Printemps

Aujourd’hui est un jour spécial. J’ai décidé, avec mon mari et un de mes fils, de faire un jeûne de 36h. Pas grand chose, mais un petit geste pour mon corps et mon cœur, qui ont terriblement besoin de ce repos. Et moi, infatigablement branchée sur le mouvement perpétuel, j’ai décrété un jour de pause total ! En cette période de confinement, voilà qui tombe à pic… C’est donc un mouvement vers l’intérieur. Et la journée démarre avec ma séance d’écriture quotidienne, agrémentée de tisanes variées : gingembre frais et thé vert, romarin et thym du jardin… A 10h, séance d’hypnose en visio avec ma coach préférée, hypnothérapeute de talent, ainsi que 2 autres participantes. Un moment fort autour de l’animal totem, et j’ai trouvé le mien !

Et puis cette découverte d’une femme au parcours étonnant, grâce à mon fils Sacha qui m’a montré une vidéo que je partage ici avec vous : https://www.youtube.com/watch?v=-wFsYY71wyk. Cette femme est un peu une fée, et nous rêvons à ses côtés de ces étendues immaculées du Nord de la Suède où la neige est le paysage de la moitié de l’année… Sa vivacité et le naturel avec lequel elle filme sa vie me font l’effet d’un bain chaud un jour de tempête, c’est reposant et surprenant comme ça fait du bien !

 

Je me suis lovée sous le prunus, et au-dessus de ma tête, un couple de tourterelles travaille à la journée longue à la construction d’un nid douillet pour les petits à venir… C’est épatant de les regarder faire sans discontinuer, ce petit manège en vue de préparer la venue de la descendance… Les mois qui viennent de se dérouler ont pour moi été parmi les plus difficiles de mon existence. J’apprends beaucoup, je traverse ce tumulte avec une conviction profonde : celle que la vie est et sera toujours la plus forte, que sa bienveillance m’encourage à dépasser les peurs et à aller au bout de ce que j’ai besoin de faire sortir. Un accouchement attendu et douloureux, qui me permet de délaisser sur le bord du chemin des pans du passé qui m’empêchaient d’avancer vers moi-même. Ce qui m’aide à placer toujours un pied devant l’autre est cette certitude de faire ce que je dois faire et d’être sincère avec moi-même.

Jour de jeûne, c’est jour de communion avec soi. C’est porte ouverte décidée vers l’intérieur, sans culpabilité et sans faux semblants. C’est la conscience profonde de ce qui vit en soi, les sens en éveil, et la conviction de faire du bien à son corps par ce repos choisi. Et puis vu que je passe environ 1h30 à 2h par jour (si ce n’est plus) à cuisiner, c’est un VRAI repos aujourd’hui ! Même si j’adore cuisiner, un jour comme celui-ci me repose, sous les oiseaux et dans le soleil. Les tourterelles n’ont pas peur de moi et s’approchent, elles sont un peu comme des copines qui viennent faire leurs petites affaires tranquillement. Je partage avec vous ces moments de repos et de calme, pour que cela vous invite à faire de même, peut-être, à l’endroit où vous vous trouvez sur la planète 😉

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Et si… tout était possible ?

Je ne sais pas pour vous, mais moi, il me vient des pensées très philosophiques depuis le début de ce confinement. Voici un petit tour d’horizon de ces réflexions qui m’effleurent le coin de la pensée, jour après jour…

 

Tout s’est arrêté dans le pays, dans de nombreux pays du monde. Un événement extra-ordinaire, auquel personne ne s’attendait. On serinait aux politiques et aux citoyens, depuis longtemps, qu’il fallait réduire les émissions de carbone, diminuer l’usage de la voiture, cesser de consommer à tout va, respecter la nature et la laisser plus libre, arrêter l’expansion des villes et améliorer la qualité de l’air, permettre davantage de liens entre les gens et de solidarité… Mon appétence naturelle pour la résilience et tout ce qui s’en approche m’a mise sur le même chemin pour voir, dans cette crise sans précédent, un moteur de changement formidable.

Car voyons dans le détail ce que le virus, outre malheureusement les morts, a apporté :

Je regarde par la fenêtre, et je vois beaucoup plus d’oiseaux que d’habitude. L’air que je respire est sain. Dans le ciel, plus une trace : les avions ont cessé de voler, le bleu est magnifiquement uniforme. Avec nos voisins, nous nous rencontrons et nous discutons (de loin). La voiture, je ne l’utilise que pour aller faire quelques courses. Même si je n’étais pas une adepte des magasins, je n’y mets plus les pieds du tout. Je prends des nouvelles des gens que j’aime (j’en ai enfin le temps) et avec les voisins, on s’organise entre nous pour savoir qui a besoin de quoi. Je prends du temps pour faire du sport, préparer de bons petits repas, prendre soin des gens que j’aime et, surtout, lire, écrire ! Faire des tâches qui attendaient depuis des mois et jardiner un peu.

Ailleurs, j’observe aussi des choses magiques. On voit les animaux sauvages revenir près des villes. L’air est plus pur et les constructions à tout va se sont temporairement arrêtées. Des gens se montrent généreux, proposant aide, soutien et appartements aux soignants, d’autres qui tentent de faire rire leurs congénères avec des vidéos, des jeux, des apéros fenêtre… Certains proposent leurs services pour nourrir les personnes âgées, ressentent le besoin d’être attentif à l’autre et de se sentir utile. Et puis on prête enfin attention à des professions qui étaient en grande souffrance et qui connaissaient des taux de suicide inédits, faute de soutien et de regards positifs : les soignants, les agriculteurs, les policiers… Ceux-là sont les vrais héros des moments que nous vivons et sont finalement reconnus pour l’utilité indéniable qu’ils ont dans nos sociétés. D’où viennent donc ces manifestations ? J’ai tendance à penser, à l’instar d’Isabelle Filliozat, que la joie naît du déséquilibre, l’échec, l’épreuve, la permettent plus sûrement que quand « tout va bien ».  Sans doute, un de ces moments qualifiés de ‘temps de guerre’ nous permet de dépasser nos limites, d’aller chercher le meilleur (parfois le pire…) en nous, et d’allumer les flammes intérieures qui nous font rechercher nos valeurs fondatrices, celles que l’on oublie parfois au gré d’un quotidien confortable mais stérile. Là encore, Filliozat éclaire le chemin : La sécurité est un facteur de confort, pas de joie. Et si chacun s’interroge sur la pérennité du mouvement lancé par le virus, sur notre capacité à tous à repenser profondément le système malade qui nous a conduit à cette époque bizarre où l’entreprise est devenue le berceau de la souffrance pour beaucoup, où la nature disparaît pour faire émerger des usines qui nous rendent malades et où le bonheur, recherché partout, n’a jamais été aussi lointain, il est temps de se poser pour savoir comment trouver les nouvelles clés.

Car cette période passionnante qui fait naître ce qui émergeait déjà avec les mouvements écolos-conscients pose de vraies questions qui, faute de trouver des réponses adéquates, nous mettrons face à des mécanismes de disparitions massives. Celles d’espèces animales, végétales, mais aussi humaines… J’invite donc chacun à profiter de ces instants de pause pour réfléchir posément à de nouvelles façons de concevoir sa vie. A accepter d’y intégrer une dose de risque qui sera indispensable pour faire intervenir le changement sain d’une société qui se repense. Il s’agira de trouver des voies différentes, d’inventer des solutions novatrices et de cultiver des attitudes fécondes. Gardons ce que le covid nous apporte de bon et d’utile, et mettons tout cela au service d’un monde où le bonheur sera plus accessible et plus facile à cultiver, partout sur la planète.

 

Pour vous inspirer un peu, je vous invite à vous délecter du film documentaire drôle, émouvant et délicieux Tout est possible (The biggest little farm, 2018). Et pour conclure, voici une petite histoire citée par Sogyal Rinpoché dans son Livre Tibétain de la Vie et de la Mort » et écrite par Portia Nelson:

 

Je marche dans la rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je tombe dans le trou.
Je suis perdu … désespéré.
Ce n’est pas ma faute.
Cela me prend une éternité pour en sortir.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je prétends que je ne le vois pas.
Je retombe encore dedans.
Je n’arrive pas à croire que je me retrouve de nouveau dans ce trou.
Mais ce n’est pas ma faute.
Et de nouveau, cela me prend longtemps pour en sortir.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je vois le trou.
Je tombe encore dedans. C’est devenu une habitude.
Mes yeux sont grands ouverts.
Je sais très bien où je suis.
C’est ma faute.

J’en sors rapidement.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je le contourne.

 

Je marche dans une autre rue.

Poème « Autobiographie en cinq actes », de Portia Nelson

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Déclaration du Citoyen du Monde

Eh oui… 2019, et nous en sommes encore à devoir pousser notre petite voix sur les réseaux pour faire entendre notre inquiétude quant au monde que nous sommes en train de laisser à nos enfants. Je vous épargnerai la description de toutes les espèces qui disparaissent, et de ce qui pourrait nous attendre… Vous savez déjà pour la plupart ce qui nous pend au nez…

Face à ce constat, nous avons à mon avis trois options. 1) L’attitude défaitiste qui consiste à croire que plus rien ne pourra être fait pour changer la donne, et qu’il est déjà trop tard 2) Celle, passive, qui se limite à observer ce qui se déroule devant nos yeux tout en se déclarant impuissant à changer les choses, dépassés que nous pouvons nous sentir devant l’ampleur de la tâche 3) Il y a enfin une posture qui vise à prendre le taureau par les cornes et la poubelle de recyclage dans les mains pour se mettre au travail.

C’est aux partisans de cette dernière solution que je souhaite m’adresser aujourd’hui. Pour cela, j’ai élaboré une déclaration que j’ai nommée « Déclaration du Citoyen du Monde », simplement parce qu’au-delà des frontières se trouve une chaîne invisible qui nous relie tous et pourrait bien changer le monde. A défaut des politiques globales que nous attendons tous et qui tardent à s’imposer, je vous propose ici une approche certes plus modeste, mais sans doute plus efficace aussi. Voici le plan d’attaque…

D’abord, je vous invite à lire la déclaration ci-dessous. L’idée serait de vous l’approprier, en la modifiant ou en la complétant, de manière à ce qu’elle ressemble à ce que vous souhaitez, individuellement ou en famille, mettre en place pour changer votre petit bout de monde à vous. La logique veut en effet qu’on donne raison à Gandhi quand il déclarait qu’il fallait incarner le changement que l’on voulait voir apparaître dans le monde (Be the change you want to see in the world).

Une fois que votre version vous convient, je vous propose de l’imprimer, et de l’afficher en bonne place dans votre maison. Et pour finir (ou commencer !), l’idée est de mettre en pratique ces résolutions qui seront un peu les directions que vous voulez donner à votre façon de réintroduire l’écologie dans le quotidien. L’idée étant qu’à force d’être sollicités par des citoyens mobilisés tous ensemble dans un même but, les politiques finissent par y croire eux-mêmes et bougent dans le bon sens. De plus, ce sont vos enfants, pour qui vous êtes des exemples, qui changeront, et aussi vos voisins, vos collègues… La tâche d’huile faisant son boulot, vous pourriez bien être surpris de l’impact de vos actions minuscules à une échelle mondiale !

Vous êtes prêts ? Si c’est le cas, alors au travail !!!

DÉCLARATION DU CITOYEN DU MONDE

Je m’engage dans la présente déclaration à réaliser les actions suivantes, dans le but de faire de la planète un endroit où il fait bon vivre pour toutes les espèces vivantes et pour assurer un avenir à nos enfants:

PRENDRE SOIN DE L’AIR

. Chaque jour, dès que cela m’est possible, je délaisse ma voiture pour privilégier les transports doux qui n’émettent que peu ou pas de pollution, et me permettent d’être en meilleure santé (marche, vélo, trottinette, bus, métro, train…)

. Je privilégie les achats de produits locaux et limite mes achats par internet pour diminuer les effets du transport sur l’atmosphère

. Je limite l’utilisation du bois de chauffage

. Je plante des arbres dès que j’en ai la possibilité ou je soutiens des actions réalisant des projets de reforestation

PRENDRE SOIN DE LA TERRE

. Afin de limiter les déchets émis par mes achats et mes activités, je recycle le plus possible les matériaux que j’utilise et limite mes achats aux produits qui sont les plus écologiques, biodégradables ou n’utilisant que des emballages raisonnés en évitant le suremballage

. A la maison, j’utilise un composteur pour diminuer la taille de mes poubelles et exploiter le compost dans les jardins

. Je choisis des nettoyants simples (bicarbonate de soude, vinaigre…) et je bannis les pesticides de mon environnement

. Pour me vêtir, je réalise mes achats dans les ressourceries ou auprès de commerçants qui recyclent les matériaux ou garantissent des matériaux écologiques

. Je privilégie les contenants sains pour la nourriture et les boissons : métal, verre et contenants biodégradables

 PRENDRE SOIN DE L’EAU

. Lorsque je consomme de l’eau, je le fais avec parcimonie en éteignant le robinet dès que possible (brossage des dents, douche…)

. Dès que c’est possible, je récupère l’eau de pluie pour la réutiliser au jardin ou pour les sanitaires

. J’utilise des bouteilles en verre ou en métal pour ne plus avoir à acheter des bouteilles de plastique, et je choisis de ne plus utiliser de vaisselle jetable en plastique

. J’utilise des liquides biodégradables pour toutes mes activités (nettoyage, produits d’hygiène, etc.)

PRENDRE SOIN DE SOI

. Chaque jour, je me réserve un moment à moi pour me ressourcer

. Je prends soin de mon corps et consomme des aliments sains et simples, tout en m’offrant de petits plaisirs de temps en temps

. Je me connecte à mon corps et me mets à son écoute pour avoir une vie plus équilibrée et lui permettre de se dépenser dans le sport

. Je m’accorde un petit plaisir par jour pour rayonner et faire profiter aux autres de ma joie de vivre

. Je réalise mes rêves et je me construis une vie où je me sens bien

. J’établis une relation harmonieuse avec moi-même, mes proches et ceux qui m’entourent pour prendre soin de l’écosystème dans lequel j’évolue

Au quotidien, je fais le choix de simplifier les achats, les possessions, les activités et mes relations avec les autres… Je me reconnecte à cette nature que je souhaite préserver. À chaque instant, je m’efforce de grandir et de me réaliser dans l’équilibre et l’harmonie.

Le monde a besoin des rêveurs pour construire un avenir où chacun a sa place. Chaque petit geste compte !

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Wake up

Voilà peut-être une semaine qu’elle venait là, jour après jour. Flanquée de son nourrisson de quelques mois, qu’elle ne pouvait de toute façon pas faire garder. L’enfant, un petit garçon à fossettes délicieuses, avait un sourire permanent sur le visage qui le faisait ressembler à un ange. L’après-midi où elle pénétra une fois de plus dans la salle qui jouxtait la salle de réanimation, la même lumière blafarde faisait sur les murs de la pièce un voile livide qui rendait l’atmosphère presque solide et abrutissante. Sur les chaises disposées le long des murs, des personnes attendaient, dans l’angoisse et la solitude. Presque les mêmes visages depuis le début. Parfois certains partaient, remplacés par d’autres. Chacun venait traîner là son désespoir et l’atrocité de l’attente sur ces vieux sièges désinfectés aux produits qui répandaient dans tout l’hôpital leur puanteur antiseptique. Le bruit des souliers crissant sur le sol firent se tourner les regards vers la jeune femme. Le bébé accroché à ses bras considéra l’assemblée indigente et se mit à sourire innocemment à pleines fossettes. Quelques visages s’allumèrent pauvrement à cette lumière, encore lourds de la peine contenue. La femme ne se laissa pas contaminer par ce ballet d’émotions, et, avisant une femme entre deux âges qu’elle avait déjà sollicitée pour cette tâche, lui confia le bébé. Ce dernier jeta un regard rapide à sa mère, avant de se lover dans les bras qui l’accueillirent avec soulagement. Un enfant, ça fait passer les chagrins plus sûrement que n’importe quel baume.

Son bébé dans de bonnes mains, la femme se dirigea alors vers la pièce où les soignants s’activaient auprès des personnes qui luttaient pour leur vie. Un endroit un peu hors du temps, où les patients entre la vie et la mort reposaient au bout de leurs lits, séparés entre eux par de simples rideaux qui n’empêchaient pas les bruits de luttes, les pleurs, les ordres des médecins lors des situations critiques qui dérapaient soudain. Les lits étaient disposés en cercle autour de cette pièce aveugle, et la jeune femme se dirigea sans hésiter vers le lit qu’elle cherchait, le troisième à partir de la droite. Allongée dessus se tenait une femme dans la trentaine. Grande et belle, aux cheveux d’une blondeur étonnante, et qui semblait dormir. Pour autant, son corps amaigri était accablé de fils, de tuyaux et de perfusions. Son visage était perdu dans les profondeurs du coma qui l’empêchaient depuis des jours de revenir à la vie. Plusieurs arrêts cardiaques avaient eu raison de sa résistance et l’avaient condamnée à ce sommeil de belle au bois dormant dont elle ne sortait pas. Chaque jour, sa visiteuse se tenait ainsi près d’elle, prenant sa main dans la sienne, pour lui faire sentir qu’elle n’était pas seule dans ce voyage lointain. L’impuissance n’empêchait pas ce lien de perdurer, moment après moment. Et jour après jour, la jeune mère revenait pour témoigner à son amie qu’elle était là, simplement. Elle s’approcha du lit, et attendit comme elle le faisait toujours, attrapant la main de la belle endormie pour la réchauffer dans la sienne. Aaprès un long moment, elle se mit à lui parler. Elle chuchotait, tandis qu’autour d’elles, les soignants réalisaient les tâches habituelles, dans une atmosphère feutrée. On entendait des froissements de tissu, des bruits de compresse qu’on ouvre, des tubulures qu’on met en place, ou des ordres qu’on donne pour administrer un médicament. Mais personne pour entendre les mots que la jeune femme prononça. Des mots qui flottèrent autour de la patiente plongée dans son lointain pays comateux. Des mots qui se firent une place quelque part, qui prirent une de ces  montgolfières immenses qui montent si haut dans le ciel qu’on finit par les perdre de vue. Les phrases s’insinuèrent dans le corps et l’esprit de leur destinataire. « Tu as le choix ». « Tu peux revenir vivre, ou partir ». « Moi, je sais que tu as la force de te réveiller ». « Je sais que tu as la possibilité de choisir de revenir vers nous, et j’ai envie que tu reviennes ». « Il t’appartient de faire ce choix ». « Nous t’aimons, et nous aimerions que tu choisisses de vivre ». La jeune maman lançait ces mots comme des bouées de sauvetage, comme des mains tendues que l’autre pouvait choisir d’attraper, ou pas. Elle savait que son amie entendait, et qu’elle avait le pouvoir de décider de se réveiller. Elle espérait, en sachant que rien ne pourrait obliger son amie à le faire. Maintenant ou jamais. Mais elle continuait à caresser la main, s’attendant simplement, dans un long moment, à revenir vers la salle d’attente où les proches de ceux qui les entouraient comptaient chaque heure avec angoisse. Elle savait qu’elle finirait, comme chaque jour depuis une semaine, par reprendre dans ses bras son bébé qui nourrissait à cet instant de ses sourires les pauvres visages éteints qui ne voyaient plus la lumière du soleil depuis des jours, tendus qu’ils étaient vers l’issue de la lutte que menaient les personnes qu’ils aimaient. Elle savait cela, et l’acceptait. Ce qu’elle n’attendait pas arriva alors. Les yeux de son amie s’ouvrirent et se mirent à cligner. Elle bougea sa main, essaya de parler en regardant l’amie qui se tenait à ses côtés. La jeune femme sentit son cœur manquer un battement, et une vague de chaleur monter en elle d’un coup. Elle appela l’équipe de soignants qui se précipitèrent au chevet de la patiente, avant de s’effondrer sur un siège pour ne pas perdre connaissance. Elle partit finalement en titubant, tandis que les infirmières et les médecins achevaient de constater ce qu’elle avait déjà compris. K. avait choisi de vivre. Elle avait fait ce qu’il fallait. La jeune mère revint dans la salle lugubre avec le cœur chiffonné et abasourdi. L’enfant dans les bras, elle quitta l’hôpital avec la conviction d’avoir accompli quelque chose. Même si elle ignorait quoi exactement.

Je dédie ce post à K., qui m’a offert un jour ce moment de grâce même si, sans doute, elle n’en a pas le souvenir…

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La source des choses qui te sont nécessaires

J’ignore s’il vous est déjà arrivé dans votre vie d’avoir un jour une phrase qui s’impose à vous. Une phrase venue de nulle part, et qui se répète en boucle sans qu’on sache pourquoi. Je dirais que cet assemblage de mots provient en fait de quelque part dans le ciel. Cela peut sembler bien ésotérique, mais c’est un peu ma croyance. Et pour ma part, j’ai déjà fait une telle expérience. Je ne me souviens pas du contexte. J’étais adolescente, je crois. Et cette phrase est tombée du ciel pour se déposer dans ma tête. Je ne l’ai pas comprise. « Je suis la source des choses qui te sont nécessaires ». Elle revient parfois me visiter, comme une vieille amie dont je ne me rappellerais jamais le nom. Et ce matin, en ouvrant le livre d’Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent, elle est revenue se déposer dans mon esprit. Ce n’est pas un hasard. Je n’ai jamais vraiment cru à ce que l’on nomme hasard.

En réalité, je suis venue étudier le shiatsu par instinct, davantage que par réflexion. Une force me poussait à choisir cette voie pour pouvoir, comme j’avais besoin de le faire, accompagner les gens qui luttaient pour leur santé. C’est une approche par le toucher, qui me semblait indispensable. Lorsque j’ai fait du bénévolat en soins palliatifs, à l’hôpital de Maisonneuve de Montréal, j’avais alors décidé de devenir infirmière, tout en estimant que je ne pourrais y arriver que si je n’avais pas une peur panique de la mort. Il me fallait savoir si la mort, je pouvais l’affronter avec le malade. Accompagner ce dernier signifiait en effet pour moi aller au bout de ce qui l’attendait, en restant à ses côtés sans peur. Et je me souviendrai toujours de ce moment incroyable où je me suis posée à côté d’une femme qui devait mourir quelques heures plus tard. Spontanément, j’ai glissé ma main dans la sienne. Elle était allongée, les yeux fermés, sans plus de force pour les ouvrir ou pour communiquer. Et moi, debout près d’elle, lui tenant la main comme si c’était alors la chose la plus importante au monde. Après un long moment en silence, j’ai voulu partir, lâcher sa main. Elle m’a demandé de rester. Pas par la voix, elle n’en avait plus l’énergie. Mais elle m’a supplié du bout de ses doigts amaigris par la maladie. Une supplique silencieuse qui m’a fait rester un peu plus longtemps. Pour simplement être présente à ses côtés à ce moment là. J’en ai gardé la conviction que quelque chose se joue par le toucher, qui dépasse de loin les frontières du physique. Que le simple fait de toucher une personne permet d’accéder à une part invisible d’elle. Dès lors, devenue infirmière en réanimation, j’avais pris cette habitude de garder dans ma main celle de mon patient lorsqu’il devait subir une intervention douloureuse, pour l’encourager. C’était mon moyen de l’accompagner dans la souffrance. Les patients comateux, je leur parlais, et je les touchais pour qu’ils sachent que, même du fond de cette inconscience éloignée de tout, j’étais là.

Si bien que lorsque le shiatsu m’a tendu les bras, je m’y suis lovée avec la conscience que je rentrais à la maison. C’était logique, évident, imparable. De fait, en 2017, je venais d’apprendre vaguement en quoi consistait cette discipline. Mais mon idée était faite : ce serait le shiatsu, rien d’autre. Et au fil de mon apprentissage, je réalise combien cette approche est riche d’un enseignement qui semble encore totalement abscond. C’est en effet une mise en lumière de ces forces invisibles qui se jouent dans chaque contact à travers les champs magnétiques, les liens spirituels avec la terre. Cela peut vite ressembler à des théories un peu folles mais lorsqu’on en fait l’expérience, la vie prend un autre éclairage. Je ne cherche à convaincre personne. Je sais seulement que mon intention, lorsque je cherche à soulager quelqu’un d’une douleur, joue un rôle aussi important que la façon dont je pose mes mains sur lui. De la même façon, entrer dans le champ énergétique d’une personne mal intentionnée me donne aujourd’hui des sensations physiques très frappantes. C’est une chose dont, pendant longtemps, je n’ai pas su me protéger, faute d’arriver à décrypter ces signaux. A présent, je fuis ces personnes et dernièrement, alors que je faisais des shiatsus à la Foire de Sainté, j’ai ainsi réalisé un shiatsu en 5 minutes à une personne chez qui je sentais des énergies malsaines, pour pouvoir écourter au maximum ce contact. Un jour peut-être, je serai même capable de dire non !

Je constate aussi le pouvoir du mental sur l’expérience. D’anticiper négativement ou positivement un événement va influer sur l’expérience qu’on en aura, et même sur son déroulement. C’est la raison pour laquelle j’ai souvent invité mes enfants, lorsqu’ils appréhendaient un moment à venir, à imaginer le « scénario idéal », afin d’aligner des énergies dans un sens positif. Une partie du monde visible nous échappe. Quelle est cette force mystérieuse qui m’a soufflé un jour « Je suis la source des choses qui te sont nécessaires ? ». Je l’ignore, mais je commence à comprendre d’où elle vient. Je sais que des choses inexpliquées interviennent parfois. Une histoire émouvante m’est arrivée, que je raconterai un autre jour, auprès d’une amie dans le coma. Nos paroles, nos pensées ont le pouvoir de transformer le monde. Il n’y a qu’à voir les effets d’une Greta Thornberg sur toute une génération, sur les dirigeants du monde. Elle se fait l’écho d’une vision du monde, d’une volonté de changement qui résonne chez beaucoup d’entre nous. Les mots ont de l’importance. L’énergie que l’on utilise ou que l’on dépense aussi. Il est crucial de le réaliser aujourd’hui, pour pouvoir enfin prendre la mesure de notre pouvoir sur le monde. Il est temps d’utiliser cela pour le changer et en faire un endroit où chacun aura sa place. Je vous laisse, il faut que j’aille travailler 😉

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Des mangues ? Des souvenirs…

J’ai craqué. Elles étaient là, sur l’étal, venaient d’Espagne (alors qu’on les trouve souvent depuis le bout du monde), bien dodues… J’ai pris les mangues, et les ai installées sur la table de la salle à manger, à la maison. Laé passe à côté, et me remercie. Cela faisait longtemps. La peau lisse, mangée d’un vert qui tire à l’orange. Plus que des fruits qui vont contribuer à notre apport sain de « 5 fruits et légumes par jour », ce sont de petits morceaux d’histoire qui se frayeront bientôt un passage dans nos palais ravis. C’est ainsi que nous vivons la suite de notre histoire. Car souvent, les gens qui connaissent notre chemin de vie nous demandent : « Ce n’est pas trop dur, de revenir en France ? D’être de retour sur la terre ferme ? ». Que non. Des aventures, bien que moins conventionnelles qu’un voyage en bateau, nous ont permis d’apprendre beaucoup, de cheminer puissamment, de découvrir encore ce pays incroyable qu’est la France. Mais il y a aussi les souvenirs, qui peuplent encore notre imaginaire, notre vécu.

Il arrive ainsi parfois que, durant la journée de travail, on échange Ben et moi au téléphone. Et tout à coup, l’un dit à l’autre : « Sais-tu où j’étais, ce matin ? A Grenade. Au mouillage face au coucher de soleil. » Et l’autre, invariablement, de répondre quelque chose comme : « C’est marrant, moi j’étais aux Iles Vierges, dans les Baths ». Le voyage continue, donc. Ce sont des flashs, des images, des moments de bonheur qui reviennent. Un peu à la manière de ces vieux qui ont encore leurs souvenirs pour vivre des aventures que leur corps leur refuse désormais. Si bien que ces mangues, ce sont des souvenirs vivants. Ben les découpera, comme il le faisait sur le bateau lorsque nous les ramassions au sol en Martinique, en Dominique ou ailleurs. Il en fera des dos de hérisson, pour que chacun puisse couper un petit cube bien dense de chair sucrée. Et on se délectera du fruit avec en tête ces moments de vie qui nous appartiendront toujours.

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Lâcher prise… et respirer, enfin !

Voilà bien longtemps que je n’ai pas écrit. C’est la première fois depuis que ce blog existe… 10 ans déjà ! Auparavant, je mettais un point d’honneur à écrire chaque mois, ou au moins tous les 2 mois. Et là, non. Une catastrophe ? Sans doute pas. Pourtant, je n’aimais pas l’idée de ne pas être là pour mon propre rendez-vous. L’idée de lâcher une activité dans laquelle je m’étais jusque là investie. Quelque chose de l’ordre de la culpabilité me taraudait, inutilement. J’ai aussi depuis quelques temps lâché la méditation, que je pratiquais jusque là plus ou moins quotidiennement depuis une quinzaine d’année. Et l’écriture de mes livres, je l’ai aussi un peu laissée flotter. La pratique du yoga, qui s’est espacée. En fait, toutes ces disciplines, ces habitudes qui jusque-là me nourrissaient, sont devenues comme vides de sens. Un peu comme lorsqu’on fait de la bicyclette dans un paysage magnifique, mais sans se rendre compte de ce qui nous entoure, juste pour la simple habitude que l’on a prise de faire de la bicyclette parce que « c’est bon pour la santé ». C’est le genre de phrase à la con qui m’a souvent conduite à poser des gestes sans toujours avoir la bonne intention. Lorsque j’ai monté un atelier d’écriture l’automne dernier, je pensais vouloir transmettre ce que j’avais appris, et accompagner des personnes dans l’écriture parce que j’avais ce besoin d’enseigner, de partager. Mais finalement, j’ai réalisé que l’intention cachée derrière était un simple besoin de réassurance par rapport à mes talents supposés d’écrivaine. J’avais besoin de cette caution pour me donner le droit de continuer à écrire. Bien sûr, ce genre de manœuvre est voué à l’échec. Et quand j’en ai pris conscience, j’ai mis fin à l’atelier. J’attends pour en refaire d’avoir cette fois la bonne intention, qui sera tournée vers les participants et non vers mon besoin de sécurité… 

Toujours est-il que j’ai lâché des activités que j’avais fini par réaliser par habitude, par réflexe, ou pour m’assurer un cadre de fonctionnement rassurant, mais vide de sens. Cela ne me nourrissait plus, car l’intention n’était pas la bonne. Ecrire pour publier ne rime à rien pour moi, ou alors on pervertit l’écriture qui doit d’abord, selon moi, partir du plus profond de soi et, peut-être un jour, dans un 2èmetemps, toucher les autres. Je méditais, mais davantage avec l’intention d’être plus calme, plus posée. Et ce faisant, je m’interdisais ces retombées positives, car je ne lâchais pas prise sur le résultat. C’est comme de prétendre écrire un bouquin valable sans jamais écouter ce que les personnages peuvent avoir à dire sur ce qui va leur arriver : l’intrigue devient morte, sans saveur, tant elle est manipulée et cadrée par l’auteur. Cela me rappelle ainsi le roman d’une jeune écrivaine dont le but était la publication à tout prix. Elle avait travaillé sur son livre jour et nuit, en reprenant chaque phrase, mettant en cage le personnage à un point tel que son histoire était sèche, que la peau sur les os, et en l’occurrence aucun os émotionnel à ronger pour le lecteur. La grammaire, l’orthographe, la syntaxe étaient irréprochables, mais tellement policés qu’aucune vie ne pouvait s’infiltrer entre les lignes. Un roman mort en somme. J’en étais là. A tout vouloir contenir par la raison, le rationnel, le devoir et le contrôle, plus rien ne m’échappait, et ce faisant, tout m’a échappé. La vie ne circulait plus, prise qu’elle était dans ce tissu serré de contraintes qui faisait fuir la plus petite notion de plaisir. 

Depuis ce constat, je chemine. Je combats mes dragons intérieurs, ceux qui ont donné tout son pouvoir à ma baguette de contrôle. Je suis en train de jeter ladite baguette dans le courant de vie qui s’insinue depuis que j’essaie de lâcher prise sur tout ce que je voulais auparavant contrôler. Une vie de contrôle est invivable. D’abord pour soi, et surtout pour l’entourage, qui est sensé se conformer lui aussi aux diktats de la baguette. C’est étouffant et stérile, même si c’est la stratégie que la petite fille que j’étais avait choisi pour survivre. Mettons que je lui apprends désormais à utiliser le cœur pour avancer, et que la raison est appelé à son secours en cas de besoin, mais sans plus l’autoritarisme du contrôle à tout crin. Il s’agit pour moi de réaliser que la vie, dans ses aspects les plus créatifs et les plus sains, nous donne toujours les moyens de faire ce qui doit être fait pour grandir. Pour peu qu’on lui en donne l’occasion, et qu’on lui fasse suffisamment confiance pour trouver les réponses. J’ai tant lutté pour les forcer à naître, ces réponses, quand il aurait suffi de simplement écouter et observer ce qui se passait en moi… J’ignore si ce que j’écris vous parle, mais je lâche prise sur ce résultat aussi 😉 J’apprends à juste laisser advenir les événements, et à y prendre peu à peu les trésors que la vie dépose devant moi. Lâcher prise, ainsi, c’est trouver l’or dans le tas de feuilles que l’automne fait tomber de l’arbre. Et cet or pourra prendre des formes inattendues que je suis prête à accepter. 

Et puis, il faut bien l’admettre, cela demande tellement moins d’énergie de recevoir les cadeaux de la vie, plutôt que de la disperser à fureter dans tous les coins de la planète pour chercher ce qui se trouvait juste à côté… Rester immobile et prendre les cadeaux de la vie sans attendre davantage. C’est devenu ma quête. Et quand je serai prête à méditer pour les bonnes raisons, je le ferai de nouveau. Lâcher prise, c’est un moyen de permettre à la vie de circuler librement en soi. Des miracles s’accomplissent lorsqu’on accepte de jouer ce jeu là.

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Ce qui importe vraiment

Il y a le vent qui souffle dehors et qui balaie les roses de tous côtés. La musique, lancinante, de ce film, La Fontaine, et ma mémoire qui revient sur les émotions suscitées quand je l’ai regardé. On y voit un chercheur tenter des expériences jour et nuit, à en perdre le sommeil et le goût de manger, sur des singes de laboratoire. Le but étant de trouver un moyen de guérir sa chérie contre le cancer qui la ronge, dans un coin de la tête. Et il s’agite en tous sens, se bat, se désespère, galvanisé par une petite victoire, assommé par une défaite. Près de lui, sa femme s’étiole. Elle perd doucement des facultés, sans un mot. Lui reste dans l’action, tandis qu’elle l’attire à lui pour lui souffler combien il est important d’être, aussi. Ce film m’a parlé dès la première fois. Moi qui suis immergée sans cesse dans un océan d’actions qui se cumulent, s’entremêlent et s’enchaînent. Comme si toute ma vie devait se définir ainsi, dans les gestes posés et les pas qui se succèdent le long du chemin. Le cœur soupire, qui n’a pas ce qu’il désire : des moments d’arrêt dans la course folle, juste la présence, une respiration qui se calme, le temps d’observer un brin d’herbe qui s’étire et rebondit paresseusement quand l’insecte s’envole. La femme finit par mourir, et l’autre, perdu dans sa quête, a oublié de profiter de ce qui lui restait : ce temps avec elle. Buté par la colère et le refus de la tristesse, il a enlevé à celle qu’il aimait plus que tout ce qui lui restait. Le bonheur, ce sont ces moments vrais et simples avec les personnes que l’on chérit. Le reste, ce n’est qu’un courant d’air dans une vie qui passe : le fric, le matériel, les petits projets pour passer le temps… Mais les moments où l’on est, voilà ce qui laisse une empreinte. Rien ne peut acheter cela que notre seule capacité à nous rendre présent à l’instant.

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L’arche de Noé immobile

On l’a trouvée devant une maison presque en ruine, pas très loin de chez nous. C’est une maison habitée, pourtant, mais nullement entretenue depuis très longtemps. Elle était là, Radagast, tout ébouriffée de s’être perdue depuis des mois, des années peut-être. Les animaux sont comme les humains : quand ils survivent à peine, ils ne prennent plus soin d’eux. Radagast avait les poils touffus et emmêlés qui lui faisaient des boules compactes au toucher sur toute la surface du corps. D’avoir dû lutter contre le froid si longtemps, une couche épaisse s’était formée au-dessus de la peau qui, trop fine, s’étirait sur les os. Nous voyant arriver, elle se met à miauler. Un pauvre miaulement un peu éteint, comme si elle tenait là sa dernière chance avant la grande fin. Je l’ai caressée, promenant ma main sur le pelage crasseux. Elle s’est laissée faire en ondulant sous mes doigts pour prolonger le moment. Je me suis ensuite relevée, et elle s’est frottée à mes jambes avec sa queue touffue. Je me suis éloignée, elle s’est mise à me suivre. Comme un petit chien têtu. Elle nous a emboîté ainsi le pas, trottinant ensuite après nous en essayant de maintenir notre rythme, avec difficulté. Nous avons décidé que si elle tenait jusqu’au bout du chemin, nous pouvions considérer qu’elle était abandonnée. Un chat qui appartient à un endroit ne s’en éloigne jamais beaucoup. De fait, elle a tenu bon. Traînant bien un peu la patte à la fin. Mais elle a tourné le coin, et nous l’avons prise avec nous. 

Depuis trois jours, nous la remplumons, comme nous l’avons souvent fait pour les animaux que nous avons recueillis au gré des rencontres. A Montréal, avec nos chats. Puis sur le bateau, en Martinique. A Tours aussi : une gerbille et notre petite Zoé qui nous accompagne depuis. A Sainté, avec deux oiseaux, puis un chien, et maintenant Radagast ! C’est toujours un étonnement mêlé de joie que de voir un animal au bout du bout de ce qu’il peut donner, reprendre lentement des forces. Il y a toujours l’épreuve du bain, qui pour être désagréable pour l’animal, n’en est pas moins indispensable ! Mais chacun s’en accommode, comme s’il comprenait que c’est le prix à payer pour rester au chaud le ventre plein. Ensuite, quel plaisir de voir ce chat d’une maigreur effrayante reprendre un peu de chair sous la peau qui recouvre péniblement les os. Elle est restée 3 jours dans mon bureau, sans presque bouger tant elle était faible. Se nourrissant voracement, buvant beaucoup, dormant presque tout le temps. Et depuis ce soir, elle s’est mise à explorer la maison, à faire connaissance avec ses voisins de chambrée : les 2 chiens et les 2 chats. On n’est plus à une adoption près, et les autres semblent l’avoir compris. Et Zoé, qui a connu le même sort il y a longtemps, elle si agressive envers tous les animaux qui passent sur son territoire, elle semble se souvenir d’où elle est venue, et a accueilli Radagast sans faire de chichis. C’est du pur bonheur, de pouvoir offrir une petite chose aussi simple à un être vivant. On attend juste qu’il fasse un peu plus chaud, et on la débarrassera de ces poils collés entre eux et qui doivent peser davantage encore que son petit squelette tout maigre… Radagast vous embrasse, du coin de ses yeux dorés !

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Et si tout était DÉJÀ parfait ?

J’ai une amie clairvoyante, qui ne manque pas une occasion de me lancer des défis ou des phrases choc qu’elle envoie dans l’air pour voir comment je vais pouvoir les attraper. La dernière date de cet après-midi. « Et si tu imaginais que, finalement, tu étais déjà bien, que ce que tu fais, c’est assez, que tout est déjà parfait dans la personne que tu es, dans ce que tu réalises… Et bien cette phrase, elle m’est rentrée dedans. L’émotion qu’elle a suscitée a été immédiate. 

Et si on jouait à « tout est déjà là, on est déjà les personnes parfaites que l’on souhaite devenir » ? Cela me donne le tournis. De penser que je peux être « assez ». Car quand on y réfléchit deux minutes, voilà une phrase qui peut faire toute la différence. Je me prends à rêver d’une vie où tout se place, comme par magie, et rien n’a plus besoin d’être justifié, gagné, mérité. Où chacun a sa place, sans avoir besoin de lutter pour qu’elle soit reconnue. Cette reconnaissance, c’est nous-même qui pouvons nous l’accorder. Et c’est elle qui change tout. Le regard que l’on pose sur soi a le pouvoir de nous enfermer, ou de nous libérer. Et il ne dépend pas des autres, même si on leur fait souvent jouer ce rôle de geôliers ou de libérateurs. Nous sommes l’oiseau dans la cage, la porte est ouverte, mais on la voit fermée… Peut-être qu’il est temps de se réveiller. De voir le beau, en soi et dans les autres. D’apercevoir l’inachevé, d’accepter les erreurs, les errements, les trébuchements. De tomber et de se relever chaque fois plus sage, plus éprouvé, plus humain. Je repense à cette phrase, « je peux croire que j’ai déjà tout, que tout est déjà parfait », et j’ai le vertige. En même temps, je sens que c’est à ma portée. Et ça me fait du bien de simplement réaliser que c’est possible, de vivre avec cette conviction. Je vous souhaite de faire le chemin, et d’accepter d’être la personne que vous êtes profondément. Sans avoir rien à payer, prouver, mériter pour cela. 

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