Le chapitre coupé

Illustration Félicie Krikler

Allons… Un peu de poésie dans ce monde de brutes ! Je vous laisse sur un chapitre que j’ai dû supprimer pour la version finale de mon livre à paraître cet été: Tricots, Flingues et Bras Cassés. Ce petit bout d’histoire ne cadrait pas avec le rythme assez soutenu de mon intrigue, alors je le publie ici pour vous. J’espère que la petite promenade dans les Pyrénées vous changera d’air, l’espace de quelques instants 🙂

Pour resituer un peu le contexte, Charlotte est une petite fille en cavale avec Ulrich, une sorte de vieux géant qui veut la protéger et échapper à 2 andouilles aussi bêtes que méchantes qui les poursuivent. Ils débarquent à Cambo les Bains chez Gabin, un ami d’e Jeremias, pote d’Ulrich, pour se planquer quelques heures avant de reprendre la route…

Cambo les Bains, la maison de Gabin

Il était déjà près de minuit. Après le départ de Jeremias, la petite avait dormi plusieurs heures dans le petit lit, tandis qu’Ulrich veillait à ses côtés sur sa chaise en bois, guettant par la fenêtre les allées et venues des voisins. Jeremias avait fermé son café depuis quelques heures, et avait offert un repas digne de ce nom à ses invités. Ils s’étaient installés tous les trois dans la pièce étriquée qui tenait lieu de cuisine et était éclairée au néon, ce qui diffusait un éclairage déprimant sur le repas que leur avait servi leur hôte. Ragoût d’axoa et un lukinke du coin, que Charlotte reconnut comme un saucisson sec dont elle ne raffola pas trop. Le piment d’Espelette du plat lui fit cracher des flammes qui l’empêchèrent de manger par la suite. De toute manière, elle ne fut pas capable d’avaler grand-chose. La fillette se demandait surtout à quel endroit Jeremias comptait les emmener, puisque c’était ce qu’il avait promis de faire. Elle restait étonnamment silencieuse, laissant les deux hommes évoquer leurs vies et ces étapes qu’ils avaient manquées sur les vingt cinq dernières années.

Jeremias avait eu trois enfants avec une femme qui l’avait quitté trois ans auparavant pour aller vivre avec un saltimbanque, un acteur saisonnier qui gagnait à peine de quoi nourrir les trois mômes. Bien sûr, le père esseulé se faisait un sang d’encre pour sa progéniture, et envoyait de temps en temps un de ses amis chasseurs faire un petit tour vers Peyrehorade, où ils habitaient désormais, histoire de vérifier que tout se passait à peu près bien. Son ex-femme gardait de bonnes relations avec lui, mais refusait que ce dernier les voie autrement que durant les vacances. Jeremias se consolait en se disant qu’au moindre écart de son rival, il débarquerait avec sa bande de copains pour aller faire quelques jolis motifs sur la peau au bonhomme, à coups de fusils bien ajustés.

Charlotte apprit aussi qu’Ulrich avait fait plusieurs métiers qui l’avaient fait voyager aux quatre coins du monde. Il avait roulé sa bosse longtemps jusqu’à ce qu’il finisse par se poser dans sa petite cabane isolée de Sables d’Or les Pins.

Jeremias entreprit de nettoyer la cuisine avec l’aide de son ami et décréta qu’il était temps de lever le camp. Son ami Gabin attendait les fugitifs dans sa maison de Cambo les Bains, et il était l’heure de le retrouver. Le barman enfila une grosse veste de velours vert foncé, et attrapa près du comptoir du café les clés de sa voiture. Ulrich prit la petite par la main et tous les deux s’engouffrèrent dans la voiture de leur hôte. Charlotte mourrait de froid dans la petite auto et serrait contre elle son petit manteau. Ulrich s’en rendit compte et la couvrit de sa propre veste. Il n’ouvrait pas la bouche, et la petite le sentait concentré, un brin anxieux. Elle se taisait également, sentant que l’heure n’était clairement pas au bavardage, et elle était de toute façon trop fatiguée pour penser à quoi que ce soit. Le trajet dura près d’une demi-heure. Afin de s’assurer qu’ils n’étaient pas suivis, Jeremias avait rallongé la sauce et pris quelques détours. Ils quittèrent Hasparren rapidement, et après Espelette, Jeremias bifurqua sur la droite pour prendre une route secondaire. Après quelques minutes, il emprunta un chemin pierreux qui fit cahoter la voiture d’Ulrich d’une façon désagréable, et ils parvinrent après un kilomètre à une petite maison plantée au milieu de ce qui ressemblait à un immense domaine.

Lorsque Charlotte ouvrit les yeux le lendemain matin, des chants d’oiseaux emplissaient tout l’espace de la chambre. Elle se tira de la chaleur d’une couette moelleuse d’un saut sur le parquet, et se faufila à l’étage en dessous pour explorer le coin. Elle avait enfilé au passage la veste épaisse qu’Ulrich lui avait prêtée la veille, et elle avait aux pieds les chaussettes de la tenue qu’elle portait depuis quelques jours. Il allait falloir s’équiper en nouveaux vêtements, mais cela attendrait. Elle était lève-tôt, par opposition à tous les adultes de sa connaissance, et fût surprise de découvrir que leur hôte était déjà dans la cuisine. L’homme, qui les avait accueillis la nuit précédente était en train de pétrir une pâte qu’il écrasait à présent avec le plat de la main. Près de lui, un énorme chien se tenait assis, la tête haute et le regard digne. Il avait une stature qui rappelait l’ours et le lion à la fois, devait bien faire cinquante kilos, et sa gueule énorme était ouverte pour laisser une langue interminable pendouiller lamentablement. En la voyant entrer, l’animal se précipita sur elle. La petite fille eut un sursaut de peur devant l’imposante bête avant de se mettre à caresser sa fourrure noire et blanche quand elle le vit sentir ses vêtements, sa queue battant l’air tant il semblait heureux de l’accueillir.

Elle se glissa ensuite sur le banc qui longeait la grande table en bois où le prénommé Gabin était en train d’officier. Un feu crépitait dans la cheminée proche, et l’homme la regarda en souriant des yeux avant de se concentrer de nouveau sur son pétrissage. Il devait avoir dans la cinquantaine, les épaules larges et le corps assez trapu. Un visage avenant marqué de fines rides qui lui dessinaient un regard bienveillant sur des yeux d’un bleu très clair. Ses mains imposantes effectuaient des gestes étonnamment précis, que la petite prit plaisir à observer durant quelques minutes.

Finalement, l’homme la regarda et expliqua:

– Le chien s’appelle Aldo. C’est un mâtin des Pyrénées. Il est adorable avec les enfants, tu sais. Et puis c’est un véritable amateur de saucisson ! Tu es bien matinale, jeune fille, ajouta-t-il après un moment.

– Chez mon père, je suis toujours la première levée. C’est moi qui prépare le café pour mon précepteur. J’aime bien l’odeur. Mais je déteste le boire. Et vous, vous aimez le café ?

L’homme hocha la tête, et promena de nouveau son regard lumineux sur elle une poignée de secondes.

– Pourrais-tu me donner un peu de farine, si tu as les mains propres ?

La petite passa sa main sur la tête au pelage soyeux du gros Aldo, puis sauta du banc, fila vers l’évier pour se laver soigneusement les mains, avant de revenir vers la table pour prendre une bonne poignée de farine dans une boîte en métal. Elle dispersa un petit nuage blanc au-dessus du tas que Gabin lui indiqua du menton. Celui-ci mélangea la farine à la boule qu’il était en train de travailler, et demanda :

– Pourquoi as-tu un précepteur ?

– Mon père, il n’a jamais le temps de s’occuper de moi. Et il dit qu’à l’école, on n’apprend que des idioties. Alors il y a un précepteur à la maison, pour m’enseigner tout ce qu’il faut savoir. C’est votre métier, boulanger ? demanda-t-elle après s’être assise de nouveau, les mains blanches de farine.

Elle s’était agenouillée sur le banc, et avait les bras posés à plat sur la table pour mieux observer les gestes de Gabin.

L’autre continuait à pétrir sa pâte lentement et répondit laconiquement :

– Non. Ce n’est pas mon métier.

– Alors c’est quoi ? insista la petite en frappant ses mains l’une contre l’autre.

– Ce que je fais n’a pas de nom.

– Pourquoi ?

– Parce que j’exerce un travail qui n’existe nulle part ailleurs.

– Mais c’est quoi, alors ? interrogea Charlotte, intriguée. Vous êtes dresseur d’ours-chien ? Fabricant de sculptures en pain ?

Elle regardait en effet l’homme former un visage avec des bourrelets de pâte qu’il assemblait avec un certain talent. À l’évocation de ces métiers incongrus, il sourit et leva le nez pour la regarder :

– Je te raconte ce que je fais, et toi, tu vas trouver un nom pour ce métier là, d’accord ?

Charlotte rosit de plaisir et plissa les yeux, concentrée, en hochant la tête. Elle se pinça brièvement les lèvres, et attendit en ne quittant pas des yeux son interlocuteur. Il commença alors doucement à parler, d’une voix de basse qui caressait l’air :

– Il y a très longtemps, je me suis marié. Lila, c’était le prénom de ma femme. Un sacré personnage. Une femme très vive, tu vois, très gaie, et qui adorait les fleurs. Alors moi, comme j’étais terriblement amoureux d’elle, je lui achetais des tas de fleurs, tout le temps. Mais pas des fleurs coupées, tu vois, des vraies fleurs, en pot, des vivantes.

Charlotte hocha la tête gravement, elle comprenait. En même temps qu’il parlait, Gabin avait finalement fait une boule de la pâte qu’il avait transformée en visage, et s’était remis à la pétrir avec lenteur.

– Nous avons eu un fils, Dorian. Et puis on a acheté cette maison, à cause du jardin. Parce que tu penses bien qu’à force d’acheter des fleurs en pot, il avait fallu leur trouver une place, et notre petit appartement était devenu une vraie serre, alors on avait à peine de quoi s’asseoir, entre les géraniums, les lys et les gardénias !

La fillette approuva de la tête.

– Du coup, Lila avait ses fleurs fraîches, qu’elle venait sentir tous les matins, et Dorian avait un bel espace pour jouer.

– Et toi, tu faisais quoi ?

Gabin leva la tête et plissa les yeux dans un sourire.

– J’y viens, ma petite curieuse. J’y viens. À l’époque, j’avais un atelier de menuiserie. On y fabriquait de beaux meubles, des étagères…

– Et des armoires ?

– Des armoires aussi, en effet. Mais ça m’obligeait à être souvent sur la route, parce que l’atelier marchait bien, et il fallait vendre. Les gars qui travaillaient avec moi, qui faisaient les meubles, ils bossaient bien, alors les commandes étaient nombreuses, tu vois ?

Elle fit oui de la tête et finit par s’asseoir sur le banc, les coudes douloureux. Le chien vint poser son museau sur ses genoux et elle caressait le poil soyeux de sa tête.

– Lila aimait tellement les fleurs qu’elle avait monté une petite entreprise de fleuriste. Elle allait vendre ses fleurs sur les marchés, et elle se déplaçait beaucoup chaque fin de semaine. Et un jour, en rentrant du marché, elle a eu un accident. Le temps était horrible, du vent, de la pluie verglacée, et une visibilité très mauvaise à cause d’un brouillard qui flottait, très bas et très épais. Elle a fait une sortie de route, et ça a été terminé.

– Terminé ? demanda Charlotte en frissonnant.

– Elle est morte sur le coup, tu vois.

La petite serra les pans de la veste d’Ulrich autour d’elle, mortifiée.

– C’est une vieille histoire, tu sais. Elle est triste, mais cela fait bien longtemps. Et le temps est un malin. Il laisse tomber de petites gouttes d’oubli sur le cœur, et ça aide à vivre quand on a beaucoup aimé quelqu’un qu’on a perdu.

– Des gouttes d’oubli ? reprit la fillette interloquée.

– Oui, c’est un moyen de laisser le cœur battre, même quand on pense qu’il va s’arrêter.

– C’est pratique.

– Très. C’est comme ça que j’en suis venu à inventer mon nouveau métier. Et à m’occuper de Dorian, qui a grandi sans maman.

– Ça a dû être difficile. Moi aussi, j’ai pas de maman, et je trouve ça difficile.

– En effet. Mais Dorian, qui avait sept ans à l’époque, était un enfant solide et joyeux. Un peu comme toi, j’imagine. Et il a finalement poussé bien droit.

– Il est où ?

– Dorian ? Il habite à Toulouse. Il est marié, maintenant, tu sais. Et il a trois enfants.

– Alors t’es grand père, conclut Charlotte.

Gabin acquiesça d’un hochement de tête, et plaça la boule de pâte qu’il venait de former dans un plat qu’il couvrit d’un torchon humide. Se tournant vers son invitée, il lui demanda :

– Chocolat chaud ?

– Oui ! répondit celle-ci avec enthousiasme. Elle mourrait de faim et avait un peu froid. Mais comme le Petit Prince de Saint Ex, elle ne renonçait pas facilement à une réponse une fois qu’elle avait posé une question et demanda de nouveau :

– Mais tu fais quoi, alors ?

Gabin se mit en quête du chocolat en poudre, et entreprit de préparer un chocolat chaud maison en versant du lait dans une casserole. Il expliqua :

– Quand Lila est morte, j’ai eu beaucoup de peine. Et je n’étais plus capable d’aller vendre mes meubles, d’aller voir les clients, ou même de gérer les personnes qui travaillaient sous mes ordres.

– Les menuisiers, comprit Charlotte.

– Les menuisiers. Du coup, je restais là, sans rien faire. J’en étais bien incapable. Et puis Dorian, lui, il ne savait plus comment réagir. Il avait besoin de moi, il était encore petit, mais je n’arrivais pas à me sortir de mon chagrin.

– Tu tournais en rond.

Avec un sourire de biais, Gabin déposa une tasse fumante où flottait une fine couche de mousse chocolatée devant Charlotte. Et tandis qu’elle en dégustait la première gorgée au point de se fabriquer une jolie moustache brune, il continua.

– Un jour, Dorian s’est posté devant mon lit, que je quittais de moins en moins, et il m’a dit : « Papa, faut que tu sortes de là. J’ai besoin de toi. Maman, elle serait jamais restée au lit, tu sais, si tu étais mort. Elle se serait occupée de moi. Et puis de ses fleurs, aussi ». Alors moi, je l’ai regardé et j’ai réalisé qu’il avait raison, ce petit bonhomme.

– Alors t’as fait quoi ?

– Et bien je me suis assis sur le bord du lit. Je l’ai pris dans mes bras, et j’ai essayé de ne pas pleurer. C’était difficile, tu sais. Et puis je lui ai demandé ce qu’elle aurait fait, selon lui, Lila, pour son fils et pour ses fleurs. Et tu sais ce qu’il a répondu ?

Charlotte promena ses boucles brunes de gauche à droite, le bol de chocolat entre les mains.

– Il a dit que sa maman l’aurait embauché pour aller planter des fleurs avec son chagrin.

– Ça veut dire quoi ?

– Qu’elle aurait mis sa tristesse dans la terre. Et ça m’a donné une idée.

– Quoi ? T’as fait des trous partout dans le jardin ?

Gabin se mit à rire et s’assit devant elle, de l’autre côté de la table.

– Oui, si on veut ! Je me suis mis à planter des bulbes. J’en ai planté des dizaines, et au printemps, ça a été une véritable explosion ! Un truc incroyable ! Les gens venaient ici, et ils étaient époustouflés par ce qu’ils voyaient. Ils disaient que j’étais un artiste, alors qu’en fait, j’avais juste mis mon chagrin en fleurs.

– Une bonne idée, approuva Charlotte.

– En effet. Du coup, ça m’a tiré d’une dépression, et tout ça grâce à un garçon gros comme une coccinelle.

– Ça fait pas gros, pour un enfant !

– Bah, il n’était quand même pas si petit ! s’amusa Gabin. C’est vrai qu’il était encore jeune, mais il avait déjà compris des choses importantes !

– Et il t’a aidé à planter les bulbes ?

– Oui, il a lui aussi planté des tas de bulbes, cet automne-là. On passait du temps ensemble, c’était bien. Il me parlait peu, mais je sentais que cela lui faisait autant de bien qu’à moi.

– Et après ?

– Après, le maire est venu me voir. C’était un de mes amis, tu vois. Et puis il m’a demandé si je voulais changer de métier. Et faire ce que je fais depuis, pour les gens du coin.

– C’est quoi ?

– Planter des bulbes pour les gens qui sont vivants et qui veulent se souvenir de leurs morts.

Charlotte ouvrit de grands yeux sans comprendre. Venant à sa rescousse, Gabin expliqua :

– Le maire m’a dit qu’il me prêtait les terrains qui entourent notre maison. Ils appartiennent tous à la commune. Il y en a des hectares comme ça, tout autour. Il savait que je ne pouvais plus faire marcher mon entreprise comme avant, et que j’avais malgré tout besoin de nous faire vivre, Dorian et moi. Alors il m’a proposé de faire pour d’autres ce que j’avais fait pour Lila. Du coup, je me suis mis à offrir mes services aux gens pour créer de petits jardins à la mémoire des personnes qu’ils aimaient et qui étaient décédées.

– T’as planté des tas de bulbes.

– Exact. Et j’ai encore beaucoup de parcelles à couvrir.

– Et les gens, ils viennent voir le jardin, des fois ?

– Oui ! Ils amènent des chaises, des tables même parfois. Certains se réunissent chaque année en mémoire de la personne qu’ils aimaient, d’autres se retrouvent ici les fins de semaine.

– Et les bulbes ? T’as arrêté d’en planter ?

– Pas du tout !

L’homme se leva pour aller préparer quelques tartines. Tout en coupant le pain, il expliqua :

– Les gens veulent parfois changer les fleurs de leur jardin, alors je refais un plan pour mettre des variétés un peu différentes. Et puis après quelques mois, j’ai fini par reprendre la menuiserie. Du coup, mes salariés se sont mis au mobilier de jardin, et mes clients achètent de quoi se faire un joli petit coin. Il y en a qui considèrent que cet endroit est leur jardin, et ils viennent le soir parfois, quand il fait beau, pour manger et se reposer.

Charlotte croqua dans une tartine qu’elle venait de beurrer avec un plaisir évident, et s’exclama finalement :

– Ch’est génial ! Comme ça, y a des gens tout le temps ichi !

– Exact ! Mais là, tu vois, comme tu es en cavale avec ton ami Ulrich, j’ai décidé de fermer le jardin quelques jours, le temps que vous puissiez vous cacher sans être ennuyé.

La fillette ne répondit pas. Elle finit de mâcher, puis regarda Gabin et dit :

– Alors ce sera « chantegrin ».

– Quoi, chantegrin ?

– Ben le nom du métier que tu fais. C’est pour faire chanter les chagrins.

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Jachère créative

Il arrive parfois qu’on tombe en ce que j’appelle une jachère créative. Un de ces moments particuliers où rien ne semble pousser dans notre cœur, notre tête et nos mains. Pas la plus petite ombre d’une idée. Pour une personne qui a l’habitude de créer, ces périodes peuvent sembler interminables. Incompréhensibles, là où d’autres, peu habitués à créer, ne détectent pas de changements dans leur façon de vivre… Mais il peut être très déstabilisant de voir ainsi le puits à inspiration paraître aussi vide tout à coup. Je vous invite à considérer autrement ces instants de création en attente.

Une des personnes qui m’a beaucoup enseigné à ce sujet était un salarié avec qui j’avais beaucoup discuté. Sa femme était atteinte d’une maladie chronique très handicapante, et lui, à l’approche de la retraite, n’avait qu’une envie : mettre un terme à sa vie professionnelle et profiter du temps qu’il aurait avec elle. Seulement il devait continuer à travailler, et y arrivait de moins en moins bien. Tant en raison d’une santé défaillante qu’à cause d’un moral en berne. Il me racontait qu’il aimait peindre. Il m’avait montré des photos de ses huiles, qui étaient considérables et avait suscité l’enthousiasme et l’admiration de tout son entourage. Croyant bien faire, je l’avais fortement encouragé à reprendre la peinture, qu’il avait laissée tomber. Il me répétait qu’il lui était impossible de peindre. Je pensais que la peinture l’aiderait à passer ce cap, voyant là un moyen. Mais la peinture était pour lui une fin en soi. Une sorte de débordement joyeux qui découlait de sa propre joie de vivre, et non ce qui pouvait la déclencher.

J’ai beaucoup et longtemps réfléchi à sa situation. Jusqu’à éprouver en moi ce sentiment de jachère. Lorsque l’on s’éloigne de soi et que l’inspiration finit par prendre la poudre d’escampette, ne se sentant plus accueillie avec le détachement et l’espace nécessaires. Au départ et durant longtemps, ce désert m’a fait peur. Il ne ressemblait pas à ce que je connaissais. Je pensais avoir perdu ce qui me faisait écrire, peindre, chanter… Et j’ai attendu. Avec la démarche de méditation qui est la mienne, j’ai voulu comprendre. Le salarié et moi, on était finalement dans la même galère, et je n’avais pas la clé. Il a fallu trouver le moyen de passer au travers de cette période bizarre où rien ne semble bouger dans le paysage mental, où même les rencontres les plus incroyables ne suscitent pas de mouvement, de rêveries et de pensées flottantes. J’ai fini par observer ce qui se passait. Mais au-delà d’une analyse quelconque, j’ai senti que ce moment était en réalité une sorte de fabrication de compost intellectuel et émotionnel. Mon intérieur se reposait simplement. Il faisait le plein de silence, comme on emmagasine de l’or dans une cave soigneusement cachée. Le silence est d’or. Celui-ci, qui m’intriguait et déstabilisait mes idées toutes faites sur la vie créative, était en réalité porteur d’images et de rêves qui allaient nourrir les créations futures. Je n’avais qu’à y croire, et à me laisser porter.

Plus tard, ce salarié a fini par partir en retraite anticipée. Cela a pris quelques mois seulement. Je ne l’avais pas revu avant son départ. Je l’ai croisé un jour dans la rue, par hasard (même si je doute qu’ils existent !). Il avait un sourire immense, sa chérie perchée à son bras, et il semblait être le plus heureux des hommes. Nul doute qu’il avait repris la peinture. C’est de là que vient l’inspiration : du mouvement pur de la vie. On ne peut l’alimenter de force, c’est lui qui se charge en éléments comme l’eau tire les minéraux de la roche.

J’ai donc décidé à l’avenir de laisser l’inspiration suivre ses méandres dans le cours de ma vie, sans plus chercher à la contrôler ou à l’appeler de mes vœux. Et lorsqu’à la faveur d’un moment de doute, de peur, de repli elle fout le camp, je laisse les choses se faire. Je sais que ce repos est nécessaire et augure des périodes vivantes et fructueuses à venir…

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Processus créatif

J’ai commencé à écrire sérieusement après la naissance de mon deuxième enfant. Mais avant cela, c’était des tentatives, un peu hasardeuses, mais qui exprimaient bien ce besoin de me poser en écriture comme on arrive dans un pays. Il s’agissait pour moi d’assumer cette envie de raconter dans les mots. Tout le monde aime les histoires. Chacun de nous adore n’importe quel événement de vie, à partir du moment où il nous est raconté comme un déroulement, un conte.

J’avais envie d’écrire aujourd’hui sur le processus créatif. Une expression un peu barbare qui recouvre une réalité pour ceux qui s’acharnent à vouloir tirer d’eux-mêmes toute la lumière des images qu’ils ont dans le cœur. C’est souvent difficile de faire le chemin jusqu’à soi, d’une façon qui soit à la fois naturelle, authentique et fidèle à ce que l’on souhaite exprimer. Souvent, on pense qu’il suffit de… prendre le pinceau, tirer l’idée par le bout de la queue, lancer les mots dans l’air, sortir l’instrument… Mais si les choses peuvent effectivement se passer ainsi, il faut souvent beaucoup d’autres ingrédients pour la petite popotte créative que nous avons sur le feu.

J’aimerais donc partager avec vous quelques trucs qui m’aident à créer. Parce que les recettes sont légions, elles ne correspondent pourtant pas toujours au plus grand nombre… Ce qui m’a toujours aidée, en revanche, est la lecture des bouquins de Julia Cameron, grande prêtresse de la créativité. Et puis laisser du silence autour de soi. Ou plutôt un silence composé : accompagné de musiques signifiantes pour moi, qui me transportent dans un ailleurs qui résonne avec le fond de mon être. Créer l’espace, aussi. Avoir un endroit à soi, si petit soit-il, où on peut se laisser aller à créer sans se faire interrompre, juger ou mettre en boîte. Une pièce, un bout de lieu que l’on aura investi avec ses objets personnels, ses grigris, décoré avec des éléments que l’on aime et qui nous sécurisent.

Et puis sentir le moment. L’inviter chez soi, en réalité. Cela signifie faire un trou dans un emploi du temps peut-être bourré à craquer, et le défendre contre vents et marées. Ce moment est pour vous seul(e). Un instant de vie dédié à laisser l’intérieur de votre vie prendre le pas sur l’extérieur. Quand les mots, les sons, les couleurs prennent le pas sur le bavardage du quotidien pour exprimer des idées nouvelles, manifester des émotions et simplement vivre d’une autre façon. Accompagner de musique ces instants est très inspirant pour moi. Le piano aide beaucoup, ou des musiques sans paroles qui viendraient parasiter de sens la page vide où j’ai besoin de laisser aller la plume. Nurturing process.

Pour aller au-devant de soi, il faut laisser intacte la volonté de dépasser ses limites et y aller. Quoi qu’il en coûte à l’ego, qui voudrait toujours que tout soit parfait. Pour cette raison, je me laisse toujours écrire au kilomètre dans une histoire. Je me dis toujours que je ferai les coupes après. Et dans mon dernier livre, même après la 4ème version, je pense que j’aurais pu couper encore 😉 Mais se laisser créer. Imparfaitement. Car sur le sentier que l’on a choisi d’emprunter, la démarche n’est pas parfaite, les cailloux font dévier le pied, le ruisseau doit être enjambé et pas toujours de la façon la plus artistique qu’il soit… L’important est simplement d’avancer, et de rester toujours fidèle à soi. C’est une manière d’exprimer au monde que l’on est singulier et que l’on se donne le droit d’être, quoi que les autres pourront jamais en dire. C’est notre droit fondamental, et que ceux qui ne créent pas se gaussent dans leur coin, nous avons ce besoin et nous y répondons par nous-mêmes, en toute autonomie.

Une autre voie qu’il m’a fallu longtemps travailler, c’est l’attente. Car il est arrivé souvent que je me reproche à moi-même de ne pas écrire, de ne pas faire alimenter la source créative plus régulièrement. En réalité (et j’ai mis un temps fou à le comprendre !), le processus créatif est sinueux, s’évapore à un endroit pour ruisseler à un autre, il s’échappe mais son courant est très fort… Alors il s’agit parfois d’accepter simplement que le repos est comme un compost d’idées qui se croisent, s’emmêlent et finiront par nourrir le prochain texte, la prochaine peinture, le prochain morceau de musique… Il faut toujours garder cette confiance là, dans toutes les activités que nous réalisons. Garder ce moment d’échange avec une amie dans un café, le sourire du môme croisé dans la rue la veille, le jeu avec le chat sur le canapé, la promenade au bord de l’eau alors qu’il pleuvait… Tout est bon pour le cours d’eau créatif qui va s’insinuer dans toutes les pores du quotidien pour nourrir les travaux de création à venir. Nul ne peut savoir comment ce courant-là va ensuite imprégner les œuvres qui ne sont pas encore créées. Mais il faut rester à l’écoute, aux aguets de ces signaux. Rester confiant que le travail se fait, malgré soi. Et si un jour se termine, où on n’a pas écrit plus de trois phrases, et bien ces phrases seront peut-être le début d’un quelque chose qui fera tout chavirer, qui viendront changer le cours de l’histoire.

C’est une expérience de lâcher prise, au demeurant. Accepter que la création suive son petit but obstiné qui nous échappe, un peu comme l’oiseau capricieux qui ne viendrait pas, chaque fois que nous déposons les graines devant la fenêtre à son intention, mais seulement quand il l’a décidé.

 

N’hésitez pas à partager dans les commentaires comment vous vivez ces moments parfois lents et difficiles, ou bien enthousiasmants et tellement riches…

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Printemps

Aujourd’hui est un jour spécial. J’ai décidé, avec mon mari et un de mes fils, de faire un jeûne de 36h. Pas grand chose, mais un petit geste pour mon corps et mon cœur, qui ont terriblement besoin de ce repos. Et moi, infatigablement branchée sur le mouvement perpétuel, j’ai décrété un jour de pause total ! En cette période de confinement, voilà qui tombe à pic… C’est donc un mouvement vers l’intérieur. Et la journée démarre avec ma séance d’écriture quotidienne, agrémentée de tisanes variées : gingembre frais et thé vert, romarin et thym du jardin… A 10h, séance d’hypnose en visio avec ma coach préférée, hypnothérapeute de talent, ainsi que 2 autres participantes. Un moment fort autour de l’animal totem, et j’ai trouvé le mien !

Et puis cette découverte d’une femme au parcours étonnant, grâce à mon fils Sacha qui m’a montré une vidéo que je partage ici avec vous : https://www.youtube.com/watch?v=-wFsYY71wyk. Cette femme est un peu une fée, et nous rêvons à ses côtés de ces étendues immaculées du Nord de la Suède où la neige est le paysage de la moitié de l’année… Sa vivacité et le naturel avec lequel elle filme sa vie me font l’effet d’un bain chaud un jour de tempête, c’est reposant et surprenant comme ça fait du bien !

 

Je me suis lovée sous le prunus, et au-dessus de ma tête, un couple de tourterelles travaille à la journée longue à la construction d’un nid douillet pour les petits à venir… C’est épatant de les regarder faire sans discontinuer, ce petit manège en vue de préparer la venue de la descendance… Les mois qui viennent de se dérouler ont pour moi été parmi les plus difficiles de mon existence. J’apprends beaucoup, je traverse ce tumulte avec une conviction profonde : celle que la vie est et sera toujours la plus forte, que sa bienveillance m’encourage à dépasser les peurs et à aller au bout de ce que j’ai besoin de faire sortir. Un accouchement attendu et douloureux, qui me permet de délaisser sur le bord du chemin des pans du passé qui m’empêchaient d’avancer vers moi-même. Ce qui m’aide à placer toujours un pied devant l’autre est cette certitude de faire ce que je dois faire et d’être sincère avec moi-même.

Jour de jeûne, c’est jour de communion avec soi. C’est porte ouverte décidée vers l’intérieur, sans culpabilité et sans faux semblants. C’est la conscience profonde de ce qui vit en soi, les sens en éveil, et la conviction de faire du bien à son corps par ce repos choisi. Et puis vu que je passe environ 1h30 à 2h par jour (si ce n’est plus) à cuisiner, c’est un VRAI repos aujourd’hui ! Même si j’adore cuisiner, un jour comme celui-ci me repose, sous les oiseaux et dans le soleil. Les tourterelles n’ont pas peur de moi et s’approchent, elles sont un peu comme des copines qui viennent faire leurs petites affaires tranquillement. Je partage avec vous ces moments de repos et de calme, pour que cela vous invite à faire de même, peut-être, à l’endroit où vous vous trouvez sur la planète 😉

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Et si… tout était possible ?

Je ne sais pas pour vous, mais moi, il me vient des pensées très philosophiques depuis le début de ce confinement. Voici un petit tour d’horizon de ces réflexions qui m’effleurent le coin de la pensée, jour après jour…

 

Tout s’est arrêté dans le pays, dans de nombreux pays du monde. Un événement extra-ordinaire, auquel personne ne s’attendait. On serinait aux politiques et aux citoyens, depuis longtemps, qu’il fallait réduire les émissions de carbone, diminuer l’usage de la voiture, cesser de consommer à tout va, respecter la nature et la laisser plus libre, arrêter l’expansion des villes et améliorer la qualité de l’air, permettre davantage de liens entre les gens et de solidarité… Mon appétence naturelle pour la résilience et tout ce qui s’en approche m’a mise sur le même chemin pour voir, dans cette crise sans précédent, un moteur de changement formidable.

Car voyons dans le détail ce que le virus, outre malheureusement les morts, a apporté :

Je regarde par la fenêtre, et je vois beaucoup plus d’oiseaux que d’habitude. L’air que je respire est sain. Dans le ciel, plus une trace : les avions ont cessé de voler, le bleu est magnifiquement uniforme. Avec nos voisins, nous nous rencontrons et nous discutons (de loin). La voiture, je ne l’utilise que pour aller faire quelques courses. Même si je n’étais pas une adepte des magasins, je n’y mets plus les pieds du tout. Je prends des nouvelles des gens que j’aime (j’en ai enfin le temps) et avec les voisins, on s’organise entre nous pour savoir qui a besoin de quoi. Je prends du temps pour faire du sport, préparer de bons petits repas, prendre soin des gens que j’aime et, surtout, lire, écrire ! Faire des tâches qui attendaient depuis des mois et jardiner un peu.

Ailleurs, j’observe aussi des choses magiques. On voit les animaux sauvages revenir près des villes. L’air est plus pur et les constructions à tout va se sont temporairement arrêtées. Des gens se montrent généreux, proposant aide, soutien et appartements aux soignants, d’autres qui tentent de faire rire leurs congénères avec des vidéos, des jeux, des apéros fenêtre… Certains proposent leurs services pour nourrir les personnes âgées, ressentent le besoin d’être attentif à l’autre et de se sentir utile. Et puis on prête enfin attention à des professions qui étaient en grande souffrance et qui connaissaient des taux de suicide inédits, faute de soutien et de regards positifs : les soignants, les agriculteurs, les policiers… Ceux-là sont les vrais héros des moments que nous vivons et sont finalement reconnus pour l’utilité indéniable qu’ils ont dans nos sociétés. D’où viennent donc ces manifestations ? J’ai tendance à penser, à l’instar d’Isabelle Filliozat, que la joie naît du déséquilibre, l’échec, l’épreuve, la permettent plus sûrement que quand « tout va bien ».  Sans doute, un de ces moments qualifiés de ‘temps de guerre’ nous permet de dépasser nos limites, d’aller chercher le meilleur (parfois le pire…) en nous, et d’allumer les flammes intérieures qui nous font rechercher nos valeurs fondatrices, celles que l’on oublie parfois au gré d’un quotidien confortable mais stérile. Là encore, Filliozat éclaire le chemin : La sécurité est un facteur de confort, pas de joie. Et si chacun s’interroge sur la pérennité du mouvement lancé par le virus, sur notre capacité à tous à repenser profondément le système malade qui nous a conduit à cette époque bizarre où l’entreprise est devenue le berceau de la souffrance pour beaucoup, où la nature disparaît pour faire émerger des usines qui nous rendent malades et où le bonheur, recherché partout, n’a jamais été aussi lointain, il est temps de se poser pour savoir comment trouver les nouvelles clés.

Car cette période passionnante qui fait naître ce qui émergeait déjà avec les mouvements écolos-conscients pose de vraies questions qui, faute de trouver des réponses adéquates, nous mettrons face à des mécanismes de disparitions massives. Celles d’espèces animales, végétales, mais aussi humaines… J’invite donc chacun à profiter de ces instants de pause pour réfléchir posément à de nouvelles façons de concevoir sa vie. A accepter d’y intégrer une dose de risque qui sera indispensable pour faire intervenir le changement sain d’une société qui se repense. Il s’agira de trouver des voies différentes, d’inventer des solutions novatrices et de cultiver des attitudes fécondes. Gardons ce que le covid nous apporte de bon et d’utile, et mettons tout cela au service d’un monde où le bonheur sera plus accessible et plus facile à cultiver, partout sur la planète.

 

Pour vous inspirer un peu, je vous invite à vous délecter du film documentaire drôle, émouvant et délicieux Tout est possible (The biggest little farm, 2018). Et pour conclure, voici une petite histoire citée par Sogyal Rinpoché dans son Livre Tibétain de la Vie et de la Mort » et écrite par Portia Nelson:

 

Je marche dans la rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je tombe dans le trou.
Je suis perdu … désespéré.
Ce n’est pas ma faute.
Cela me prend une éternité pour en sortir.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je prétends que je ne le vois pas.
Je retombe encore dedans.
Je n’arrive pas à croire que je me retrouve de nouveau dans ce trou.
Mais ce n’est pas ma faute.
Et de nouveau, cela me prend longtemps pour en sortir.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je vois le trou.
Je tombe encore dedans. C’est devenu une habitude.
Mes yeux sont grands ouverts.
Je sais très bien où je suis.
C’est ma faute.

J’en sors rapidement.

 

Je marche dans la même rue.
Sur le trottoir, il y a un grand trou.
Je le contourne.

 

Je marche dans une autre rue.

Poème « Autobiographie en cinq actes », de Portia Nelson

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Déclaration du Citoyen du Monde

Eh oui… 2019, et nous en sommes encore à devoir pousser notre petite voix sur les réseaux pour faire entendre notre inquiétude quant au monde que nous sommes en train de laisser à nos enfants. Je vous épargnerai la description de toutes les espèces qui disparaissent, et de ce qui pourrait nous attendre… Vous savez déjà pour la plupart ce qui nous pend au nez…

Face à ce constat, nous avons à mon avis trois options. 1) L’attitude défaitiste qui consiste à croire que plus rien ne pourra être fait pour changer la donne, et qu’il est déjà trop tard 2) Celle, passive, qui se limite à observer ce qui se déroule devant nos yeux tout en se déclarant impuissant à changer les choses, dépassés que nous pouvons nous sentir devant l’ampleur de la tâche 3) Il y a enfin une posture qui vise à prendre le taureau par les cornes et la poubelle de recyclage dans les mains pour se mettre au travail.

C’est aux partisans de cette dernière solution que je souhaite m’adresser aujourd’hui. Pour cela, j’ai élaboré une déclaration que j’ai nommée « Déclaration du Citoyen du Monde », simplement parce qu’au-delà des frontières se trouve une chaîne invisible qui nous relie tous et pourrait bien changer le monde. A défaut des politiques globales que nous attendons tous et qui tardent à s’imposer, je vous propose ici une approche certes plus modeste, mais sans doute plus efficace aussi. Voici le plan d’attaque…

D’abord, je vous invite à lire la déclaration ci-dessous.
L’idée serait de vous l’approprier, en la modifiant ou en la complétant, de
manière à ce qu’elle ressemble à ce que vous souhaitez, individuellement ou en
famille, mettre en place pour changer votre petit bout de monde à vous. La
logique veut en effet qu’on donne raison à Gandhi quand il déclarait qu’il
fallait incarner le changement que l’on voulait voir apparaître dans le monde (Be the change you want to see in the world).

Une fois que votre version vous convient, je vous propose de l’imprimer, et de l’afficher en bonne place dans votre maison. Et pour finir (ou commencer !), l’idée est de mettre en pratique ces résolutions qui seront un peu les directions que vous voulez donner à votre façon de réintroduire l’écologie dans le quotidien. L’idée étant qu’à force d’être sollicités par des citoyens mobilisés tous ensemble dans un même but, les politiques finissent par y croire eux-mêmes et bougent dans le bon sens. De plus, ce sont vos enfants, pour qui vous êtes des exemples, qui changeront, et aussi vos voisins, vos collègues… La tâche d’huile faisant son boulot, vous pourriez bien être surpris de l’impact de vos actions minuscules à une échelle mondiale !

Vous êtes prêts ? Si c’est le cas, alors au
travail !!!

DÉCLARATION DU CITOYEN DU
MONDE

Je m’engage dans la présente déclaration à réaliser les actions suivantes, dans le but de faire de la planète un endroit où il fait bon vivre pour toutes les espèces vivantes et pour assurer un avenir à nos enfants:

PRENDRE
SOIN DE L’AIR

.
Chaque jour, dès que cela m’est possible, je délaisse ma voiture pour privilégier
les transports doux qui n’émettent que peu ou pas de pollution, et me
permettent d’être en meilleure santé (marche, vélo, trottinette, bus, métro,
train…)

.
Je privilégie les achats de produits locaux et limite mes achats par internet
pour diminuer les effets du transport sur l’atmosphère

.
Je limite l’utilisation du bois de chauffage

.
Je plante des arbres dès que j’en ai la possibilité ou je soutiens des actions
réalisant des projets de reforestation

PRENDRE
SOIN DE LA TERRE

.
Afin de limiter les déchets émis par mes achats et mes activités, je recycle le
plus possible les matériaux que j’utilise et limite mes achats aux produits qui
sont les plus écologiques, biodégradables ou n’utilisant que des emballages
raisonnés en évitant le suremballage

. A
la maison, j’utilise un composteur pour diminuer la taille de mes poubelles et
exploiter le compost dans les jardins

. Je
choisis des nettoyants simples (bicarbonate de soude, vinaigre…) et je bannis
les pesticides de mon environnement

.
Pour me vêtir, je réalise mes achats dans les ressourceries ou auprès de
commerçants qui recyclent les matériaux ou garantissent des matériaux
écologiques

.
Je privilégie les contenants sains pour la nourriture et les boissons :
métal, verre et contenants biodégradables

 PRENDRE SOIN DE L’EAU

.
Lorsque je consomme de l’eau, je le fais avec parcimonie en éteignant le
robinet dès que possible (brossage des dents, douche…)

. Dès
que c’est possible, je récupère l’eau de pluie pour la réutiliser au jardin ou
pour les sanitaires

.
J’utilise des bouteilles en verre ou en métal pour ne plus avoir à acheter des
bouteilles de plastique, et je choisis de ne plus utiliser de vaisselle jetable
en plastique

.
J’utilise des liquides biodégradables pour toutes mes activités (nettoyage,
produits d’hygiène, etc.)

PRENDRE
SOIN DE SOI

.
Chaque jour, je me réserve un moment à moi pour me ressourcer

.
Je prends soin de mon corps et consomme des aliments sains et simples, tout en
m’offrant de petits plaisirs de temps en temps

.
Je me connecte à mon corps et me mets à son écoute pour avoir une vie plus
équilibrée et lui permettre de se dépenser dans le sport

. Je
m’accorde un petit plaisir par jour pour rayonner et faire profiter aux autres
de ma joie de vivre

.
Je réalise mes rêves et je me construis une vie où je me sens bien

.
J’établis une relation harmonieuse avec moi-même, mes proches et ceux qui
m’entourent pour prendre soin de l’écosystème dans lequel j’évolue

Au
quotidien, je fais le choix de simplifier les achats, les possessions, les
activités et mes relations avec les autres… Je me reconnecte à cette nature que
je souhaite préserver. À chaque instant, je m’efforce de grandir et de me
réaliser dans l’équilibre et l’harmonie.

Le
monde a besoin des rêveurs pour construire un avenir où chacun a sa place.
Chaque petit geste compte !

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Wake up

Voilà peut-être une semaine qu’elle venait là, jour après
jour. Flanquée de son nourrisson de quelques mois, qu’elle ne pouvait de toute
façon pas faire garder. L’enfant, un petit garçon à fossettes délicieuses,
avait un sourire permanent sur le visage qui le faisait ressembler à un ange. L’après-midi
où elle pénétra une fois de plus dans la salle qui jouxtait la salle de réanimation,
la même lumière blafarde faisait sur les murs de la pièce un voile livide qui
rendait l’atmosphère presque solide et abrutissante. Sur les chaises disposées
le long des murs, des personnes attendaient, dans l’angoisse et la solitude. Presque
les mêmes visages depuis le début. Parfois certains partaient, remplacés par
d’autres. Chacun venait traîner là son désespoir et l’atrocité de l’attente sur
ces vieux sièges désinfectés aux produits qui répandaient dans tout l’hôpital
leur puanteur antiseptique. Le bruit des souliers crissant sur le sol firent se
tourner les regards vers la jeune femme. Le bébé accroché à ses bras considéra
l’assemblée indigente et se mit à sourire innocemment à pleines fossettes.
Quelques visages s’allumèrent pauvrement à cette lumière, encore lourds de la
peine contenue. La femme ne se laissa pas contaminer par ce ballet d’émotions,
et, avisant une femme entre deux âges qu’elle avait déjà sollicitée pour cette
tâche, lui confia le bébé. Ce dernier jeta un regard rapide à sa mère, avant de
se lover dans les bras qui l’accueillirent avec soulagement. Un enfant, ça fait
passer les chagrins plus sûrement que n’importe quel baume.

Son bébé dans de bonnes mains, la femme se dirigea alors vers la pièce où les soignants s’activaient auprès des personnes qui luttaient pour leur vie. Un endroit un peu hors du temps, où les patients entre la vie et la mort reposaient au bout de leurs lits, séparés entre eux par de simples rideaux qui n’empêchaient pas les bruits de luttes, les pleurs, les ordres des médecins lors des situations critiques qui dérapaient soudain. Les lits étaient disposés en cercle autour de cette pièce aveugle, et la jeune femme se dirigea sans hésiter vers le lit qu’elle cherchait, le troisième à partir de la droite. Allongée dessus se tenait une femme dans la trentaine. Grande et belle, aux cheveux d’une blondeur étonnante, et qui semblait dormir. Pour autant, son corps amaigri était accablé de fils, de tuyaux et de perfusions. Son visage était perdu dans les profondeurs du coma qui l’empêchaient depuis des jours de revenir à la vie. Plusieurs arrêts cardiaques avaient eu raison de sa résistance et l’avaient condamnée à ce sommeil de belle au bois dormant dont elle ne sortait pas. Chaque jour, sa visiteuse se tenait ainsi près d’elle, prenant sa main dans la sienne, pour lui faire sentir qu’elle n’était pas seule dans ce voyage lointain. L’impuissance n’empêchait pas ce lien de perdurer, moment après moment. Et jour après jour, la jeune mère revenait pour témoigner à son amie qu’elle était là, simplement. Elle s’approcha du lit, et attendit comme elle le faisait toujours, attrapant la main de la belle endormie pour la réchauffer dans la sienne. Aaprès un long moment, elle se mit à lui parler. Elle chuchotait, tandis qu’autour d’elles, les soignants réalisaient les tâches habituelles, dans une atmosphère feutrée. On entendait des froissements de tissu, des bruits de compresse qu’on ouvre, des tubulures qu’on met en place, ou des ordres qu’on donne pour administrer un médicament. Mais personne pour entendre les mots que la jeune femme prononça. Des mots qui flottèrent autour de la patiente plongée dans son lointain pays comateux. Des mots qui se firent une place quelque part, qui prirent une de ces  montgolfières immenses qui montent si haut dans le ciel qu’on finit par les perdre de vue. Les phrases s’insinuèrent dans le corps et l’esprit de leur destinataire. « Tu as le choix ». « Tu peux revenir vivre, ou partir ». « Moi, je sais que tu as la force de te réveiller ». « Je sais que tu as la possibilité de choisir de revenir vers nous, et j’ai envie que tu reviennes ». « Il t’appartient de faire ce choix ». « Nous t’aimons, et nous aimerions que tu choisisses de vivre ». La jeune maman lançait ces mots comme des bouées de sauvetage, comme des mains tendues que l’autre pouvait choisir d’attraper, ou pas. Elle savait que son amie entendait, et qu’elle avait le pouvoir de décider de se réveiller. Elle espérait, en sachant que rien ne pourrait obliger son amie à le faire. Maintenant ou jamais. Mais elle continuait à caresser la main, s’attendant simplement, dans un long moment, à revenir vers la salle d’attente où les proches de ceux qui les entouraient comptaient chaque heure avec angoisse. Elle savait qu’elle finirait, comme chaque jour depuis une semaine, par reprendre dans ses bras son bébé qui nourrissait à cet instant de ses sourires les pauvres visages éteints qui ne voyaient plus la lumière du soleil depuis des jours, tendus qu’ils étaient vers l’issue de la lutte que menaient les personnes qu’ils aimaient. Elle savait cela, et l’acceptait. Ce qu’elle n’attendait pas arriva alors. Les yeux de son amie s’ouvrirent et se mirent à cligner. Elle bougea sa main, essaya de parler en regardant l’amie qui se tenait à ses côtés. La jeune femme sentit son cœur manquer un battement, et une vague de chaleur monter en elle d’un coup. Elle appela l’équipe de soignants qui se précipitèrent au chevet de la patiente, avant de s’effondrer sur un siège pour ne pas perdre connaissance. Elle partit finalement en titubant, tandis que les infirmières et les médecins achevaient de constater ce qu’elle avait déjà compris. K. avait choisi de vivre. Elle avait fait ce qu’il fallait. La jeune mère revint dans la salle lugubre avec le cœur chiffonné et abasourdi. L’enfant dans les bras, elle quitta l’hôpital avec la conviction d’avoir accompli quelque chose. Même si elle ignorait quoi exactement.

Je dédie ce post à K., qui m’a offert un jour ce moment de grâce même si, sans doute, elle n’en a pas le souvenir…

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La source des choses qui te sont nécessaires

J’ignore s’il vous est déjà arrivé dans votre vie d’avoir un jour une phrase qui s’impose à vous. Une phrase venue de nulle part, et qui se répète en boucle sans qu’on sache pourquoi. Je dirais que cet assemblage de mots provient en fait de quelque part dans le ciel. Cela peut sembler bien ésotérique, mais c’est un peu ma croyance. Et pour ma part, j’ai déjà fait une telle expérience. Je ne me souviens pas du contexte. J’étais adolescente, je crois. Et cette phrase est tombée du ciel pour se déposer dans ma tête. Je ne l’ai pas comprise. « Je suis la source des choses qui te sont nécessaires ». Elle revient parfois me visiter, comme une vieille amie dont je ne me rappellerais jamais le nom. Et ce matin, en ouvrant le livre d’Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent, elle est revenue se déposer dans mon esprit. Ce n’est pas un hasard. Je n’ai jamais vraiment cru à ce que l’on nomme hasard.

En
réalité, je suis venue étudier le shiatsu par instinct, davantage que par
réflexion. Une force me poussait à choisir cette voie pour pouvoir, comme
j’avais besoin de le faire, accompagner les gens qui luttaient pour leur santé.
C’est une approche par le toucher, qui me semblait indispensable. Lorsque j’ai
fait du bénévolat en soins palliatifs, à l’hôpital de Maisonneuve de Montréal,
j’avais alors décidé de devenir infirmière, tout en estimant que je ne pourrais
y arriver que si je n’avais pas une peur panique de la mort. Il me fallait
savoir si la mort, je pouvais l’affronter avec le malade. Accompagner ce
dernier signifiait en effet pour moi aller au bout de ce qui l’attendait, en
restant à ses côtés sans peur. Et je me souviendrai toujours de ce moment
incroyable où je me suis posée à côté d’une femme qui devait mourir quelques
heures plus tard. Spontanément, j’ai glissé ma main dans la sienne. Elle était allongée,
les yeux fermés, sans plus de force pour les ouvrir ou pour communiquer. Et
moi, debout près d’elle, lui tenant la main comme si c’était alors la chose la
plus importante au monde. Après un long moment en silence, j’ai voulu partir,
lâcher sa main. Elle m’a demandé de rester. Pas par la voix, elle n’en avait
plus l’énergie. Mais elle m’a supplié du bout de ses doigts amaigris par la
maladie. Une supplique silencieuse qui m’a fait rester un peu plus longtemps.
Pour simplement être présente à ses côtés à ce moment là. J’en ai gardé la
conviction que quelque chose se joue par le toucher, qui dépasse de loin les
frontières du physique. Que le simple fait de toucher une personne permet
d’accéder à une part invisible d’elle. Dès lors, devenue infirmière en
réanimation, j’avais pris cette habitude de garder dans ma main celle de mon
patient lorsqu’il devait subir une intervention douloureuse, pour l’encourager.
C’était mon moyen de l’accompagner dans la souffrance. Les patients comateux,
je leur parlais, et je les touchais pour qu’ils sachent que, même du fond de
cette inconscience éloignée de tout, j’étais là.

Si
bien que lorsque le shiatsu m’a tendu les bras, je m’y suis lovée avec la
conscience que je rentrais à la maison. C’était logique, évident, imparable. De
fait, en 2017, je venais d’apprendre vaguement en quoi consistait cette
discipline. Mais mon idée était faite : ce serait le shiatsu, rien
d’autre. Et au fil de mon apprentissage, je réalise combien cette approche est
riche d’un enseignement qui semble encore totalement abscond. C’est en effet
une mise en lumière de ces forces invisibles qui se jouent dans chaque contact
à travers les champs magnétiques, les liens spirituels avec la terre. Cela peut
vite ressembler à des théories un peu folles mais lorsqu’on en fait
l’expérience, la vie prend un autre éclairage. Je ne cherche à convaincre
personne. Je sais seulement que mon intention, lorsque je cherche à soulager
quelqu’un d’une douleur, joue un rôle aussi important que la façon dont je pose
mes mains sur lui. De la même façon, entrer dans le champ énergétique d’une
personne mal intentionnée me donne aujourd’hui des sensations physiques très frappantes.
C’est une chose dont, pendant longtemps, je n’ai pas su me protéger, faute
d’arriver à décrypter ces signaux. A présent, je fuis ces personnes et
dernièrement, alors que je faisais des shiatsus à la Foire de Sainté, j’ai
ainsi réalisé un shiatsu en 5 minutes à une personne chez qui je sentais des
énergies malsaines, pour pouvoir écourter au maximum ce contact. Un jour
peut-être, je serai même capable de dire non !

Je
constate aussi le pouvoir du mental sur l’expérience. D’anticiper négativement
ou positivement un événement va influer sur l’expérience qu’on en aura, et même
sur son déroulement. C’est la raison pour laquelle j’ai souvent invité mes
enfants, lorsqu’ils appréhendaient un moment à venir, à imaginer le
« scénario idéal », afin d’aligner des énergies dans un sens positif.
Une partie du monde visible nous échappe. Quelle est cette force mystérieuse
qui m’a soufflé un jour « Je suis la source des choses qui te sont
nécessaires ? ». Je l’ignore, mais je commence à comprendre d’où elle
vient. Je sais que des choses inexpliquées interviennent parfois. Une histoire
émouvante m’est arrivée, que je raconterai un autre jour, auprès d’une amie
dans le coma. Nos paroles, nos pensées ont le pouvoir de transformer le monde.
Il n’y a qu’à voir les effets d’une Greta Thornberg sur toute une génération,
sur les dirigeants du monde. Elle se fait l’écho d’une vision du monde, d’une
volonté de changement qui résonne chez beaucoup d’entre nous. Les mots ont de
l’importance. L’énergie que l’on utilise ou que l’on dépense aussi. Il est
crucial de le réaliser aujourd’hui, pour pouvoir enfin prendre la mesure de
notre pouvoir sur le monde. Il est temps d’utiliser cela pour le changer et en
faire un endroit où chacun aura sa place. Je vous laisse, il faut que j’aille
travailler 😉

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Des mangues ? Des souvenirs…

J’ai craqué. Elles étaient là, sur l’étal, venaient d’Espagne (alors qu’on les trouve souvent depuis le bout du monde), bien dodues… J’ai pris les mangues, et les ai installées sur la table de la salle à manger, à la maison. Laé passe à côté, et me remercie. Cela faisait longtemps. La peau lisse, mangée d’un vert qui tire à l’orange. Plus que des fruits qui vont contribuer à notre apport sain de « 5 fruits et légumes par jour », ce sont de petits morceaux d’histoire qui se frayeront bientôt un passage dans nos palais ravis. C’est ainsi que nous vivons la suite de notre histoire. Car souvent, les gens qui connaissent notre chemin de vie nous demandent : « Ce n’est pas trop dur, de revenir en France ? D’être de retour sur la terre ferme ? ». Que non. Des aventures, bien que moins conventionnelles qu’un voyage en bateau, nous ont permis d’apprendre beaucoup, de cheminer puissamment, de découvrir encore ce pays incroyable qu’est la France. Mais il y a aussi les souvenirs, qui peuplent encore notre imaginaire, notre vécu.

Il arrive ainsi parfois que, durant la journée de travail, on échange Ben et moi au téléphone. Et tout à coup, l’un dit à l’autre : « Sais-tu où j’étais, ce matin ? A Grenade. Au mouillage face au coucher de soleil. » Et l’autre, invariablement, de répondre quelque chose comme : « C’est marrant, moi j’étais aux Iles Vierges, dans les Baths ». Le voyage continue, donc. Ce sont des flashs, des images, des moments de bonheur qui reviennent. Un peu à la manière de ces vieux qui ont encore leurs souvenirs pour vivre des aventures que leur corps leur refuse désormais. Si bien que ces mangues, ce sont des souvenirs vivants. Ben les découpera, comme il le faisait sur le bateau lorsque nous les ramassions au sol en Martinique, en Dominique ou ailleurs. Il en fera des dos de hérisson, pour que chacun puisse couper un petit cube bien dense de chair sucrée. Et on se délectera du fruit avec en tête ces moments de vie qui nous appartiendront toujours.

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Lâcher prise… et respirer, enfin !

Voilà bien longtemps que je n’ai pas écrit. C’est la première fois depuis que ce blog existe… 10 ans déjà ! Auparavant, je mettais un point d’honneur à écrire chaque mois, ou au moins tous les 2 mois. Et là, non. Une catastrophe ? Sans doute pas. Pourtant, je n’aimais pas l’idée de ne pas être là pour mon propre rendez-vous. L’idée de lâcher une activité dans laquelle je m’étais jusque là investie. Quelque chose de l’ordre de la culpabilité me taraudait, inutilement. J’ai aussi depuis quelques temps lâché la méditation, que je pratiquais jusque là plus ou moins quotidiennement depuis une quinzaine d’année. Et l’écriture de mes livres, je l’ai aussi un peu laissée flotter. La pratique du yoga, qui s’est espacée. En fait, toutes ces disciplines, ces habitudes qui jusque-là me nourrissaient, sont devenues comme vides de sens. Un peu comme lorsqu’on fait de la bicyclette dans un paysage magnifique, mais sans se rendre compte de ce qui nous entoure, juste pour la simple habitude que l’on a prise de faire de la bicyclette parce que « c’est bon pour la santé ». C’est le genre de phrase à la con qui m’a souvent conduite à poser des gestes sans toujours avoir la bonne intention. Lorsque j’ai monté un atelier d’écriture l’automne dernier, je pensais vouloir transmettre ce que j’avais appris, et accompagner des personnes dans l’écriture parce que j’avais ce besoin d’enseigner, de partager. Mais finalement, j’ai réalisé que l’intention cachée derrière était un simple besoin de réassurance par rapport à mes talents supposés d’écrivaine. J’avais besoin de cette caution pour me donner le droit de continuer à écrire. Bien sûr, ce genre de manœuvre est voué à l’échec. Et quand j’en ai pris conscience, j’ai mis fin à l’atelier. J’attends pour en refaire d’avoir cette fois la bonne intention, qui sera tournée vers les participants et non vers mon besoin de sécurité… 

Toujours est-il que j’ai lâché des activités que j’avais fini par réaliser par habitude, par réflexe, ou pour m’assurer un cadre de fonctionnement rassurant, mais vide de sens. Cela ne me nourrissait plus, car l’intention n’était pas la bonne. Ecrire pour publier ne rime à rien pour moi, ou alors on pervertit l’écriture qui doit d’abord, selon moi, partir du plus profond de soi et, peut-être un jour, dans un 2èmetemps, toucher les autres. Je méditais, mais davantage avec l’intention d’être plus calme, plus posée. Et ce faisant, je m’interdisais ces retombées positives, car je ne lâchais pas prise sur le résultat. C’est comme de prétendre écrire un bouquin valable sans jamais écouter ce que les personnages peuvent avoir à dire sur ce qui va leur arriver : l’intrigue devient morte, sans saveur, tant elle est manipulée et cadrée par l’auteur. Cela me rappelle ainsi le roman d’une jeune écrivaine dont le but était la publication à tout prix. Elle avait travaillé sur son livre jour et nuit, en reprenant chaque phrase, mettant en cage le personnage à un point tel que son histoire était sèche, que la peau sur les os, et en l’occurrence aucun os émotionnel à ronger pour le lecteur. La grammaire, l’orthographe, la syntaxe étaient irréprochables, mais tellement policés qu’aucune vie ne pouvait s’infiltrer entre les lignes. Un roman mort en somme. J’en étais là. A tout vouloir contenir par la raison, le rationnel, le devoir et le contrôle, plus rien ne m’échappait, et ce faisant, tout m’a échappé. La vie ne circulait plus, prise qu’elle était dans ce tissu serré de contraintes qui faisait fuir la plus petite notion de plaisir. 

Depuis ce constat, je chemine. Je combats mes dragons intérieurs, ceux qui ont donné tout son pouvoir à ma baguette de contrôle. Je suis en train de jeter ladite baguette dans le courant de vie qui s’insinue depuis que j’essaie de lâcher prise sur tout ce que je voulais auparavant contrôler. Une vie de contrôle est invivable. D’abord pour soi, et surtout pour l’entourage, qui est sensé se conformer lui aussi aux diktats de la baguette. C’est étouffant et stérile, même si c’est la stratégie que la petite fille que j’étais avait choisi pour survivre. Mettons que je lui apprends désormais à utiliser le cœur pour avancer, et que la raison est appelé à son secours en cas de besoin, mais sans plus l’autoritarisme du contrôle à tout crin. Il s’agit pour moi de réaliser que la vie, dans ses aspects les plus créatifs et les plus sains, nous donne toujours les moyens de faire ce qui doit être fait pour grandir. Pour peu qu’on lui en donne l’occasion, et qu’on lui fasse suffisamment confiance pour trouver les réponses. J’ai tant lutté pour les forcer à naître, ces réponses, quand il aurait suffi de simplement écouter et observer ce qui se passait en moi… J’ignore si ce que j’écris vous parle, mais je lâche prise sur ce résultat aussi 😉 J’apprends à juste laisser advenir les événements, et à y prendre peu à peu les trésors que la vie dépose devant moi. Lâcher prise, ainsi, c’est trouver l’or dans le tas de feuilles que l’automne fait tomber de l’arbre. Et cet or pourra prendre des formes inattendues que je suis prête à accepter. 

Et puis, il faut bien l’admettre, cela demande tellement moins d’énergie de recevoir les cadeaux de la vie, plutôt que de la disperser à fureter dans tous les coins de la planète pour chercher ce qui se trouvait juste à côté… Rester immobile et prendre les cadeaux de la vie sans attendre davantage. C’est devenu ma quête. Et quand je serai prête à méditer pour les bonnes raisons, je le ferai de nouveau. Lâcher prise, c’est un moyen de permettre à la vie de circuler librement en soi. Des miracles s’accomplissent lorsqu’on accepte de jouer ce jeu là.

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