Réalités méconnues sur la vie en mer…

Pour commencer, je vous annonce que nous allons partir, samedi probablement, pour quelques semaines aux Grenadines. Je serais vraiment heureuse de lire vos commentaires pendant la traversée. Toutes ces questions que vous vous posez en lisant le blog, des remarques sur notre façon de vivre, et tout ce que vous suggère la lecture de nos aventures. Alors n’hésitez pas, cela nous fait vraiment plaisir !

 

Ensuite, j’avais envie de mettre le doigt sur quelques aspects de la vie en mer qui sont largement méconnus des terriens, qui s’imaginent parfois que tout y est rose… et bleu ! Je me dis que ce post pourrait rendre nos aventures un peu plus réalistes, même si certains événements a priori négatifs en deviennent parfois cocasses !

Pour commencer, un petit coup de gueule par rapport à la façon dont nous avons vu évoluer les Caraïbes depuis janvier 2011 (date de nos premiers pas sur cette terre chaleureuse). Au départ, même si certains mouillages étaient surchargés en raison de la saison haute, on pouvait cependant s’ancrer sans trop de problèmes un peu partout. Puis, quelques mois plus tard, nous avions vu avec surprise l’archipel des Saintes se couvrir de bouées blanches aussi peu pratiques qu’esthétiques… Le principe est très simple : quadriller ainsi tous les mouillages qui auparavant accueillaient les bateaux qui venaient s’ancrer en toute quiétude les oblige désormais à payer. À l’arrivée, un bateau circule donc pour récupérer une somme variable qui dépend de la taille du bateau et de la saison. Et compte tenu du nombre élevé de bouées dans chaque mouillage, envisager de s’ancrer tient de l’illusion. On se sent donc pris en otage, et contraint de payer pour accéder à des sites auparavant gratuits… Quand on sait que l’arrivée dans un pays coûte déjà des droits de douane, on a là un moyen de sérieusement gréver un budget déjà limité faute de revenus !

Et cette année, le processus se poursuit !!! Aux Grenadines, la charmante et convoitée île de Mayreau, qui offre un petit mouillage adorable dans une baie abritée, a elle aussi reçu son content de bouées que les boat boys locaux vous poussent (de façon parfois assez agressive) à prendre. Dernière nouvelle (qui date de la semaine dernière) : un mouillage que l’on adorait en Martinique, la grande Anse d’Arlet, ainsi que la petite anse du bourg, viennent aussi de se doter de ce système ! Et ils ont même interdit le mouillage sauvage ! Nous sommes très en colère en raison de ces changements qui prennent les navigateurs en otage pour pouvoir mieux taxer les touristes qui passent quelques jours sur un bateau pour visiter le coin. Nous devenons des porte-monnaie flottants, ce qui rend la voile moins accessible et enlève au  voyage certains de ses intérêts. Car s’il faut débourser chaque nuit 15 euros pour dormir, faites le calcul, ça change franchement un budget de voyage ! Surtout, ça dénote un changement d’attitude de la part des villages, qui considèrent l’apport de devises de la part des touristes, quitte à s’aliéner les familles qui naviguent à l’année longue et dont le terrain de jeu se réduit à la vitesse d’un iceberg fondant sous le soleil du dégel… Alors nous le disons haut et fort : nous sommes résolument CONTRE cette prise d’otage qui dénature des sites splendides et contribue à faire des voyages en voile des trips de capitalistes qui s’opposent aux objectifs de simplicité compatibles avec notre philosophie !  Il reste que la présence de bouées se justifie cependant lorsqu’il s’agit de préserver les fonds marins, comme aux Tobagos Cayes. Cela n’est malheurement le cas d’aucun des sites mentionnés plus haut… De plus, comme nous l’avons testé à Bequia, la qualité des bouées fournies peut laisser franchement à désirer, voire carrément à remettre en question la sécurité des plaisanciers lorsqu’elles ne résistent pas à de grosses rafales de vent et font dériver le bateau.

 

Un autre revers de la médaille bleue : le quotidien pénible. Ou la vraie vie à bord, quand il faut se taper les tâches ingrates dont on ne parle pas souvent ! Cela pourrait être ainsi la description d’une journée type au mouillage, quand il faut faire cette escale technique incontournable qu’on projette de faire depuis des semaines. Un mot d’ordre : efficacité ! Et à ce titre, pas le temps de pavoiser, mais en revanche l’obligation d’être super organisé…

D’abord, c’est jour de grand ménage sur Lam. Ce qui impose un passage à la marina, pour l’accès à l’eau courante. On attend à l’entrée, histoire que quelqu’un nous prenne en pitié et nous attribue une place. On y arrive, tout l’équipage est mobilisé pour faire rentrer notre cata dans une place qui accueillerait plus volontiers un petit monocoque de 30 pieds… Mais on y est, on branche le tuyau d’arrosage au quai et… celui-ci explose ! L’eau de la marina arrive en effet avec une telle pression que notre pauvre tuyau en est tout meurtri ! Il faut donc remettre le tout en place avec force bricolage… On en est encore au début de la journée, qui va être longue, et déjà Murphy pointe le bout du nez ! Attribution des tâches aux marmots, exploités pour l’occasion (oui, je sais, on pourrait bien nous dénoncer à Enfance Maltraitée, mais on assume…). Chacun dispose donc, qui d’une éponge, qui d’un aspirateur ou encore d’un essuie tout pour nettoyer les salles de bain, les murs du bateau ou le sol.

Ensuite, on passe à la coque. Après une traversée, le pont de Lam est recouvert d’une couche un peu visqueuse de sel et d’eau… Les vitres sont d’une saleté salée et repoussante, il faut rincer tout cela. Bassine et produit, on s’active avec la brosse pour nettoyer chaque recoin du pont, puis le roof (toit au dessus du cockpit) et les jupes (marches de chaque côté de l’arrière de Lam). Un boulot physique, qui doit se faire à deux, puisqu’on en a un qui brosse quand l’autre rince… On peut ensuite terminer la séance en remplissant les réservoirs d’eau, 600 litres à faire rentrer par le petit tuyau d’arrosage qui a manqué de passer l’arme à gauche quelques heures plus tôt !

 

Ensuite, on s’active. Car c’est aussi journée lessive, alors chacun a l’obligation d’enlever tous les draps de son lit, taies d’oreiller, etc. On fait des tas, on trie les vêtements sales, et le tout d’être soigneusement bourré dans des sacs Ikéa qui seront ensuite empilés sur le diable que l’on utilise pour les charges lourdes. En ce qui nous concerne, ces grosses lessives représentent un total d’environ 40 à 45 kilos… La tâche peut facilement prendre la matinée si l’on ne dispose que d’une petite machine à laver ! Et je ne parle pas du séchage en machine, souvent préféré au séchage naturel qui est plus aléatoire en fonction du temps. Et il y a toujours le risque de voir le linge s’envoler les jours de grand vent…

 

Autre tâche à prévoir pour ce jour charmant : la course aux shipchandler. Il s’agit là d’acquérir des outils, des embouts, des filtres et autres bébelles en inox qui ne manquent pas de se casser ou de sauter à l’eau (c’est très caractériel, ces bibittes là !) quand on vit en mer ! Et Ben de partir à la chasse avec son attirail d’Indiana Jones, prêt à négocier les marches sous un soleil de plomb et à faire deux-trois magasins (tous naturellement éloignés d’un ou deux km) pour trouver la pièce unique et irremplaçable… Et le bricolage est une activité quasi permanente sur un bateau, tout se casse vite en mer, et l’usure est l’activité favorite des petites pièces qu’il faut alors remplacer…

 

L’avitaillement est aussi une grosse tâche très gourmande en temps et en énergie. La liste des courses est bien sûr longue comme le bras : on va tenter de faire un ravitaillement grand modèle, dans le genre de ceux que pratiquaient les gens en prévision d’une guerre… Car on ne sait jamais, quand on voyage, si l’on va pouvoir trouver la boîte de cornichons Maille ou les boîtes de cassoulet à la prochaine escale ! Bref, on s’équipe de tout le nécessaire : cadie, diable (s’il n’est pas encore à la lingerie !) et autres sacs en tout genre qui serviront à transporter les courses. On part, et c’est la chasse aux denrées dans toutes les allées du supermarché, avec comparaison des prix (quand on achète 18 litres de lait, on a pas envie de payer 3 euros pour une brique !) et étude comparative des mérites de chaque produit nettoyant (qui doivent être écologiques si possible). Puis c’est la queue à la caisse avec un chariot rempli à ras bord de toutes les provisions, on remet tout dans la multitude de sacs que nous trimballons, et, le meilleur pour la fin : il faut revenir à la marina ! Là aussi, joyeuse activité en perspective, puisqu’il faut parcourir des centaines de mètres dans une chaleur de sauna pour rejoindre Lam, sachant que le trajet devient une vraie rigolade quand en plus il faut gravir des côtes… Cela dit, un excellent moyen de perdre quelques kilos disgracieux, accompagné de dizaines de litres de sueur.

 

Et pour finir, un autre moment qui peut avoir ses petits côtés tannants, c’est la séance de devoirs avec les affreux. Quand le programme est relax (exercices faciles) ou que les enfants et les parents sont de bonne constitution, c’est le bonheur. Ça roule et ça va vite, bien et on y trouve rien à redire. Mais il y a aussi les journées où cette mécanique bien huilée s’enraye. On s’est levé du mauvais pied, il fait gris, les enfants sont des piles électriques ou vous accusent d’être de véritables tortionnaires qui les empêchent de passer leur vie à jouer dans l’eau… Tout est bon pour faire de cette journée un enfer ! Mais on commence : chacun se fait expliquer les exercices à faire, la leçon du jour à apprendre, et en route. Au bout de 3 minutes (chrono en main), Sacha déclare qu’il n’a rien compris, Laé m’explique qu’il n’a pas envie de travailler, et Théo vient d’écrire un texte qui contient déjà 9 mots et… 13 fautes ! Ensuite, tout s’enchaîne joliment à la manière d’une valse de Chopin : chaque enfant se fait expliquer ce qu’il n’a pas compris, corrige les erreurs, se fait remotiver, et le premier repose une question, le deuxième pousse des cris de découragement (« j’veux pas travailler, j’en ai marre ! »), le troisième vous appelle à grands cris (« maman, ça veut dire quoi intempérie ?! »)… C’est donc un jeu de chaises musicales où vous passez votre temps à intervenir à droite à gauche sans pouvoir vraiment vous asseoir deux minutes. Oubliée, la séance d’écriture qui devait avancer ce matin ! Je m’arrête généralement au moment où j’ai envie d’en balancer un à la flotte, ou alors je me fais un thé en attendant que ça se passe… Surtout, je me retiens de hurler sur le môme à qui on vient de passer 10 bonnes minutes à expliquer la différence entre un passé simple et un passé composé et qui vous demande benoîtement : « maman, « j’ai gagné », c’est du passé simple, n’est-ce pas?? ». Non, décidément, le métier d’enseignant n’est pas de tout repos, et demande de la préparation et motivation à l’épreuve des balles du quotidien… En passant, chapeau à tous les enseignants qui liront ce blog, on est admiratif  de tant de dévouement !

 

Bon, tout ces passionnantes tâches peuvent s’effectuer dans la journée, à condition d’éviter de s’arrêter pour manger, boire ou papoter (un défi de taille XXL pour le capitaine). Nous avons aussi la chance d’avoir des enfants qui sont de plus en plus autonomes et peuvent effectuer leurs séances de devoir quand Ben et moi courrons à droite (lingerie, course) à gauche (shipchandler, spécialiste de l’électronique marine et des pompes à frigo) pour venir à bout de notre liste longue comme un jour sans pain ! Le tout sans voiture et sous 40 degrés sans vent. Mais ce joli programme peut aussi bien être tassé sur le côté, pour peu que, comme cela nous est arrivé récemment, que les toilettes des enfants se bouchent. Cela signifiera alors un après-midi passé dans des odeurs plus que douteuses, à devoir démonter entièrement une pompe manuelle bloquée par on-ne-vous-dira-pas-quoi.

 

Bref, la voile est un sport merveilleux, et vivre sur l’eau a ses moments bénis. Mais tout se paie, et en attendant qu’on gagne au loto de quoi éviter toutes ces tâches pénibles qui changent le visage de la vie en mer, on doit s’y coller ! De toute façon, compte tenu de mon précédent post sur la pleine conscience, nous nous employons activement à faire de ces ‘daily hassles’ des moments de paix et des occasions de travailler sur notre éveil prochain ! Et puis il faut avouer que quand Murphy se déchaîne de façon un peu trop énorme, on a aussi des fous rire bien agréables !

 

 

 

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2 réflexions au sujet de « Réalités méconnues sur la vie en mer… »

  1. NON à la prolifération des bouées payantes sur les sites de mouillage. Bien d’accord. Si encore on ne parlait que d’un forfait symbolique mais là, au prix annoncé, c’est rédhibitoire et il ne s’agit plus de préserver l’environnement mais de faire du bizness. Ya pu de respect ma pov’dam.
    Tout cela ne peut que nourrir l’appel de latitudes moins touristiques !!
    Bises à tous et rassurez-vous, l’envers du décor à terre n’est guère plus ragoûtant.
    M.

  2. C’est vrai! Malheureusement, les latitudes moins touristiques sont aussi les moins accessibles et les plus lointaines… Allons, nous allons fonder bientôt une île au milieu de l’océan, et tous les mouillages seront gratuits et magnifiques!

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