La nuit où Murphy se déchaîna à Bequia

Bateaux au repos sur le versant sud de Mayreau

Petite note: les photos sont à jour dans Picasa, vous les retrouverez en cliquant sur le lien dans l’onglet “Photos/vidéos”

La soirée avait déjà mal commencé. Ben et moi nous étions installés devant Kill Bill, que je regardais pour la première fois. Et au bout d’une demi-heure de cette boucherie sanguinolente, j’ai crié grâce… Car je ne trippe pas sur les scènes où l’héroïne tue d’un énorme coutelas dans le sternum une jeune maman devant sa fille de 4 ans… Même si, je sais, cette maman… Bref, on est passé à un autre film, très chiant, et le troisième qu’on a essayé, il s’est arrêté au bout de 20mn parce que fin du fichier… Grrrr. Quand enfin on s’est décidé, parce qu’on a beaucoup de ténacité Ben et moi, à mettre un film cucul pour sauver l’honneur, c’est là que c’est arrivé.

Il faut dire que nous sommes à Béquia, où nous nous réfugions pour échapper aux restes de la tempête Isaac, passée au large des côtes martiniquaises, et qui s’est transformée en ouragan un peu plus au nord. En conséquence de quoi, nous avons eu droit depuis hier à des vents tranquilles de 10-12 nœuds, et des pointes très violentes à 25-30 nœuds. Le tout s’enchaînant en quelques secondes, ce qui est assez inhabituel et intense. Donc, nous sommes devant notre film, Lam amarré à une bouée louée la veille, la vie est belle. Sauf que, dans un coup de vent soudain, on sent comme une vibration brusque dans le bateau. On se lève d’un coup, et on observe un bateau qui passe à côté de nous dans la nuit. Finalement, après vérification, c’est nous qui bougeons ! Ça me rappelle vaguement la théorie d’Einstein sur la relativité… Bref, nous bougeons parce que notre foutue bouée (qui doit bien avoir 40 ans d’âge mais qui, contrairement au vin, ne s’est pas bonifiée pendant tout ce temps !) s’est détachée. Et nous dérivons gentiment dans une baie où mouillent des bateaux un peu partout… Une chance, vu que nous traînons le bloc de béton auquel est attaché la bouée, nous allons moins vite. Mais nous nous débarrassons du poids mort et mettons les moteurs pour se trouver un autre ancrage. Théo, qui avait choisi pour la première fois de dormir dans le carré (il s’était fabriqué une cabane), vient nous filer un coup de main pour les manœuvres, en bon mousse dévoué qu’il est. Nous repérons un endroit pas mal tranquille et libre de bateaux au milieu de la baie, on envoie l’ancre, tout va bien. Au moment de se recoucher, on fait deux découvertes. La première, c’est que notre somnambule attitré, j’ai nommé Laé, a encore frappé. Selon une vieille habitude, il s’est levé, a monté les escaliers pour rejoindre le carré, et a pissé par terre, tranquillement. Ça lui arrive encore, de temps en temps. C’est pour ça qu’on ferme la porte du bateau la nuit, des fois qu’il aurait envie de sauter à l’eau en cherchant les toilettes… Donc j’aperçois sur le sol une jolie flaque bien étendue, je tire mes conclusions et je nettoie… Juste après, nous faisons un dernier tour sur le pont pour vérifier que tout va bien, et je note la présence proche d’une petite bouée près de la coque. Je compte mentalement : « impact dans 3, 2, 1 seconde… » et boum. La bouée tape doucement la coque. En soit, rien de terrible. Sauf que. Sauf qu’une bouée qui tape une coque fait un peu l’effet du supplice de la goutte d’eau sur le front. Quoi qu’il arrive, ça finit par rendre fou. Alors on décide d’aller s’ancrer ailleurs, tant qu’on y est. Remonte l’ancre, Théo un peu amusé, un peu désabusé. Sauf que. Sauf qu’en remontant la chaîne, je sens une méchante résistance. Et en fait, rafale de vent oblige, la tension est telle sur la chaîne que celle-ci se met à vibrer… Je regarde avec ma lampe frontale ce qui se passe et c’est le bouquet ! Notre ancre est prise dans une énorme chaîne venue d’on ne sait où et accrochée à Dieu sait quoi ! Le vent est si violent qu’il faut abandonner l’idée de la dégager, et Théo commence à avoir la trouille que le guindeau ne s’arrache (c’est le système qui permet de descendre l’ancre). On remet la chaîne, et on observe de nouveau si tout est beau. Tout ne l’est pas : de nouveau, notre amie la bouée, toujours aussi prévenante et sympathique, est à deux mètres de nous. On s’est réancrés exactement à la même distance de la foutue bouée !!! Alors là Ben, exaspéré, fait une tentative de dernier recours. Il prend un couteau de pêche et, sans remords, décapite la bouée d’un coup sec. De toute façon, le bout était tellement dégueu et abîmé qu’il n’aurait pas manqué de rompre un jour de gros temps, son heure était venue… On a donc regardé la fin du film cucul, qui s’est avéré encore pire que ce que l’on pensait, et puis on a plongé dans un demi-sommeil pas très reposant. Ce matin, Ben part à la chasse à la chaîne pour dégager notre ancre. Petit bain matinal. Au final, on changera encore deux fois de bouée pour se trouver une place bien solide ! Mais après étude de notre ex-bouée si peu fiable, il s’avère que celle-ci était seulement accrochée à … une ancre ! De mauvaise qualité, et en plus tordue dernièrement par la force des vents qui nous ont fait faire des 360 degrés depuis 24h… Pas étonnant qu’on ait dérapé de 200m la nuit dernière… Ce soir, on se couche tôt !

 

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3 réflexions au sujet de « La nuit où Murphy se déchaîna à Bequia »

  1. Le principale est que rien de grave ne soit arrivé et que tout l’équipage se porte bien.

  2. bonjour a tous! bravo a vous tous!!
    comment reglez vous le probleme energie?

  3. Bonjour,
    nous avons des panneaux solaires et une eolienne.
    Le tout nous permet d’etre autonome presque tout le temps, y compris de de faire fonctionner le dessalinisateur sans demarrer le moteur, ce qui est vraiment genial.

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