes de disparitions massives. Celles d’espèces animales, végétales, mais aussi humaines… J’invite donc chacun à profiter de ces instants de pause pour réfléchir posément à de nouvelles façons de concevoir sa vie. A accepter d’y intégrer une dose de risque qui sera indispensable pour faire intervenir le changement sain d’une société qui se repense. Il s’agira de trouver des voies différentes, d’inventer des solutions novatrices et de cultiver des attitudes fécondes. Gardons ce que le covid nous apporte de bon et d’utile, et mettons tout cela au service d’un monde où le bonheur sera plus accessible et plus facile à cultiver, partout sur la planète.

 

Pour vous inspirer un peu, je vous invite à vous délecter du film documentaire drôle, émouvant et délicieux Tout est possible (The biggest little farm, 2018). Et pour conclure, voici une petite histoire citée par Sogyal Rinpoché dans son Livre Tibétain de la Vie et de la Mort » et écrite par Portia Nelson:

 

Je marche dans la rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je tombe dans le trou.
Je suis perdu … désespéré.
Ce n’est pas ma faute.
Cela me prend une éternité pour en sortir.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je prétends que je ne le vois pas.
Je retombe encore dedans.
Je n’arrive pas à croire que je me retrouve de nouveau dans ce trou.
Mais ce n’est pas ma faute.
Et de nouveau, cela me prend longtemps pour en sortir.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je vois le trou.
Je tombe encore dedans. C’est devenu une habitude.
Mes yeux sont grands ouverts.
Je sais très bien où je suis.
C’est ma faute.

J’en sors rapidement.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je le contourne.

 

Je marche dans une autre rue.

Poème « Autobiographie en cinq actes », de Portia Nelson

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