Résilience

Sur cette photo, une pousse de palétuvier. En filtrant le sel de la mer, cette plante prolifère et produit ces massives mangroves que l’on trouve dans les pays tropicaux. Plantes fabuleuses qui abritent les poissons et protègent les littoraux… Un magnifique exemple d’adaptation et de résilience à mon sens.

Le dernier post a suscité des réactions. Des commentaires. Ce qui confirme à mes yeux, si besoin était, que l’écriture éveille, fait réagir, cause des remue-méninges salutaires parfois. Ce qui m’a fait plaisir.

Il y a eu entre autres le commentaire d’une de mes amies les plus chères. Elle reprenait cette phrase : « Quoi, économiser pendant 10 ans pour payer le bateau, 2-3 ans de navigation, la retraite et les études des enfants ??? Non mais ça va pas la tête ! Oublier les vacances au ski et les restos tous les week-end, vous n’y pensez pas ! » et ajoutait que la plupart des gens peinaient à seulement se payer une retraite ou des études pour leurs enfants. Et sa remarque est tellement vraie… En réalité, en écrivant cette phrase, je pensais à des gens d’à peu près notre âge qui avaient des moyens semblables aux nôtres et faisaient des choix différents. Je reconnais humblement le grand écart que j’ai effectué sans m’en rendre compte.

Ceci étant, je continue à penser que, même avec moins de moyens, il est toujours question de choix. Qu’il s’agisse de partir en bateau (et oui, il est possible de partir avec très peu de moyens, nous avons croisé sur notre route de nombreuses personnes dans ce cas !), de construire un orphelinat en Ouganda, de mettre de l’argent de côté pour payer un DEP à son enfant ou d’économiser pour aller au cinéma une fois par mois, il reste que ce que nous faisons repose toujours sur des choix. Il est vrai aussi que lorsque juste manger devient une lutte, ou qu’assurer un toit pour protéger nos enfants des intempéries tient du défi quotidien, le choix est alors très restreint. Très très restreint. Et pourtant. Même dans la misère la plus crasse, on peut faire le choix de mettre ses énergies dans des projets qui nous tiennent à cœur, à aider un enfant à grandir, ou de les dilapider dans la drogue, les clopes ou des activités illicites quoique lucratives. Et chacun peut choisir de grandir au travers de ce qu’il a à vivre, et ce quel que soit son niveau de revenu, la façon dont il est entouré dans la vie, ou les événèments auxquels elle est confrontée. Ce type de choix se nomme résilience. Il appartient à chacun de se respecter dans ce qui se présente à lui, et de décider de surmonter (ou non) avec ses propres moyens ce que la vie lui amènera de défis à relever et d’obstacles à dépasser. Et, chose heureuse, la résilience n’est pas l’apanage des gens fortunés ou mieux lotis par la vie. Elle est à la portée de tous, en tout temps. C’est elle qui permet de grandir, quelles que soient les circonstances que la vie amène. C’est elle qui transfigure une personne marquée par les épreuves pour la rendre plus humaine encore, plus aimante, plus attentive à ce qui fonde réellement l’existence. « Only life matters » (phrase issue du film Le 5ème élément)… Les bouddhistes vous le diront, le Dalaï Lama le répète, peu importe les circonstances, c’est ce que l’on fait de la vie qui se présente à nous qui importe, et qui fait de nous des personnes différentes. C’est là que réside notre liberté la plus absolue. La résilience est un outil dont nous disposons pour faire face à ce qui arrive, et c’est heureux. Elle constitue, surtout, un instrument indispensable à la construction du bonheur. Selon ma définition personnelle, en tout cas.

Je vous laisse sur cette citation impressionnante d’Etty Hillesum, décédée à Auschwitz et qui a laissé des écrits d’une rare humanité:

30 April 1942. “Never give up, never escape, take everything in, and perhaps suffer, that’s not too awful either, but never, never give up.”

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