L’audace chez les femmes !

J’ai réalisé une expérience intéressante mercredi dernier, grâce à mon amie Frédérique Picard Le Bihan, fondatrice de l’association Dare Women dont, fièrement, je fais désormais partie. Elle m’a en effet proposé de parler de mon dernier livre : À vos rêves… Prêts ? Partez !, dont je viens de terminer la rédaction. Il me semble que le sujet de la réalisation des rêves est d’emblée très justifiée, mais plus encore dans ces périodes de retrait en soi, de réflexion amenées par le confinement dont nous venons de nous extraire.

J’ai donc répondu à ses questions sur Instagram (https://www.instagram.com/dare.women/) pour présenter un peu ma démarche sur l’importance de réaliser ses rêves. À un moment donné, Fred m’a posé une question sur un angle que je n’avais pas envisagé dans mon livre jusque-là : qu’en est-il de la façon dont les femmes rêvent, par rapport aux hommes ? J’ai rapidement analysé les parcours des 19 personnes que j’avais interviewées pour écrire mon livre. Et durant l’interview, j’ai remarqué que les hommes que j’avais vus pour les besoins de ma petite enquête étaient pour certains centrés sur des projets tels que la lutte contre le paludisme, la valorisation de l’entrepreneuriat social ou la permaculture… là où les femmes avaient toutes des projets plus axés sur des changements de profession. Voilà 2 jours que je réfléchis à cette différence, et j’en ai tiré plusieurs pistes de discussion.

Déjà, les femmes que j’ai rencontrées pour mon livre avaient presque toutes des enfants, tout comme environ la moitié des hommes. Mais force est de constater que, dans le cas des hommes, leurs épouses étaient celles qui, en majorité, tenaient les rênes du ménage et assuraient une bonne partie des tâches reliées à la famille. Si bien que l’énergie dégagée pour le projet de ces hommes aux projets parfois très ambitieux pouvait être consacrée pleinement à ces rêves qu’ils portaient et qui les mobilisaient énormément. Je ne peux évidemment pas généraliser, et j’ignore les détails de l’organisation de chacun au sein de la famille, mais beaucoup m’ont confié qu’ils s’appuyaient beaucoup sur leur conjointe pour mener à bien leur projet. Alors peut-on en conclure que les femmes ont cette barrière invisible que les hommes ne verraient pas, faute d’en avoir conscience ? Car c’est une certitude : une femme qui a des enfants prendra toujours cette donnée en compte, et cette dernière pèsera toujours très lourd dans les décisions qu’elle prendra. Si l’homme sait pouvoir compter sur son épouse pour la réalisation de ses projets, l’inverse est-il aussi vrai ? Cela mérite réflexion, quand on sait que le partage des tâches dans une grande partie des foyers est encore par trop inégal. Comme si la variable « logistique et enfants » allait de soi chez l’homme mais pouvait devenir une contrainte, voire un obstacle, pour une femme qui veut réaliser son rêve… Et c’est vrai que les rêves de ces hommes que j’ai rencontrés sont parfois magnifiques et ont une envergure qui inspire et permet de faire bouger les lignes, de changer le monde, ce qui fait leur grande force. Cela implique cependant que, dans la réalisation d’un rêve au sein d’une famille, il est indispensable que tout le monde adhère au projet de façon sincère pour que personne ne se sente lésé. Lorsque j’ai repris mes études pour devenir infirmière avec nos 3 enfants en bas âge, il a fallu ainsi s’organiser. Nous avions convenu avec mon mari que je continuerais à être présente les soirs de semaine et qu’il garderait les enfants le week-end pour que je puisse étudier. Et lorsqu’il s’est agi de partir en bateau, nous avons partagé de façon équitable les tâches afin que chacun s’y retrouve et que je ne sois pas la seule, par exemple, à assumer l’enseignement aux enfants alors que sur la plupart des bateaux croisés sur l’eau, c’était l’apanage exclusif de la femme…

Il y a aussi peut-être un sentiment de culpabilité, souvent présent chez les femmes et qui leur empoisonne l’existence. Coupables de vouloir se faire une vie heureuse ? Coupables… d’être des femmes ? Il me semble à moi que la place des femmes a de (presque) tous temps été conditionnée par ce confinement à un rôle de gardienne du foyer, des enfants, des tâches liées à la maison… On les tenait tranquilles, en leur promettant les pires horreurs si elles osaient sortir du giron familial, des tâches qui leur étaient assignées. Pour preuve ce temps qu’elles ont mis à en sortir, de la maison, pour aller travailler et gagner leur vie !!! On oublie que cette libération d’un joug invisible est finalement très, TRÈS récente ! Alors oui, les femmes qui travaillent sont parfois coupables : de laisser les enfants à la crèche, de ne pas faire une table parfaite avec des aliments maison chaque soir, de ne pas avoir le maquillage nickel et la mise en pli au poil ! Encore que… Beaucoup s’astreignent encore trop à cette tâche impossible qui consiste à mener tout de front jusqu’à en oublier de prendre du temps pour elles… Je le sais : je passe souvent pour une extraterrestre lorsque j’avoue imposer chaque année de partir seule pour me retrouver avec moi-même, sans mari et sans enfants. Si bien qu’à force de se faire une vie trop étroite qui ne respire presque plus à force d’être remplie à ras bord, il devient difficile (impensable ?) de concevoir qu’on pourrait vouloir réaliser des rêves… en plus du reste ! Quant à les imaginer immenses, cela devient carrément une gageure ! Alors on dirait que nous, les femmes, on se limite. Les hommes ont le vent en poupe (et ils partent faire des tours du monde, de la voile – les femmes en sont encore tellement absentes – ils montent des boîtes à l’autre bout du monde et militent pour des causes importantes, sont mille fois plus présents que les femmes pour les prix Nobel…) et ce sont eux qui refont l’histoire… quand les femmes, elles, restent encore beaucoup dans ce rôle qu’on a taillé, mais pas sur-mesure, pour elles.

Pour autant, les besoins de la femme pourraient être pris en compte moyennement deux conditions: 1) que la femme soit consciente des besoins en question et qu’elle les exprime : si le rêve qu’elle porte a un impact majeur sur la famille et qu’elle a besoin du soutien des siens pour y arriver, elle doit arriver à demander l’aide nécessaire pour mener à bien son projet (ce qui n’est pas simple pour beaucoup d’entre elles…) et 2) que ses demandes soient écoutées afin qu’un compromis équitable puisse être trouvé, dans le respect des besoins de chacun. Et s’il est vrai que les femmes ont longtemps été lésées du respect de leurs besoins, faute d’avoir eu une place au même titre que les hommes, elles n’ont pas non plus toujours su reconnaître ces derniers et trouvé le moyen de les exprimer. Il faudrait donc nous défaire des habits de victimes dans lequel nous nous enfermons parfois pour affirmer nos forces, nos envies et nos désirs. Pour endosser les vêtements de celles qui passent à l’action, qui posent des actes clairs pour changer la vie qu’elles construisent au jour le jour. Pour devenir assertives et faire connaître, de façon respectueuses et bienveillante, ce que nous, les femmes, nous portons et que nous avons envie de réaliser. Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons, sereinement, aller de l’avant et ne plus nous limiter dans les projets qui nous tiennent à cœur. Aller vers soi est un voyage, et les étapes, les jalons, ce sont nous qui les posons, pas après pas. Nous avons tout-à-fait le droit de faire cet apprentissage et de développer les outils pour y arriver. Et peu importe que l’on réalise cela à 20, 40 ou 70 ans : l’essentiel est d’apprendre à vivre en harmonie avec soi-même, qu’on soit un homme ou une femme, pour contribuer à faire du monde une place où il fait bon vivre !

 

Pour conclure, ainsi que me l’avait dit mon père un jour : La liberté ne se donne pas, elle se prend. J’ai fini par voir qu’il avait raison. Si on veut rêver grand, il faut se voir grand. Alors ma conclusion, dans tous ces parcours de rêveurs magnifiques qui m’ont tellement inspirée, c’est qu’il est temps pour nous, les femmes, de sortir de la coquille sociale qui nous garde bien sages, serrées dans une vie trop étriquée. Il est temps de nous voir beaucoup plus grandes, à l’égal de ces hommes qui pensent le monde, et de nous inspirer des femmes qui ont tracé la route avant nous. Soyons des Alexandra David Neel, des Marie Curie, des Michelle Obama, des Frida Kalho, mais aussi des Céline, des Christine, des Lisa, des Françoise… Assumons notre féminité, dont le monde a absolument besoin dans un contexte aussi compliqué et avec les défis climatiques, politiques, sociaux et humanitaires que nous connaissons ! Militons, battons-nous pour faire dans le monde cette marque proprement féminine qui apportera sa douceur, son intégrité, sa force et son assertivité au travers de ces rêves qui nous portent et dont tous, nous avons faim. Soyons audacieuses, pour nous et pour tous ceux et surtout celles que cela pourra inspirer. Car oui, réaliser ses rêves, cela a le pouvoir d’inspirer les autres ! Car se faire une vie où l’on respire, où l’on se sent bien, c’est faire rayonner une énergie vivante qui inspire autour de soi et nourrit les rêves d’autres rêveurs…

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Ces rêveurs qui nous inspirent…

Nous nous étions installés sur les fauteuils de l’immense salle. Autour de nous, près de 700 personnes réunies, endimanchées et heureuses. Nous venions célébrer les étudiants, aspirants internes, qui allaient recevoir ce soi-là leur diplôme, entourés de leurs proches. Un titre de médecin obtenu de haute lutte, après quatre années de travail acharné, de déceptions lorsque les notes n’étaient pas à la hauteur des espoirs, de nuits blanches passées à veiller sur les patients, de confrontation avec la maladie et la mort… Ben s’était assis sur le fauteuil en tissu rouge, un rien fébrile, regardant de tous côtés pour noter la présence des uns, saluer de la tête quelques autres… Autour de nous, une agitation palpable dans l’attente de cet événement qui consacre et reconnaît l’ardeur mise dans les études les plus exigeantes qui soient. Les discours arrivent enfin, laissant vite la place à ce grand ballet des étudiants qui défilent alors, un à un, sur la scène. Chacun reçoit l’écharpe et le diplôme qui célèbrent la fin de ces six années d’étude qui précèdent l’internat. On lit la fierté, l’émotion de se voir ainsi reconnu avant d’entamer ces moments délicats où il faudra appliquer et approfondir les connaissances reçues jusque là. Je regarde chacun et j’admire la ténacité, la détermination qui a poussé chacun à poursuivre malgré la difficulté de ce parcours semé d’embûches.

Le tour de Ben arrive finalement. Il se lève, nerveux, pour se diriger près de la scène. Quand son nom est prononcé, il s’élance sur l’escalier, grimpe rapidement les marches qui le conduisent vers les professeurs qui l’attendent en souriant. Et dans la foule s’élève soudain une clameur. C’est une véritable ovation qui envahit la salle, certains étudiants se mettent debout, et j’ai le cœur qui se dilate. Tous ces étudiants savent que le parcours de Ben a été marqué par une détermination sans faille durant 4 années. Chacun se souvient qu’en dépit de son âge, du fait qu’il a étudié tout en prenant soin de nos enfants et de moi, il est arrivé au but qu’il s’était fixé. Et il a tenu bon, avec le sourire et l’envie de se dépasser pour les patients, mais aussi pour ses collègues étudiants et ses professeurs. Ce soir-là, dans la salle de spectacle, je ressens cette reconnaissance des efforts accomplis au service d’une vie cohérente et qui a du sens. Ben a su inspirer de nombreux étudiants et leur a donné peut-être la preuve que réaliser ses rêves est possible si on y met le cœur et le travail nécessaires.

Après la cérémonie, Ben n’en revient toujours pas de ces témoignages d’amitié, de ces expressions admiratives qui ponctuent les conversations qu’il a avec ses collègues et leurs familles. Et moi je rends ici hommage à mon chéri, si déterminé et attentionné, et pour qui ce témoignage d’amitié et d’admiration m’a semblé largement mérité. Je souhaite aussi saluer ici ses collègues étudiants. De jeunes esprits qui fleurissent doucement et dont les interrogations, la quête de sens et l’ouverture m’impressionnent. Chaque étudiant avec lequel j’ai pu parler m’a épatée par l’intelligence avec laquelle il raisonne sur la vie et sur les autres. Des personnes brillantes qui feront des médecins attentionnés, dotés d’une approche humaine et bienveillante hors du commun. Des personnes que je vous souhaite de côtoyer, ou par qui je vous souhaite d’être soigné, et qui je l’espère nourriront pour eux des rêves ambitieux à réaliser.

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La solitude improbable du rêveur

Je suis au milieu d’un bouquin que j’écris sur les rêves. Et pour cela, je rencontre des rêveurs. Pas des gens hors du commun, bizarres ou aux parcours aberrants. Non. Des personnes comme vous et moi, et qui ont pourtant ce petit quelque chose de différent. Qui savent entretenir des projets un peu fou dans un quotidien balisé. Des gens qui ne se laissent pas pourrir par les critiques ou les avis négatifs que d’aucuns pourraient avoir sur leurs projets. Des hommes et des femmes qui suivent leurs aspirations profondes et qui foncent, sautent, risquent et se lancent. Et puis parfois ressort cette remarque chez certains. Ce sentiment de solitude par rapport aux limites de ce qu’ils peuvent partager de leur doux délire avec les autres. Il n’est en effet pas si rare que les autres ne veuillent pas entendre les histoires des personnes qui sont trop éloignées de leur trajectoire personnelle, ou les récits jubilatoires de quelques rêveurs qui réalisent ce qu’eux-mêmes peinent à seulement envisager dans leur quotidien. C’est vrai : vivre une vie différente condamne parfois à un certain degré de solitude. Je me sens proche de cette analyse, avec toutes ces parenthèses incroyables que nous avons pu vivre en famille. On peut alors partager des bons moments, des joyeusetés, des légèretés passagères, mais les vrais échanges profonds, on les garde pour ceux qui peuvent les recevoir. Comme si le terme « extra terrestre » nous collait au visage, en filigrane. Alors qu’on n’a pas l’impression, au fond, d’être si différent. On a juste envie, besoin, de vivre une vie qui ait du sens à nos yeux. Mais le cercle invisible est là, qui n’est pas souvent franchi par d’autres qui ont des vies plus conventionnelles. C’est ainsi, c’est le jeu. N’empêche que ça fait diablement plaisir de recueillir les témoignages de ces personnes que je rencontre et qui ont un courage incroyable, celui de réaliser leurs rêves au quotidien. Trop hâte de vous les présenter !

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