Escale à St Martin, Lam à sec

Piscine à la marina de Samana…

GPS 18.0731 -63.0822

St Martin. Escale technique pas drôle. La traversée jusqu’ici s’est vraiment bien passée et nous avons débarqué ici dans la nuit de dimanche à lundi. Depuis, Lam s’est fait sortir de l’eau mardi matin pour que l’on puisse nettoyer la coque. Nous avons choisi de faire poser du copper coat, un procédé qui permet de ne plus avoir à passer d’antifouling tous les ans, ça dure en moyenne une dizaine d’année, et c’est super écolo. Plus cher que l’antifouling, mais très efficace et durable. Résultat, le travail à faire est plus long et important, on va être cloués ici une bonne semaine. Pour ceux qui s’imaginent que nous vivons en permanence comme la famille de la Maison Ricoré, voilà qui montre que l’on a aussi des moments moins drôles sur le bateau. De toute façon, règle générale, je pourrais bien sûr vous décrire par le menu tous les obstacles et les trucs moins reluisants de notre vie sur le bateau, mais j’ai dans l’idée que ce genre d’anecdote fait déjà partie intégrante du quotidien de chacun, alors je préfère me concentrer sur ce qui sort plus de l’ordinaire!

Il reste que la vie sur le ‘chantier’ est assez haute en couleur ! L’endroit a été acheté il y a des années de cela par L., propriétaire anglais, au visage rougi par le soleil (difficile de bronzer quand on a des racines britanniques) et qui, grutier de son état, a monté cette affaire pour sortir les bateaux de l’eau. Sur place, quelques entrepreneurs ont ouvert leur échoppe, et les voileux en quête de gars compétents pour faire des réparations ad hoc sont servis ici ! C’est un bordel indescriptible, ce coin là. Des dizaines de bateaux montés sur des échasses de bois et qui se côtoient, en compagnons de fortune qui attendent d’être poncés, frottés, électrifiés, soudés… Joli souk peuplé de câbles qui courrent partout sur le sol, de tuyaux d’arrosage fuyants, d’échelles et de débris couvrant la pelouse maigrichonne qui parvient à grand peine à survivre dans ce dépotoir !

Pour autant, l’ambiance est bon enfant. Bien sûr, il y a une impressionnante collection de bouteilles de bières qui s’entassent par centaines dans d’énormes bacs en plastique, éventrés pour certains par le poids de l’ensemble. À croire que chaque voileux se prend pour le petit poucet et souhaite qu’on le retrouve dans tout ce raffût, à coup de bouteille verte… Les gars s’apostrophent, tout le monde se connaît, chacun porte une tenue décontractée, voire franchement dégueulasse, en fonction du travail en cours sur le bateau. On se prête les outils, on négocie les prix, la grue se déplace dans ce bazar avec une grâce de danseuse du ventre. Sous l’auvent de la petite maison bleue et blanche qui sert de réception, on se rassemble, qui pour boire une bière, qui pour consulter internet, ou encore pour placotter sur l’avancée des derniers travaux. Et partout, des chiens, bâtards qui promènent leur museau dans tous les recoins, boivent dans n’importe quelle bassine contenant de l’eau – salubre ou non ! – et qui se font flatter à l’envie par mes 3 crapauds en manque d’animaux. Lam est au bord de l’eau, coincée entre un troller grande classe qui se fait refaire une beauté par son propriétaire, anglophone distingué qui nous prodigue à l’envie quelques conseils sur les choses à faire sur Lam, les spécialistes à consulter et les bévues à éviter. De l’autre côté, un vieux, très vieux monoque un peu ventru et qui devait déjà être à flot à l’époque de la guerre de 14 ! Celui-là ne reverra probablement jamais la mer, troué dans ses fonds de culotte sous marines et couvert de bâches et de trucs récupérés au fil des ans par son adorable propriétaire, B, charmant jeune homme dont l’âge doit approcher des soixante dix ans. Il a une coupe un peu négligée qui me rappelle notre Dutronc national, est d’une maigritude impressionnante que cachent mal ses vêtements vieillots et mal entretenus. B. habite ici, c’est son quartier, ce chantier. Il vit avec sa chatte, petite bête amicale et câline qui s’accommode bien des caresses que nous lui prodiguons. Son maître écoute sa radio, se promène à droite à gauche, fume sans arrêt et boit sans trop de problème ses bières, à la mode du coin. Peut-être bien qu’ici, les gens reçoivent des subventions des compagnies de bières locales 😉 Bref, malgré les toilettes à 5 mn de marche de Lam, malgré le bruit permanent et la chaleur lourde, malgré le fait qu’on ne peut plus se servir des éviers du bateau et qu’il faille utiliser une échelle et manquer de se rompre le cou à chaque fois qu’on a besoin de descendre du bateau, cet endroit est franchement sympathique !

Il y a quelques jours, cependant, mauvaise surprise à St Martin. Nous étions ancrés dans la baie de Marigot, avant de sortir Lam de l’eau. Nous avions passé une partie de la journée à terre pour faire des courses. En revenant à bord, grands signes de la part du bateau d’à côté. Les occupants nous expliquent que, plus tôt dans la journée, des gamins sont venus sur Lam avec des jets ski. Ils cherchaient apparemment une fenêtre ouverte pour s’introduire à l’intérieur et piquer tout ce qu’ils pouvaient… Heureusement, le propriétaire du bateau d’à côté a débarqué avec une chaîne dans les mains pour leur faire peur, les a pris en photo au cas où il y aurait eu vol et les a menacés d’appeler la police… Les gamins ont eu une drôle de trouille et ont décampé vite fait. Mais l’épisode est vraiment refroidissant… Surtout, je m’interroge… Dans des îles très pauvres comme la Dominique ou la République Dominicaine, la misère est manifeste, mais on voit partout des gens créatifs qui se prennent en main et se démènent pour se trouver du job. Surtout, l’ambiance est chaleureuse, les gens accueillants. Il reste que dans ces petites îles modestes, pas besoin d’attacher ne serait-ce que son dinghy, ou de fermer ses fenêtres quand on quitte le bateau. Tandis qu’ici, un endroit nettement plus riche et favorisé économiquement, les larcins sont monnaie courante. Là où les touristes se rassemblent, la contrepartie semble être cette détestable pratique qui, personnellement, me révolte. Ça pose de singulières questions sur ce qu’apporte le tourisme, sur les effets pervers du système de subventions de pays comme les anciennes colonies françaises, et sur l’oisiveté de la jeunesse… Un gars du chantier m’explique, un peu désabusé, que ces jeunes sont régulièrement pris sur le fait par la police du coin. Un gamin de 16 ans a ainsi récemment été envoyé en Guadeloupe pour vols et agressions pour être placé en préventive, mais a été relâché là-bas, faute de place dans la prison locale. Résultat, il s’est débrouillé pour rentrer à St Martin et a recommencé ses délits aussi sec… Triste boulot pour quelqu’un d’aussi jeune… Et c’est sans compter le traffic de drogue qui est devenu un sport national dans certains milieux et dans la plupart des îles. On a beau savoir que ça existe, c’est tout de même affligeant de constater une fois de plus la toute puissance du fric et des valeurs qui s’effritent aussi vite que la roche calcaire sur les côtes de Normandie…

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