Rastabrute, 20 minutes et autres petits trucs

Lorsque sort la petite tête chaude (parfois chevelue) des entrailles d’une maman épuisée, une chose est certaine : on en prend pour toute la vie. Et avec cette réalisation en arrive une autre : on a pas le mode d’emploi ! Car comment exprimer autrement l’angoisse déconcertante qui nous étreint lorsque vient le temps de l’élever, la petite tête (chevelue à coup sûr, cette fois !)… Force est de constater que l’élevage/dressage/mise en marché humain des enfants est un boulot à temps plein ! Il demande efforts et entraînement. Mais pour ce difficile défi, pas d’école, si ce n’est celle de la vie. Et on apprend souvent à la dure. Alors, histoire de rendre la tâche de tout un chacun plus aisée dans ce monde sauvage, j’ai décidé de prendre la plume (transformée pour l’occasion en une série de touches plastique – moins romantique mais plus efficace) pour partager avec vous nos découvertes de ces dernières années. Cela faisait des mois que je souhaitais le faire, tant nous pouvons désormais appliquer avec plus d’assiduité les méthodes apprises depuis si longtemps. Si d’aventure vous avez vous aussi des méthodes qui ont fait leurs preuves en la matière, écrivez-nous ! Partager ces trucs fait avancer le schmilblick, et on a tous besoin de munitions quand il s’agit d’aider nos petits chéris à grandir un peu plus…

Avant de commencer, j’aimerais rendre hommage à Brigitte Racine, qui est à l’origine de toute une philosophie liée à la façon d’éduquer les enfants, et qui nous a rendu de fiers services depuis 2-3 ans. Elle a fondé une association, Educoeur, et fait essaimer à travers le Québec (et même ailleurs) cette série de principes et d’exercices qui font de l’éducation des enfants un terrain moins miné et plus fréquentable que par le passé. Et je remercie par la même occasion notre merveilleuse formatrice, Valérie Turner, qui nous a présenté avec brio le travail de Mme Racine pendant quelques semaines il y a deux ans déjà…

 

Brigitte Racine nous explique qu’un enfant a des besoins : besoin de d’aimer et d’être aimé, besoin de sécurité, de compétence, de liberté et de plaisir. Elle affirme aussi que la discipline est indispensable à l’éducation, qu’elle passe par le respect de l’enfant, de ses besoins et par l’instauration de règles. Surtout, elle prétend, à juste titre, qu’un enfant qui multiplie les mauvais comportements recherche l’attention de ses parents, de façon négative. Pour déjouer ces façons de faire qui nuisent à la relation avec l’extérieur, elle décrit donc une série d’exercices à pratiquer au quotidien. Nous en avons retenu quelques uns, dont voici les grandes lignes. Avant tout, il faut comprendre que, tant que l’adulte ne comblera pas les besoins fondamentaux de l’enfant (cités plus haut), il pourra s’attendre à des comportements désagréables de la part du bout de chou. Et si le petit chéri est en manque d’attention, susciter des engueulades et des réactions (même négatives) de la part du parent est un excellent moyen d’en obtenir !

Pour contrecarrer ce plan diabolique, nous avons piauché dans les principes décrits par Mme Racine quelques idées. Les 20 minutes en sont une. Elle est simple à mettre en place, quoique nécessitant une bonne organisation. Puisque les mauvais comportements ont pour origine un manque d’attention de la part du parent, donnons à l’enfant l’attention qu’il demande ! Alors, 3 fois par semaine, chronomètre en main, on passe 20 minutes (pas une de plus, mais pas une de moins) avec l’enfant. C’est lui qui dit à quoi on joue, qui édicte les règles (il a même le droit de changer celles du Monopoly ou de la bataille), qui décide de tout ! 20 minutes pendant lesquelles on donne une attention exclusive à bout de chou, sans téléphone, sans remuer le contenu de la casserole sur le feu, sans s’occuper du petit frère… 20 minutes sans l’intervention de qui que ce soit : pas de sœur dans le colimateur, pas l’autre parent pour observer. Juste lui et nous. En théorie, on a pas le droit de donner notre avis sur le choix du jeu. Mais dans la pratique, nous on considère qu’après la 10ème partie de bataille navale, on passerait bien à autre chose ! Alors on négocie avec bout de chou pour faire un truc différent. L’idée derrière cela est qu’un parent qui s’ennuie à dormir debout avec l’enfant ne véhicule pas précisément une attention fabuleuse à son rejeton… Et puis aussi, on a adapté la formule quant à la fréquence. Parce que, à Montréal, lorsque j’étais aux études à temps plein (week end compris) et que Ben travaillait aussi, nous avions du mal à trouver du temps pour nous, alors quant à trouver 3 heures par semaine pour les enfants… Donc nous avons décidé de faire ces 20 minutes régulièrement, mais sans que cela soit inscrit dans une routine, en fonction de nos possibilité. L’idéal est bien sûr d’entretenir une routine, et de le faire de façon régulière pour que l’enfant puisse anticiper le moment et s’en réjouir à l’avance. Sur le bateau, la formule est beaucoup plus facile à instaurer dans le temps, mais force est de constater que nous ne parvenons pas plus à entretenir une routine ! Alors les 20 minutes sont faits lorsque les enfants le réclament, ou lorsque nous sentons qu’il serait temps d’en faire un ! Concernant les activités à faire ensemble, le choix est infini ! Les enfants adorent par exemple jouer à des jeux de société, jeux de cartes, ou alors bricoler. Ils aiment aussi faire une recette de cuisine, faire des bracelets brésiliens ou fabriquer du pain. On peut aussi faire une promenade ensemble qui dure 20mn, ou encore dessiner, chanter, se chatouiller (quoique pendant 20 minutes, c’est long longtemps !).

Les résultats sont spectaculaires ! Déjà, l’enfant collabore beaucoup plus et avec plaisir, en plus ! Ensuite, on constate une baisse considérable des mauvais comportements. Enfin, on y gagne une complicité extraordinaire, et on découvre aussi des facettes de l’enfant que l’on ne percevait pas avant. Quand il est laissé maître du jeu et des règles, le marmot se lâche ! Et cela peut être vraiment instructif et drôle de le voir caporal en chef de ces petites armées qu’il lance contre vous, ou grand organisateur universel de ce jeu spatio-temporel qu’il a inventé pour l’occasion des 20mn !

Bref, nous avons expérimenté puis cautionné le 20 minutes avec bonheur ! Nous tentons aussi tant que faire se peut de combler les besoins de nos crapauds au jour le jour. Je n’hésite ainsi plus trop à laisser Théo conduire le dinghy tout seul pour rendre un service à un autre bateau (besoin de compétence), à gourmander Laé qui fait le singe dans le cockpit au risque de se casser quelque chose (besoin de sécurité), à faire des roulades dans le sable avec Sacha (besoin de plaisir), à laisser les mousses faire la fête avec d’autres enfants sur Lam tandis que nous sommes sur un bateau copain (besoin de liberté) et, bien sûr, à dispenser câlins et compliments à l’envie (besoin d’aimer et d’être aimé).

Les 20 minutes ont tellement de succès dans la famille que les enfants s’en servent maintenant entre eux ! À notre grand étonnement, Sacha a proposé à son petit frère de faire un 20 minutes pour qu’ils puissent se réconcilier après une dispute ! Ils jouent alors à un jeu ensemble, et ils se rabibochent dans la minute ! Ils appellent ça faire une réparation. La réparation – un autre outil de la large boîte de Mme Racine – est une façon de réparer une bêtise ou un tort fait par l’enfant (mais qui peut aussi être pratiquée par l’adulte, le cas échéant). L’enfant fait tomber un objet et le casse, il va le réparer. Il insulte un de ses frères, il va alors lui citer 3 qualités en réparation. En fonction du tort subis, la personne lésée peut décider de la réparation dont elle a besoin, à moins que l’enfant à l’origine de la mauvaise action ne s’en charge.

L’idée est que l’enfant réalise le mal qu’il a fait et s’engage à faire quelque chose en échange pour réparer. Il a alors un moyen de dépasser sa culpabilité, d’apprendre l’empathie et de ne pas rester sur une mauvaise opinion de lui-même. Car la punition, qui reste l’outil le plus largement utilisé en cas de mauvais comportement, n’entraîne que la rancune, la culpabilité et la mauvaise estime de soi. Or, comme le bouddhisme nous l’enseigne, si on arrose les graines négatives, on ne peut pas s’attendre à ce que de jolies fleurs poussent ! L’enfant qui est puni n’aura pas envie de collaborer, par ailleurs, et il ne faudra pas s’attendre non plus à ce qu’il développe une bonne image de lui. À l’inverse, la réparation lui permet de se sentir en contrôle, responsable de ses actes. Et pour faire fleurir les fleurs plus vite, on peut arroser de compliments dès que l’occasion se présente : une réparation faite de bon cœur, un exercice réussi, une tâche faite dans la bonne humeur, etc. Les résultats sont impressionnants et très rapides. L’enfant que l’on complimente ainsi aura vite envie de se dépasser pour continuer à cultiver la bonne opinion qu’on a de lui. Par contre, attention aux bonnes paroles qui sonnent faux ! Un gamin à qui l’on dit qu’il est vif alors qu’il vient de passer 45 minutes sur un exercice de maths récalcitrant ne sera pas dupe !

 

Quant au rastabrute, qu’est-ce que c’est que cette bête là ?? Une bestiole assez laide, en vérité. Un truc que j’ai inventé pour expliquer à mes enfants, lorsqu’ils faisaient des colères, étaient irascibles ou faisaient des coups de vache, que c’était alors ce fichu rastabrute qui était au boulot ! Le rastabrute, activé par le cerveau reptilien, on pourrait le reconnaître à toutes ces mauvaises paroles qu’il chuchote à l’oreille de tout un chacun quand on se sent envahi de pensées négatives. C’est lui qui suggère de balancer la petite auto à la figure du copain, lui qui excelle à trouver des punitions tordues pour le petit frère qui vient de piquer LA pièce de lego dont on avait absolument besoin pour finir notre vaisseau spatio temportel, lui encore qui, jamais en manque d’idées malsaines, nous persuade que la bonne façon d’attirer l’attention de papa à cette minute précise est de grimper sur cet arbre perché au-dessus de rochers sur lesquels les vagues se brisent à grand fracas…

Ce rastabrute, il vaut mieux le tenir en laisse. L’admettre et l’accepter, soit : on a pas le choix. Mais le contrôler. Sinon, plus grand, ça donne deux adultes sur le bord de l’autoroute qui se rouent de coups parce que le premier a refusé une priorité au deuxième… Et pire, si affinité ! Alors j’ai expliqué à ma bande d’affreux que le rastabrute, il fallait lui construire une jolie petite boîte, où on le collerait jusqu’à la fin des jours. Il arrive qu’il en sorte, sans qu’on s’en rende compte. Notre boulot est alors de l’y faire rentrer aussi sec. Un exemple : notre marmot s’emporte, il hurle et trépigne et s’apprête à taper gaillardemment sur son frère. Le rastabrute est de sortie. On suggère alors à l’enfant de remettre la bête dans sa petite boîte, et d’aller s’isoler quelques minutes pour retrouver son calme. Ça fonctionne étonnament bien ! Et le plus drôle, c’est que ça marche aussi pour les adultes !

 

Dernier outil, plus commun mais toujours d’une efficacité imparable : l’humour ! Le môme se débat dans une colère immense, ou alors l’ado fond en larme sans savoir pourquoi, ou encore le petit dernier devient insolent… Une touche d’humour désamorce, permet de se rattraper aux branches basses, allume un sourire ou faire revenir Henriette-la-fossette sur la joue encolèrée. Ça marche à tous les coups et puis ça apprend le premier degré, le second et même le troisième. Surtout, ça enseigne l’autodérision. Ce qui nous amène à cette citation de Bernard Fontenelle que j’adore : « ne prenons pas la vie trop au sérieux, de toute façon, vous n’en sortirez pas vivant ! ».

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