Le bateau, ou quand le temps des enfants prend de l’expansion… et s’envoile

Voilà. Il y a quelques jours, nous avons laissé partir l’équipage de Sonadio, Jean-Noël et Fred, avec Margaux. Bien tristes de les voir s’en aller, même si la nouvelle vie qui les attend à Istambul va être un magnifique défi à relever, après un tour de l’Atlantique. On a incontestablement ‘cliqué’ avec ce beau couple, et on a passé les quelques heures que nous avions ensemble à deviser de tout et de rien sans arriver à s’arrêter, au grand dam des enfants qui dormaient à moitié sur la banquette du resto… Fred et moi étions d’accord pour dire que le trésor que nous avons toutes les deux trouvé au milieu des vagues, c’était incontestablement ce temps immaculé que l’on avait soudain avec nos enfants. D’ailleurs, d’autres mamans sur d’autres bateaux relèvent cette même bonne fortune… de mer ! Car le temps s’écoule différemment sur l’eau. Déjà, privilège immense, en tant que parent, on a jamais l’occasion – hormis en vacances, et encore – de passer des journées entières avec nos enfants. L’école mange des quantités effrayantes de moments, d’expériences et de rires qui ne passeront jamais devant nos yeux de géniteurs. Force est de constater que les petits lardons qui s’ébattent dans la ruelle les soirs d’été, on ne les connaît pas si bien… On ne sait pas grand chose de leurs batailles secrètes, de leurs rêves, des difficultés trop petites pour faire des vagues, mais si lourdes à leur cœur et qu’ils hésitent parfois à partager… On les retrouve un soir en larmes, et on ne sait pas toujours écouter ce qui les anime ou les révolte. On fonctionne sur des habitudes, on tourne les coins ronds pour aller plus vite, et on décide de faire à leur place ce qu’ils mettraient de toute façon des heures à faire moins bien que nous. Ces minuscules vérités nous révoltent, et pourtant on se sent impuissant à fonctionner différemment. Pas toujours, heureusement, mais il est dans ces quotidiens de vie terrestre des poches de temps qu’on ne rejoindra pas. Il se trouve qu’en mer, ce ne sont plus des poches, mais des océans entiers dont on profite. Le regard de nos mômes se modifie. Le nôtre aussi. C’est une fenêtre qui s’ouvre, différente, sur une vie enfantine qui s’étiolait sous notre regard peu attentif. Les voilà, ces marmousets qu’on peinait à comprendre. Là, on vit dans le même bateau, et rien ne passe inaperçu. Ce qui a aussi ses côtés insupportables : moins facile de mettre les voiles quand l’orage se pointe, il faut faire face ! Mais que dire de ces repas désormais que nous occupons, plus souvent, devant des documentaires ! Car avant, le peu de temps passé en famille excluait les séquences vidéo pour que l’on puisse se parler à table. Maintenant qu’on a plus de temps de flâner à table, nous profitons aussi de l’occasion pour exploiter les découvertes inopinées de mes parents, qui nous ont envoyé un petit jeu exceptionnel : Brin de jasette. Le principe est tout bête : chaque personne de la famille tire un dé et, en fonction de la couleur obtenue, pioche une carte dans un des 4 paquets du jeu. Sur chaque carte, 4 questions, en choisir une, et chacun apporte sa petite réponse. Parmi les questions, quelques exemples sympas : « Si tu avais le choix, à quoi ressembleraient les villes ? Quel est ton meilleur souvenir de camp de vacances ? Et le pire ? Si tu pouvais changer quelque chose dans le monde, qu’est ce que ce serait ? » etc. C’est extraordinaire ce que ce jeu peut permettre d’en apprendre sur les enfants, et de partager aussi avec eux ce que nous sommes, nous les parents. Ils rient de nos souvenirs et de nos mauvais coups, on sourit de leurs visions rêvées d’une maison dans les arbres ou de leurs plus belles fiertés. Vraiment, ce jeu nous épate et nous a conquis. Mais voyager sur la mer, c’est faire avec eux l’apprentissage qu’est le fait de grandir. J’en ai pour preuve la séance d’avant hier. Théo, après une journée un peu fatiguante, a pris la mouche pour une broutille. Il est entré dans une colère disproportionnée, que l’on a attribuée à ce manque de maîtrise tout neuf qu’on peut parfois, à cette âge là, mettre sur le compte des hormones ! Eh bien pour le calmer, nous lui avons ordonné de faire 3 tours du bateau à la nage, ainsi qu’à son petit frère, impliqué dans la dispute lui aussi. Le petit, ravi, saute à l’eau tout nu et nage hardiment en riant (tu parles d’une punition !). Quant au plus grand, il hurle tout en nageant et vocifère tant qu’il peut en exposant ses griefs à tous vents (les bateaux alentours s’en souviennent !). Du coup, insolence et insultes aidant, il écope de 7 tours de bateau ! Il en fera 2 de plus, de son propre chef, pour se calmer lui-même. Et pour faire bonne mesure et soutenir l’effort collectif, le pater familias (toujours soucieux de faire la culture musicale de sa progéniture !) met ACDC à fond les ballons (Hell’s Bells), quand ce n’est pas les Pink Floyds (Another Brick in the Wall), Adèle ou encore d’autres trucs de survoltés ! Après ça, il est plus calme, s’excuse, sourit, et acceptera même de faire 2-3 postures de yoga pour faire sortir le restant de colère. Il est fier de s’être calmé tout seul, de s’être sorti de ce mauvais pas, et d’avoir trouvé un moyen d’évacuer les tensions. Aurions-nous pris le temps de gérer une telle crise de cette façon, à terre ? Pas sûr. La course à pied aurait marché, ceci dit, mais en ville, pas évident de laisser le marmouset partir tout seul sur des km à la nuit tombante. Et puis, forts de ce résultat miraculeux, nous avons décidé, puisque nous sommes dans notre mouillage préféré de Sainte Anne, de faire des promenades quotidiennes en nageant une demi heure-1h par jour avec les enfants. Les enfants ont drôlement intégré les techniques de nage et sont de vrais poissons. Laé s’est mis à la brasse coulée et est vraiment efficace, quand ses deux frères font un crawl convaincant. Ils se défoulent, et on remplit mieux les conditions du S dans le RDS3 : Respect, Discipline, Sport, Sécurité, Solidarité, notre slogan depuis le début de ce tour du monde. En évoquant ces moments différents en mer, je ne suis pas surprise de la réaction de mes copines sur le point de rentrer en métropole et d’enfiler de nouveau les souliers de terriennes qui étaient les leur avant le tour en bateau. Car toutes, sans exception, redoutent de retrouver ce rythme qui rend plus difficile les moments en famille. Ceci dit, certaines prennent le parti de réorganiser leur vie pour faire plus de place à ces temps précieux, et rien que pour cela, voyager en mer aura valu la peine !

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2 réflexions au sujet de « Le bateau, ou quand le temps des enfants prend de l’expansion… et s’envoile »

  1. Hi! I am glad things are going good with you and the family! Always interesting to read the adventures and escapades !!!!! Keep the entries coming!
    Susan from Montreal

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