À la recherche des Blue Machines perdues

 Soirée tranquille. Deux mômes malades sur trois. Rien de grave, rhume et compagnie. Du coup, c’est très calme ce soir. J’en profite. Carriacou, avec Tyrell Bay, on a adoré. Nous y avons passé quelques jours en vacances. J’entends : sans la routine des devoirs à faire chaque jour. Notre semaine ‘off’ toutes les 5 semaines. Quand j’entends les gens nous dire joyeusement qu’on est en vacances toute l’année, je tousse intérieurement. Car la tâche est de taille !

Enseigner à ses propres enfants n’a rien d’une sinécure. Même si on a des livres de classe bien fichus, il faut faire les cours, donner les devoirs, les corriger avec les petits élèves qui ne sont pas toujours très disciplinés. Moi, ce qui me tue, c’est la tranche horaire 11-12h. Fin de matinée. Les enfants ont déjà 2-3 heures de boulot dans les pattes. Ils commencent à avoir faim (comme moi !). Et ça s’enchaîne toujours pareil : « maman, je comprends pas, tu peux venir ? », et dans le même temps, à quelques secondes d’intervalle, un autre « maman, est-ce que je dois VRAIMENT faire l’exercice 8 ? » et « maman, c’est quoi une droite perpendiculaire ? ». Synchrones, les petits. Toujours, à cette heure-ci. Alors je cours de l’un à l’autre, armée d’un crayon et d’un épluche légume, parce qu’il faut préparer le repas en prime ! À ce titre, je m’incline largement devant les familles où, la plupart du temps (selon notre expérience), la maman prend en charge l’intégralité du travail scolaire des petits affreux. J’avoue que ça me laisse sans voix, tant de dévouement désintéressé… Sur Lam, nous avons partagé le boulot, et ça fonctionne bien merci. Sauf les jours où il faut tout faire tout seul car l’autre s’est fait la malle. Mais là aussi, mon capitaine de mari m’épate, lui qui mène l’équipage d’une main de maître et réussit l’exploit de mettre tout le monde au boulot dans la bonne humeur et une efficacité qui ferait verdir de jalousie un consultant d’Accenture ! Moi, je suis le plus souvent épuisée à la fin de la séance, quand il faut que je l’assume toute seule. Les souliers d’infirmière sont peut-être pour moi, ceux de prof, c’est moins sûr !

 

Mais revenons à Grenade… Carriacou nous a impressionnés par sa beauté encore sauvage, le silence qui y règne, la simplicité de la vie là-bas. Surtout, nous avons retrouvé avec bonheur la marche, activité à laquelle nous nous livrons avec un enthousiasme croissant. Ainsi, plutôt que de prendre le bus pour rejoindre la capitale (un grand mot, pour une île qui ne compte que 7,000 habitants !), nous y sommes allés à pied ! Le long d’une route pas si grande, habitée de chèvres et de lézards, et parcourue à toute vitesse par des bagnoles et des taxis collectifs surchargés. Ceux-ci s’arrêtaient d’ailleurs chaque fois à côté de nous pour savoir si nous avions besoin d’un lift ! Non, nous avons poursuivi notre petit bonhomme de chemin, jusqu’à Hillsborough, après 1h30 de marche sous un soleil chaud chaud chaud… Nos 4 litres de flotte y sont passés.

Deux jours après, même topo, et cette fois, on arrivera en ville par un autre chemin. Sauf que, les cartes du coin étant relativement peu précises, voire carrément spartiates en matière de détails, nous avons finalement mis 4 heures à rejoindre la même ville ! On a en effet pris sans le savoir le chemin des écoliers, grimpant sur la montagne de l’île, au cours d’une balade magnifique qui nous a fait voir simultanément les deux côtes (Atlantique et Mer des Caraïbes) de l’île. En chemin, rencontre avec un crapaud énorme (le premier vivant de notre collection, nous qui avons photographié la flopée de crapauds écrasés rencontrés sur le bitume…) et une jolie tortue…

 

Et depuis une petite semaine, nous voici à Grenade. Île très belle s’il en est, très chic… et pas très fun. Côtes envahies de maisons de millionnaires, belles et spacieuses, mais pas de vie de village, pas de commerçants, le royaume de la bagnole comme dans les bleds de riches aux Etats-Unis. Pas le charme désuet de Carriacou la modeste. Ce matin cependant, nous avons fait une petite visite à Saint Georges, où nous sommes ancrés depuis hier. Une expédition réalisée en compagnie de mes trois affreux, venus m’aider à faire les courses. Nous cherchons un distributeur de billets le long de la route, près du supermarché… Peine perdue ! Le distributeur, aussi appelé « Blue Machine » par les locaux, se trouve, après renseignements, dans le saint des saints, j’ai nommé le centre ville. Qu’à cela ne tienne, nous y allons ! Pour une somme ridicule, nous embarquons tous les 4 dans un minibus où on s’entasse avec les gens du coin. Ce mode de transport vaut tous les bus des pays occidentaux ! Ils s’arrêtent un peu partout, vous déposent où vous voulez, et ne coûtent presque rien. En plus, ça réduit drastiquement le nombre de voitures sur la route, ce qui est un avantage considérable… Mais je vote pour jusqu’à un certain point seulement, comme on va le voir. Donc, nous débarquons dans ce fameux centre, à 40mn à pied de l’endroit où nous étions… Blue Machine, nous voilà ! En sortant de la banque, petite visite des boutiques et du quartier, on dévalise une mercerie pour les prochains bracelets brésiliens qu’on s’amuse à faire depuis quelques jours. Les enfants sont ravis ! Mais le retour… Bon sang, le retour… Nous atterrissons à la « gare » des taxis collectifs. Le premier se rend à l’endroit que nous convoitons. Parfait ! Sauf qu’on nous colle là-dedans en nous tassant presque du pied ! On se sent aussi à l’aise dans ce truc qu’un poulet dans sa batterie, ou qu’une sardine dans sa boîte… Je compte le nombre de passagers : on est à présent 20 dans un minibus sensé accueillir 12 personnes ! Un record. Sur le coup, ça me fait marrer, surtout quand j’entends un monsieur râler pendant quelques minutes que c’est pas dieu possible de prendre autant de clients d’un coup comme ça. Puis on monte une côte assez méchante, et là je prie pour qu’on arrive en haut… Puis on redescend la côte, et je prie (encore plus fort) pour que les freins tiennent !! Bon, on a fini par arriver à bon port, et sans égratignures… Mais je continue à mettre ça sur le compte de ma bonne étoile, parce que j’étais quand même pas fière en sortant de ce tas de boue surchargé !

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Une réflexion au sujet de « À la recherche des Blue Machines perdues »

  1. Nous sommes désolés de vous avoir manqués lors de notre départ de Prickly Bay. Nous avons fait un petit tour pour saluer les bateaux-copains mais… vous étiez déjà partis en annexe. Nous espérions vous retrouver en y revenant ici, et je découvre que vous êtes déjà bien au nord. Nous suivrons vos traces demain ou mardi, direction Sandy Island pour nous. Nous espérons avoir le plaisir de vous revoir bientôt, sur l’eau ou à terre!
    Amicalement,
    Shirley et Guillaume

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