Le grand moment de solitude…

Comment vous dire que, parfois, les choses s’inversent drôlement dans les familles ? Il y a cette époque des couches malodorantes qu’il faut gérer, entre deux jets de lait caillé sur l’épaule et la purée de carotte qui tapisse le sol sous la table… Les mômes, ça finit par pousser, on n’a même pas besoin de les arroser, et ça prend quelques centimètres en une poignée de mois. Jusqu’au jour miraculeux où ils sont capables de vous lancer un mam… mmamma… mmamman ! La victoire est totale ! On commence par le début, ba-be-bi-bo-bu, on prononce en exagérant chaque mot, et tout sort tout emmêlé dans la bouche de choubidou, lui-même épaté par les sons qui dégoulinent de sa bouche sans qu’il sache trop bien ce qu’ils veulent dire !

Ce temps-là… il n’a qu’un temps ! Car très vite, le débit s’accélère, le vocabulaire se précise. Et un beau jour, ils vous dament le pion ! Ils vous coiffent au poteau et vous sortent des mots pleins de doubles sens, se lancent dans les calembours et vous voilà (presque) perdue, maman mais en voie d’extinction (de voix). Car arrive le temps un peu spécial où les mômes qui ânonnaient jusque-là des mots tout simples se mettent à parler un autre langage. Et vous, en tant que maman, vous voilà totalement larguée. Je ne parle même pas du verlan : celui-là, ça fait belle lurette qu’on ne se casse plus à le traduire, on a compris le principe même si ça file souvent un peu trop vite pour notre compréhension 😉

Non, je parle du langage si abscond des jeux vidéos ! Les gars se parlent entre eux du dernier truc sur Dofus, et moi je capte que dalle ! Il faut dire que ça donne des phrases un peu sidérantes comme « le perco a chopé des kamas et ça c’est IG ». Il faut savoir que AFK ça veut dire Away from keyboard, quand le personnage, il est là mais il ne joue pas. Faut le savoir. Et vous ? Avez-vous des items à vendre en HDV ? Moi je ne sais pas, j’ai pas gagné assez de kamas alors j’hésite…

Donc les gars se parlent entre eux comme ça, devant moi. Et moi, je me ses sans doute comme eux, petits, lorsque leur père et moi on se jasait en anglais pour éviter qu’ils ne comprennent ce qu’on voulait dire : « where did you hide the peanutbutter ? » Où as-tu caché le beurre de peanut ? Parce qu’avouer la cachette secrète devant les enfants, c’était se préparer à une invasion de la marmaille pour aller taper dans le pot… Et ça, ce n’était pas pensable : le beurre de peanut, c’est réservé aux PARENTS !!!

 

Sans blague, mes enfants sont sympas, ils ont décidé de m’éduquer. Il faut les voir, patients comme le pêcheur de truite devant sa ligne, m’installant devant un ordinateur. Ils me mettent un jeu vidéo pour m’initier, et ils en choisissent un (ils me connaissent) plutôt joli, esthétique, avec de chouettes musiques et des graphismes de fou ! Ils s’amusent de me voir maladroite avec la souris, sont épatés quand j’arrive à faire bouger mon personnage, et ils semblent guetter mes progrès comme j’avais l’habitude de m’extasier devant un pas debout alors qu’ils apprenaient à marcher… Tout s’inverse, je vous dis. Ils sont bienveillants avec maman qui se met aux jeux vidéo et moi je fonds d’amour pour mes immenses chéris si tendres et qui parlent décidément une drôle de langue… Paraît qu’il faut vivre avec son temps !

Le bruit de la pluie

Déjà en mai… Et l’eau tombe, tombe et tombe encore, réjouissante et généreuse… Je connais beaucoup de gens qui s’en désespèrent. Moi, à l’instar de mon petit dernier, je l’adore ! J’ai encore dans les oreilles le bruit de la pluie qui tapait sur le pont du bateau, lorsque nous habitions dans les Caraïbes et que nous recevions comme une bénédiction cette pluie qui tombait en rideau sur le paysage. Rien ne comptait plus que ces trombes d’eau qui immobilisaient le temps et l’espace. Rien ne pouvait alors se faire sans compter sur cette eau qui s’insinuait partout. On appelait les enfants, on se jetait sur toutes les brosses que contenait le bateau, et on en profitait pour nettoyer le pont, pour profiter de toute cette eau qui tombait du ciel ! J’adorais ces scènes de remue-ménage en famille !

Alors ce soir, je rentre d’une séance passionnante (comme souvent) et j’ai envie de jouer dans les flaques. Je prends Zoé avec moi (petit chien à grandes oreilles et à la démarche sautillante, même si elle n’est pas une grande fan de la pluie !) et on part sur les chemins ! Les écouteurs sur les oreilles, je ne me gêne pas et je chante à tue tête ! Pas de doute : c’est moi qui la fais tomber, cette pluie 🙂 Mais personne pour me lancer les tomates : tous les promeneurs sont rentrés chez eux, on est toutes seules Zoé et moi à profiter des gouttes qui s’abattent sans pitié sur le paysage. J’en profite pour attraper quelques vers de terre dans un mouchoir, histoire de les faire émigrer joyeusement dans mon jardin doté d’une terre pauvre comme un jour sans pain… Et je me promène sous les gouttes sans chercher à les éviter, parcourant les rigoles qui dégringolent de la pente, essuyant celles qui dégoulinent sur le visage, et riant toute seule à ce moment délicieux et gratuit, trempée comme si j’avais sauté dans la piscine, heureuse et amoureuse… Ce soir, je suis un peu Barbara…

 

Barbara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abimé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert, Paroles

 

La philosophie du non agir

J’ai une amie qui vient de perdre sa mère. Mon amie a la fin trentaine, et ce décès est survenu brutalement. Le choc a été immense. Mon amie dit que ses journées sont de plus en plus difficiles à traverser, comme si la douleur empirait au fil du temps. Alors même que l’on décrète généralement le contraire : que le temps guérit les blessures. Je lui ai proposé, pour l’apaiser un peu, de lui faire une séance d’hypnose ou de shiatsu. Elle a refusé d’un bloc. Elle m’a dit vouloir vivre pleinement ce moment, être présente à la souffrance telle qu’elle se présentait à elle à cet instant. J’avoue avoir été un peu déconcertée, sur le moment. Puis, j’ai compris.

Venant moi aussi de traverser une période tumultueuse, je saisis ce qu’elle a voulu dire. Ce désir de vouloir rester debout dans la tempête, de se laisser baigner par l’expérience que le corps, l’esprit sont en train de vivre, sans chercher à en changer un seul détail. Ce qui pourrait passer pour du masochisme est en réalité une forme de présence à ce qui est, une acceptation ultime d’un défi que la vie nous présente et nous demande de relever.

Résister à ce besoin de noyer la peine, de détourner l’énergie de la douleur vers des activités sans fin, de trouver quelqu’un à tout prix parce qu’on est célibataire… Cela donne une force et une puissance intérieure que l’on garde avec soi pour la vie d’après. Cette vie où la blessure s’est refermée, et où on sait qu’on a su la soigner dans la non réaction.

Car nous sommes si prompts à vouloir guérir vite, à panser les blessures, à regarder ailleurs quand ça fait mal. C’est un réflexe, tout ce qu’il y a de plus humain… Pour autant, en restant dans ces réponses « type », nous nous évadons de nous-mêmes. J’apprends, dans une période de vie difficile, à me poser, à rester sur mon canapé à sentir le passage du temps, à me centrer et à évaluer mes ressentis, à les regarder comme des personnages qui s’agiteraient devant mes yeux. J’arrive désormais à ne plus les voir comme étant moi, mais simplement une manifestation à laquelle je n’ai plus besoin de réagir. Je n’y arrive pas toujours, bien sûr. Mais de plus en plus souvent. C’est là, précisément, que se crée un espace. Un lieu magique de liberté mentale où je peux être le calme, la respiration intérieure, sans que les événements ou les émotions ne viennent perturber le lac que j’admire et dont l’eau est étale.

Et au quotidien, j’y trouve un lâcher-prise qui m’étonne toujours, une capacité à accueillir ce qui arrive en y réagissant de moins en moins. Car j’ai cette petite conviction que j’arriverai à faire face, et tout finira par aller parfaitement dans mon sens. Ce qui se produit, inévitablement.

Mon amie va vivre cette période, et en sortira grandie, parce qu’elle accepte la réalité qui lui a été proposée et qu’elle ne veut pas réagir à cela. Elle se laisse entraîner par le courant, sans lui résister, et j’ai la plus grande admiration pour son choix. Je tente de faire pareil, et j’y trouve une paix que je n’avais encore jamais perçue. Gageons que ce qui a été appris ne sera jamais oublié. Je vous souhaite ainsi de méditer sans y penser, en vous posant sur un canapé, sans cérémonie. Pour simplement écouter le bruit de la vie qui passe. Elle le fait toujours en silence. Il suffit de prêter l’oreille…

Collateral Beauties et autres miracles

Le beau moment, lorsque la musique du générique vient plonger dans une agréable torpeur après un bon film. Celui que j’ai en tête, c’est Collateral Beauties (Beautés Cachées). Brochette de bons acteurs, et un scénar qui tranche avec ce qui se fait généralement dans les films américains, un script avec quelques belles phrases. Ou des concepts. La mort, l’amour, le temps. Qu’ont ces 3 personnages à faire dans la vie d’une personne qui a perdu son enfant ? Tout, apparemment. Il suffit d’entendre les lettres que le père leur adresse, tout à sa colère et à son deuil. Et comment dépasser ce dernier ? Comment survivre à la douleur ? Parfois, il faut pouvoir bousculer la peine, l’obliger à quitter ses marques pour arriver à lever la tête. Parfois, il faut tout un cheminement pour aller plus loin et utiliser ce qui fait mal pour chercher la beauté. Elle se cache, et c’est bien naturel : la plupart d’entre nous ne parvient pas à la dénicher dans un quotidien trop convenu. Elle se mérite, elle demande à être cherchée, pistée dans les petites choses qui échappent à l’œil inattentif. Peut-être que cette beauté-là, c’est une capacité d’émerveillement qui est pour certains innée, pour d’autres, c’est une femme à conquérir, pour d’autres encore, c’est un combat mené de haute lutte après une grande souffrance… Mais sa découverte laisse un avant et un après. Comme si le changement était inéluctable, une fois la transformation réalisée. L’après est époustouflant, et rien ne sera plus pareil ensuite. A chacun de trouver sa façon de la dénicher… Puis d’en jouir.

Et puis une autre histoire. Celle qui se déroule dans le film The Peace Warrior, le Guerrier Pacifique. Un jeune gymnaste promis pour les jeux olympiques qui rencontre un sage déguisé en pompiste dans une station-service. Et quand sa vie explose, on suit le parcours du guerrier qui va en fait combattre… nul autre que lui-même. Il y a des films comme ça qui laissent une trace de leur passage, un peu comme les livres. Celui-là ne laisse pas indifférent. Car il reprend des thèmes importants de la vie : la réussite, le deuil, les aléas de la vie ou ce qui en a les apparences (le hasard existe-t-il vraiment ?). Le jeune homme se prépare pour les jeux olympiques, et tous ses efforts sont tournés vers ce but, jusqu’au jour où tout bascule. C’est l’histoire d’un homme qui découvre qui il est, ce qu’il veut et ce qu’il est capable de faire grâce à l’enseignement d’un pompiste sage.

Ces questionnements me parlent. Depuis que j’ai ouvert mon cabinet en hypnose et en shiatsu, des personnes arrivent, et souvent avec la même problématique. Elles ont 30, 40, 50 ans… Elles se retournent sur leur existence, et leur vient cette question, comme un boomerang : « qu’est-ce que j’ai fait de ma vie jusque-là ? ». La réponse les terrifie. Ils voient du travail, de l’action, du faire… Des relations avec d’autres, un emmêlement de liens où leur désir s’est perdu, dissout dans celui de leurs proches. Ils n’ont pas de sentiment d’accomplissement, il leur manque le sel de ce qui fait la vie, la vraie, celle que l’on respire dans le cou d’un enfant ou lors d’une randonnée en montagne.

Ces personnes sont touchantes parce que je sens en elles un désarroi presque palpable, et l’envie de trouver enfin leur propre nord, le fil des désirs qui les accompagnent et qu’ils n’ont encore jamais pris le temps, la peine d’écouter. Ou, pour certains, qu’ils n’ont même pas identifiées. Cette recherche les saisit un jour, et le malaise est trop présent, à un moment donné, pour qu’ils fassent comme s’il n’existait pas. Alors ils passent la porte du cabinet pour avoir des réponses. Et ils les trouvent, lorsqu’ils sont prêts à faire ce que j’appelle le voyage. Il est alors fascinant d’observer ce cheminement intérieur vers l’inconscient, qui leur permet de reprendre contact avec la personne qu’ils sont véritablement depuis toujours.

Je suis toujours émerveillée de voir les déclics se produire, l’inconscient s’ouvrir doucement au fil des séances, à mesure que la confiance s’installe. Ce sont chaque fois de petits miracles qui donnent alors un élan à la vie qui reste, à celle qui doit encore se définir pour les décennies à venir. Je me sens pleine de gratitude d’avoir la chance de voir ces petites naissances…

Tricots, Flingues et Bras Cassés sort en librairie !

Vous avez peut-être envie, dans ces temps troublés, de vous marrer un peu, de lâcher du lest, de suivre une histoire rigolote avec des personnages déjantés… Je vous invite à mettre la main sur mon roman Tricots, Flingues et Bras Cassés: une petite galerie de personnages truculents, une intrigue qui vous emmènera des rivages de Bretagne aux montagnes des Pyrénées, un roman pour prendre l’air et rire un coup, histoire de se laisser porter dans un univers où les méchants sont stupides et les héros ressemblent à des mamies spécialistes en arts martiaux…

Le livre sort aux Editions Du Loir le 24 février: TOUS À VOS LIBRAIRES !!!!

Se laisser être fragile…

31 décembre. Dernier jour de l’année. Peut-être le moment rêvé de se poser un peu, de réaliser le chemin parcouru durant les mois qui viennent de s’écouler. Beaucoup laissent entendre que l’année a été « pourrie », « difficile », « abominable »… Des qualificatifs désolés pour dire les moments de doute, de découragement, d’impuissance face à l’épidémie, aux contraintes financières vécues par beaucoup, à tout ce magma d’inquiétudes qui s’est déversé sur des existences jusque-là routinières… C’est un stade que je conçois, mais qu’il faut sans doute dépasser, sous peine d’échouer à lancer 2021. Le fait de rester sur le négatif confine à l’impuissance et à la stagnation, par peur. Peur de ne pas arriver à contrôler, d’échouer, peur de ne pas y arriver et de tomber, surtout.

Mon année a été riche en événement que beaucoup pourraient qualifier de négatifs. Pour autant, ma lecture en est toute différente. J’estime avoir atteint un état de bonheur rarement atteint. Une solitude heureuse qui ne doit rien à l’extérieur, et tout à un travail intérieur que j’ai réalisé au fil des moments que j’avais d’abord qualifiés de « difficiles ».

Notre quotidien sera toujours jalonné, de cette façon, d’événements qu’il nous appartiendra de voir comme des couperets ou des opportunités. Notre vision de ce qui arrive teintera la manière dont nous pourrons grandir, ou pas, au travers de ces moments proposés. Il faut aussi réaliser l’importance énorme de nos pensées, nos mots, nos anticipations et nos désirs sur la survenue des événements de notre vie. Nous appelons, par nos vœux inconscients, une bonne part de ce qui vient à nous. A nous d’être conscients de ce pouvoir, et de formuler consciemment les désirs qui nous porterons demain. C’est le jeu des vœux en ce début d’année qui arrivera dans quelques heures. Soyons précis dans nos demandes, et nourrissons l’espoir qui aidera toutes ces belles choses à fleurir sur le terreau de notre vie.

 

Une conclusion à laquelle je suis arrivée, au terme de ces mois tumultueux que je viens de vivre, c’est l’importance vitale de se rendre vulnérable. En amour, plus qu’ailleurs, il s’agit d’une attitude indispensable pour oser une vraie rencontre authentique. A mes yeux, la vulnérabilité est cette capacité à se tenir debout face à l’autre dans toute notre nudité. Cela signifie que l’on est prêt à se montrer dans toute sa vérité, les défauts comme les qualités, les zones d’ombre comme les endroits lumineux. Cela suppose de connaître déjà ce qui nous anime de l’intérieur, et d’avoir posé le doigt sur ces parties de nous qui nous plaisent moins. Ou, à défaut de les avoir visitées en profondeur, de les accepter.

Se rendre vulnérable, c’est aussi accepter de donner et de recevoir sans attentes. Donner sans attentes, c’est-à-dire sans avoir besoin d’un retour de la part de l’autre, qui choisira ce qu’il souhaite faire du présent, en toute liberté. Recevoir sans attentes, c’est être capable de tendre les mains pour que l’autre y dépose ce qu’il a à donner. Il importe alors, si on n’a pas eu l’habitude de recevoir, d’accepter la fragilité de se sentir, peut-être, redevable. Un sentiment invivable pour certains, en ce qu’il crée comme un devoir de rendre, qu’il donne à l’autre un pouvoir sur nous : celui de reprendre, ou d’utiliser ce qui est donné pour imposer ou contraindre.

En amour, savoir recevoir, c’est se montrer fragile en dépassant ce sentiment de vouloir donner en retour. Accepter le cadeau, et simplement se sentir reconnaissant. Se montrer vulnérable, c’est accepter de l’autre ce qu’il a à donner, sans savoir la forme que cela pourra prendre. Sans chercher à contrôler ce qui arrivera. Une posture d’ouverture et d’accueil qui donne à l’autre la possibilité de se déployer en toute liberté. C’est contraire à ce que beaucoup d’entre nous ont appris : le contrôle est souvent la protection ultime qui nous a été utile, petit, lorsque nous devions nous protéger, nous conformer aux demandes inconscientes qui nous étaient faites.

L’amour demande que cette armure-là tombe, et que le contrôle nous échappe pour accueillir ce qui vient de l’autre de la façon dont l’autre a besoin de le transmettre. Sans vulnérabilité, le contrôle garde la citadelle de l’ego et rien ne circule… Le contrôle empêche la fragilité et éteint l’amour aussi sûrement que l’eau étouffe la flamme. Imaginez seulement une nuit d’amour où l’un arrive nu tandis que l’autre a enfilé une armure en cuir et en métal ! Et l’ego, il a toute sa place, mais en amour, force est de constater que leur coexistence amène rarement l’abandon. Lâcher prise est indispensable pour se rendre fragile, et c’est précisément ce que l’ego fuit par-dessus tout ! La vulnérabilité en amour impose alors que l’ego soit relégué dans un tout petit espace où il ne viendra pas se mettre en travers du chemin et tenter à tout prix de faire respecter ses lois. Se rendre vulnérable, c’est accepter de rester humble…

Pour 2021, je nous invite à accueillir la vulnérabilité qui permet à l’amour de circuler librement. Certains appellent cela se mettre en position de faiblesse. Je trouve plus juste de dire en position de réceptivité. C’est une manière de s’accueillir soi, dans toutes ses dimensions, et d’accueillir ce que l’autre a à donner, quoi que ce soit. Ce n’est qu’à cette condition que l’amour pourra s’épanouir en toute liberté et l’énergie circuler. En 2021, l’amour pourrait bien prendre toute la place, et c’est sans doute ce dont le monde a besoin aujourd’hui, plus que jamais.

 

Sirsasana ou la résilience en mouvement

Il existe une posture de yoga que j’aime beaucoup. Pour le défi physique qu’elle présente, mais aussi pour la symbolique qu’elle apporte. La posture sur la tête, aussi appelée Sirsasana en sanskrit, est un pied de nez à la gravité, et on l’appelle aussi la posture de la peur. Pourquoi ? Parce qu’une fois qu’on a développé la musculature adéquate pour la réaliser, le plus grand obstacle à sa réalisation réside entre les deux oreilles ! Il s’agit de s’autoriser à monter dans cette posture délicate, et surtout… à tomber ! C’est la raison pour laquelle, lorsque je l’enseignais, j’encourageais les étudiants à apprendre à « rater » le mouvement et à tomber, sans se blesser, au sol.

Je trouve dans cette posture une très belle métaphore de ce que je vis actuellement. L’année 2020 qui s’achève m’a malmenée d’un bout à l’autre. Comme en yoga, la vie m’a poussée à regarder mon existence la tête à l’envers, m’invitant du même mouvement à rester à l’équilibre, quels que soient les événements qui viendraient se manifester. J’ai résisté, lutté, je me suis débattue, je suis passée au travers, j’ai gueulé aussi, j’ai maudit et j’ai aussi accepté. Le divorce, la maladie, le déménagement, le changement de boulot et les deuils, nombreux, l’instabilité émotionnelle et financière, les amis qui tournent le dos et ceux qui entrent dans ma vie. Tout ce bouleversement ramassé sur quelques mois m’a véritablement mis la tête à l’envers. Voici en quelques mots ce que j’ai appris au fil des jours qui ont parfois paru très, très longs…

 

J’ai appris que, peu importent les circonstances, rechercher qui je suis était la plus importante des quêtes.

J’ai appris que l’amour, et lui seul, était ce qui valait la peine d’être conquis, intégré, accepté et accueilli. Que l’amour était en moi, et que je n’avais plus à le rechercher chez les autres : il existe partout et survit à tout, pour peu qu’on sache le voir dans son omniprésence.

J’ai appris que les autres n’étaient que le reflet de qui j’étais et qu’à ce titre, je devais changer mon état intérieur pour voir les changements apparaître chez les autres. L’amour que je me porte n’est pas conditionné par ceux que je côtoie : il en est la manifestation.

J’ai appris qu’il était possible d’être heureux quelles que soient les circonstances qui s’imposaient à moi. Et qu’il ne tenait qu’à moi d’en faire des événements favorables, par ma façon de les accueillir. Car en y pensant bien, une chose arrive et ne peut être vue positivement ou négativement que si l’on se met à la juger comme telle. En l’acceptant comme elle se manifeste, je m’autorise à l’accueillir et à en faire, ultimement, une occasion de grandir et une opportunité.

J’ai appris que le manque de quelqu’un, le désir d’attirer des personnes ou d’en éloigner d’autres, n’étaient que des réactions à la peur. Si je décide de faire venir l’amour et de le cultiver en moi, il n’y a plus cette peur, pas plus que ce besoin d’attirer ou d’éloigner. J’ai cette conviction désormais que toutes les belles choses que j’anticipe pour moi-même arriveront, quoi qu’il arrive, et sans effort, dans la mesure où c’est l’amour qui guide mes actes, et non la peur. Plus besoin de me protéger ou de trépigner en attendant avec impatience que ce que je souhaite plus que tout arrive. Cela va finir par arriver.

J’ai appris que l’intention et le mouvement du cœur entraînent des manifestations incroyables, et qu’il faut impérativement prêter la plus grande attention à ce que l’on pense et ce que l’on dit. Une énergie puissante est contenue dans ces pensées et ces mots, qu’il ne faut pas prendre à la légère. Dire aux personnes que l’on aime qu’on les aime relève presque d’un devoir et d’une liberté que je m’autorise en permanence désormais. Et m’interdire de médire est un objectif indispensable.

J’ai appris qu’il est vital pour moi à présent de prendre mes rêves pour des réalités, et de ne plus laisser le moindre obstacle m’arrêter. Ma vie est décidément trop courte pour que je la passe encore à m’appesantir sur le passé, sur mes erreurs ou mes échecs, ou à vouloir des choses qui ne me correspondent pas. A chaque minute, je reste éblouie par les beautés que je perçois partout et dans toutes les personnes que je croise. Je ne veux plus me concentrer sur le négatif, mais laisser le positif éclairer le chemin.

J’ai appris que les personnes que j’aimais étaient comme des cadeaux que je déballe chaque jour avec bonheur. Et les surprises sont constamment en train d’apparaître, je m’en réjouis jour après jour.

 

Je sais que les difficultés que la vie apporte semblent parfois insurmontables. En réalité, rien de ce qui nous arrive ne dépasse notre capacité à les gérer. La vie est ainsi faite qu’elle nous permet de grandir avec des « présents » que nous pouvons choisir de juger, auxquels nous pouvons résister de toutes nos forces. Nous pouvons aussi choisir de les accueillir comme tels, et d’ouvrir nos bras à l’expérience proposée, pour devenir de meilleures personnes.

Au bout de cette longue année, j’ai un sentiment de gratitude immense pour toutes les personnes que j’ai rencontrées, toutes celles qui m’ont soutenue de manière inconditionnelles, toutes celles qui m’ont enseigné, à leur insu souvent, mais toujours avec amour. Que chacun(e) se sente remercié à la juste mesure de ce qu’il(elle) a donné, qu’il(elle) en soit conscient ou non…

 

En cette fin d’année, je vous souhaite de devenir, chacun d’entre vous, la meilleure version de vous-même. Des personnes aimantes et qui savent s’apporter à elles-mêmes l’amour dont elles ont toujours manifesté le besoin. Cet amour-là, une fois que vous l’avez manifesté pour vous, pourra rayonner bien au-delà de vous et faire de ce monde un bien plus bel endroit pour vivre…

 

Je vous laisse l’adresse d’un site (en anglais…) qui m’a bien aidée à orienter ma barque sur le flot tumultueux de cette année : https://www.iam-love.co/

J’habite avec 3 soleils depuis 20 ans…

Je les ai portés, chacun d’entre eux, avec bonheur. De les sentir dans mon ventre, c’était chaque fois une expérience à couper le souffle, dans tous les sens du terme (vu leur taille…). J’ai aimé les langer, jouer avec leurs petits pieds qui gigotaient, les embrasser dans le cou alors qu’ils étaient tout petits et qu’ils sentaient si bon… caresser la peau toute neuve et d’une douceur souple et chaude. J’ai aimé aussi les observer quand ils découvraient le monde. Petite main dans la neige, étonnement dans les yeux, juste avant la cascade de rire. Roulades dans l’herbe fraîche, main tendue vers le museau du chien ou le pelage du chat, bouche-pas-de-dents qui engouffre avec avidité le pain tout mouillé de salive. Et puis j’ai aimé quand ils se sont mis debout, sur leurs deux pattes malhabiles, pour apprendre à attraper la queue du même chien qui les reniflait truffe mouillée contre joue ronde. J’ai aimé leur courir après quand ils s’échappaient en riant pour se planquer dans les fourrés du jardin public, et les habiller en esquimaux parce qu’il faisait moins 20 dehors. J’ai aimé les enfiler en rang d’oignon sur la luge pour les amener à la garderie à trois rues de la maison, et les voir laisser les moufles traîner dans la neige pour faire des traces. J’ai aimé voir leur mine réjouie devant la neige qui tombait, et les voir soulever les feuilles d’or et de carmin pour les faire retomber en pluie à l’automne pendant nos balades en forêt. J’ai aimé ensuite les voir grandir et aller à l’école, cartable sur le dos et grand sourire aux lèvres quand ils apercevaient les copains dans l’immense cour d’école. Préparer leurs petits lunchs du midi et défaire avec eux les sacs de sport pour mettre à laver le linge sale. J’ai aimé leur préparer des crêpes, et les voir dévorer des kilos de miel qu’ils étalaient avec gourmandise sur des tartines énormes, matin après matin.

Puis est venu le temps du bateau. J’ai aimé les voir sauter du haut du cata pour apprendre à plonger, les regarder nager des heures de temps pour repérer des dollars des sables, ou construire des cabanes dans chaque île traversée, avec des branches de palmier, des noix de coco et des petits bouts de rien. J’ai aimé la fierté sur leur petit visage, quand ils étaient à la barre et qu’ils dirigeaient un bateau aussi gros d’un mouvement de main peu assuré. Les voir admirer un coucher de soleil et rire avec les copains sur le trampoline en mangeant des crèmes glacées.

Puis retour à terre. J’ai aimé les accompagner à l’école, main dans la main, et faire des randos en forêt, promener le petit chien devenu gros ensuite et après lequel il fallait courir quand il ne revenait plus. J’ai aimé sécher leurs larmes et leur faire des câlins quand les jours étaient trop lourds, ou quand ils en avaient gros sur le cœur, sans parfois savoir pourquoi. J’ai aimé les voir sortir, entourés d’amis, par la grille en fer forgé du collège. Aimé les prendre dans mes bras à chaque moment, au moment de faire la popote ou de leur souhaiter bonne nuit, pour une victoire ou une seconde de tristesse. J’ai aimé fêter avec eux leurs bons coups au collège, puis au lycée, les applaudir devant tout le monde aux remises de diplômes, et me gaver de leurs sourires quand ils gagnaient un match de tennis. J’aime me mettre sur la pointe des pieds pour embrasser les géants qu’ils sont devenus, et profiter des rayons solaires de ces sourires à fossettes dont ils ont le secret.

Aujourd’hui, ceux qui étaient des petits bouts d’hommes sont devenus des hommes tout court. Aujourd’hui, j’ai quitté leur père, mais ils sont toujours là. Debout. Et dans mes moments de peine, ils se tiennent droit. Aujourd’hui, ce sont eux qui me prennent dans leurs bras quand j’ai besoin d’un câlin, eux qui se proposent de cuisiner quand je suis fatiguée, eux encore qui pensent à me laisser à manger quand je rentre tard. Et j’aime me reposer (un peu, pas trop) sur leurs ailes déployées quand la vie est un peu pesante. J’aime les savoir solides, et fragiles tout à la fois. J’aime les voir attentifs, j’aime leur bienveillance époustouflante, leurs manières subtiles pour soulager une peine ou tendre la main. Ces enfants-là, je ne pourrai pas dire « les miens » parce qu’ils ne m’appartiendront jamais, je les aime comme au premier jour, et ne cesserai jamais de les aimer. J’aime les belles personnes qu’ils sont devenus et qu’ils ne cesseront jamais d’être. Et mes bras, je les garde ouverts pour eux, ils s’y réfugient dès qu’ils en sentent le besoin, et cela ne changera jamais.

 

Merci mes amours. Théo, Sacha, Laé. Je vous aime.

Les petites mains

Ce n’est pas le tout, d’arriver dans la grande maison qui fleure bon le feu de bois. De saluer les hôtes, toujours avenants et souriants comme un pain frais du dimanche matin. Non. Il faut sacrifier au rituel que je préfère, une fois la valise engouffrée dans la chambre. Je descends les marches de l’escalier en bois, qui fait un bruit sec à cause des semelles. Clac, clac. Petit détour à gauche. Elle a déjà presque tout préparé, comme d’habitude. Mais pas tout. Restent quelques détails, des trucs à faire à la dernière minute. Ce n’est de toute façon pas encore l’heure de manger.

Je m’installe à la petite table en demi-lune, recouverte d’une nappe en toile cirée. La cuisine qui a un mur vieux rose que j’adore, et qui est toujours si bien rangée. Où la lumière se sent comme chez elle. Je m’assois et j’attends les ordres. Qui n’en sont jamais. Ma petite tante a son menu en tête, elle connaît les étapes, et sait ce qu’il va falloir faire. C’est une artiste culinaire, qui se délecte littéralement de faire à manger et d’y mettre tout son coeur. Elle qui va jusqu’à dévorer le moindre bouquin de cuisine pour ensuite le bourrer de post-it, histoire de repérer toutes les recettes miraculeuses qu’elle aimerait tester ! Elle n’a d’ailleurs jamais assez d’invités pour faire honneur à ses ambitions gigantesques… Je me lève bien vite pour attraper l’épluche légume, un couteau, une planche. Elle y dépose quelques pommes de terre, un morceau de chorizo à découper, une tranche de citron… Commence le petit ballet : je fais les petites mains, tandis qu’elle réalise la recette. Chacune a son rôle, comme un morceau de musique bien orchestré, des notes qui se répondent. Un bouquet de coriandre à hacher dans des parfums de vert frais, un poulet à couper en fines lamelles, le tendre de quelques pommes à éplucher…

Ce que j’aime par-dessus tout, c’est ce qui flotte dans l’air tandis que nous réalisons les gestes dans le bon ordre : cette discussion sur nous, les affaires courantes, les espoirs, les trébuchements intempestifs… Ces mots qui nourrissent les nouvelles qui passent entre nous en zigzaguant. On se raconte tout en débitant une carotte ou en versant le zest de citron dans le plat fumant. Pas d’effusion, juste une petite communion qui ne dit pas son nom et nous permet de nous remettre en contact l’une de l’autre. Un moment vrai, où l’amour est palpable dans les petits gestes que nous mettons à préparer ce repas que, bientôt, nous partagerons ensemble. Les petites mains, ce sont ces moments uniques où l’on se reconnecte au travers de gestes minuscules, pour partager un instant de vie.

Merci à toi, Anne, pour ces pépites de temps passées en ta compagnie…

Sentez le vent

Sentez le vent sur le visage, déposant comme une caresse évanescente qui vous rappelle ce jour de tempête sur une côte bretonne. Ou bien posez-vous sur le sol, à plat ventre, pour contempler cette fourmi qui bouscule avec acharnement un mille pattes desséché. La coccinelle qui se réveille derrière la fenêtre fermée après une longue hibernation. Ecoutez le bruit des enfants qui crient dans la cour et font des signes de la main aux passants. Il y a une vie, en dehors de la course folle. Moi, je sens depuis des mois une vibration de liberté dans ces moments perdus pour le reste du monde, mais qui forment un enchevêtrement de mouvements éphémères et précieux… La liberté, ce serait quoi ? Partir sans savoir où aller et aller à l’aventure, comme le héros de Into the wild ? Vivre une grande histoire d’amour et se garder authentique et serein, à l’abri d’une quelconque dépendance ? Savoir regarder la fourmi et son ballet savant, quand le reste du monde s’agite autour sans voir ce miracle de persévérance ? Ou, peut-être simplement, avoir conscience de la possibilité que nous avons de réaliser ce qui nous chatouille, et le faire tranquillement, un petit rêve à la fois. Croire en soi, et arroser chaque jour la graine de l’autonomie, celle qui fait toute sa place à une vie intègre, qui ne doit rien à l’extérieur et pousse à l’ombre des regards.

Sentez le vent et laissez-vous rêver à une vie plus large, où l’avenir n’est pas envisagé comme une date sur un planning, mais comme l’inconnu qui s’offre sans promesses ni mauvais présages. Un espace ouvert sur des réponses que l’on ira chercher, sans savoir l’or qu’on y trouvera pour soi. Liberté de ne pas savoir de quoi sera faite l’année qui vient, parce qu’on se donne le choix de naviguer vers soi sans avoir décidé encore quels chemins la vie nous fera emprunter pour y arriver. Un soupçon d’imprévisible pourrait faire basculer le train train en un événement magique. Et il arrive qu’en dépit de nos efforts pour imposer un rythme stable à un quotidien tressé serré, la vie se charge de tout faire brinquebaler de toute façon ! En yoga, la posture sur la tête est une manière de s’entraîner à rester droit même quand on a la tête en bas… Droit quand la vie bouscule tout autour de soi. Elle qui sait si bien, à sa manière, nous aider à chercher notre liberté dans les grands bouleversements qu’elle impose parfois. Un confinement, et ça repart…