J’habite avec 3 soleils depuis 20 ans…

Je les ai portés, chacun d’entre eux, avec bonheur. De les sentir dans mon ventre, c’était chaque fois une expérience à couper le souffle, dans tous les sens du terme (vu leur taille…). J’ai aimé les langer, jouer avec leurs petits pieds qui gigotaient, les embrasser dans le cou alors qu’ils étaient tout petits et qu’ils sentaient si bon… caresser la peau toute neuve et d’une douceur souple et chaude. J’ai aimé aussi les observer quand ils découvraient le monde. Petite main dans la neige, étonnement dans les yeux, juste avant la cascade de rire. Roulades dans l’herbe fraîche, main tendue vers le museau du chien ou le pelage du chat, bouche-pas-de-dents qui engouffre avec avidité le pain tout mouillé de salive. Et puis j’ai aimé quand ils se sont mis debout, sur leurs deux pattes malhabiles, pour apprendre à attraper la queue du même chien qui les reniflait truffe mouillée contre joue ronde. J’ai aimé leur courir après quand ils s’échappaient en riant pour se planquer dans les fourrés du jardin public, et les habiller en esquimaux parce qu’il faisait moins 20 dehors. J’ai aimé les enfiler en rang d’oignon sur la luge pour les amener à la garderie à trois rues de la maison, et les voir laisser les moufles traîner dans la neige pour faire des traces. J’ai aimé voir leur mine réjouie devant la neige qui tombait, et les voir soulever les feuilles d’or et de carmin pour les faire retomber en pluie à l’automne pendant nos balades en forêt. J’ai aimé ensuite les voir grandir et aller à l’école, cartable sur le dos et grand sourire aux lèvres quand ils apercevaient les copains dans l’immense cour d’école. Préparer leurs petits lunchs du midi et défaire avec eux les sacs de sport pour mettre à laver le linge sale. J’ai aimé leur préparer des crêpes, et les voir dévorer des kilos de miel qu’ils étalaient avec gourmandise sur des tartines énormes, matin après matin.

Puis est venu le temps du bateau. J’ai aimé les voir sauter du haut du cata pour apprendre à plonger, les regarder nager des heures de temps pour repérer des dollars des sables, ou construire des cabanes dans chaque île traversée, avec des branches de palmier, des noix de coco et des petits bouts de rien. J’ai aimé la fierté sur leur petit visage, quand ils étaient à la barre et qu’ils dirigeaient un bateau aussi gros d’un mouvement de main peu assuré. Les voir admirer un coucher de soleil et rire avec les copains sur le trampoline en mangeant des crèmes glacées.

Puis retour à terre. J’ai aimé les accompagner à l’école, main dans la main, et faire des randos en forêt, promener le petit chien devenu gros ensuite et après lequel il fallait courir quand il ne revenait plus. J’ai aimé sécher leurs larmes et leur faire des câlins quand les jours étaient trop lourds, ou quand ils en avaient gros sur le cœur, sans parfois savoir pourquoi. J’ai aimé les voir sortir, entourés d’amis, par la grille en fer forgé du collège. Aimé les prendre dans mes bras à chaque moment, au moment de faire la popote ou de leur souhaiter bonne nuit, pour une victoire ou une seconde de tristesse. J’ai aimé fêter avec eux leurs bons coups au collège, puis au lycée, les applaudir devant tout le monde aux remises de diplômes, et me gaver de leurs sourires quand ils gagnaient un match de tennis. J’aime me mettre sur la pointe des pieds pour embrasser les géants qu’ils sont devenus, et profiter des rayons solaires de ces sourires à fossettes dont ils ont le secret.

Aujourd’hui, ceux qui étaient des petits bouts d’hommes sont devenus des hommes tout court. Aujourd’hui, j’ai quitté leur père, mais ils sont toujours là. Debout. Et dans mes moments de peine, ils se tiennent droit. Aujourd’hui, ce sont eux qui me prennent dans leurs bras quand j’ai besoin d’un câlin, eux qui se proposent de cuisiner quand je suis fatiguée, eux encore qui pensent à me laisser à manger quand je rentre tard. Et j’aime me reposer (un peu, pas trop) sur leurs ailes déployées quand la vie est un peu pesante. J’aime les savoir solides, et fragiles tout à la fois. J’aime les voir attentifs, j’aime leur bienveillance époustouflante, leurs manières subtiles pour soulager une peine ou tendre la main. Ces enfants-là, je ne pourrai pas dire « les miens » parce qu’ils ne m’appartiendront jamais, je les aime comme au premier jour, et ne cesserai jamais de les aimer. J’aime les belles personnes qu’ils sont devenus et qu’ils ne cesseront jamais d’être. Et mes bras, je les garde ouverts pour eux, ils s’y réfugient dès qu’ils en sentent le besoin, et cela ne changera jamais.

 

Merci mes amours. Théo, Sacha, Laé. Je vous aime.

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Une réflexion au sujet de « J’habite avec 3 soleils depuis 20 ans… »

  1. Oufff époustouflant et très émouvant ce texte qui vient d’une maman grand cœur et qui récolte aujourd’hui les graines d’amour qu’elle a semé. Merci de partager ces beaux moments de vie et encore beaucoup d’années de bonheur ensemble

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