Quand le vent change de sens…

la plage tranquille de Sandy Island, Carriacou (Grenadines)

Dans quelques mois, nous traverserons l’Atlantique, Ben et moi. Les enfants iront chez leurs grands-parents, en France, et nous les rejoindrons… à la voile. Il se peut que l’on aille poser nos bagages sur les côtes françaises. Pour quelques années, peut-être plus. Le vent se chargera de donner la direction de la suite. C’est ainsi. C’est une décision que l’on a mûri durant des semaines, et qui nous transporte. Encore un défi à relever, et de taille.

 

Peut-être est-ce pour cette raison que j’éprouve le temps qui passe avec une acuité particulière. Peut-être est-ce l’âge qui s’avance vers moi, les bras grand ouverts. Peut-être est-ce grâce au yoga, à la présence consciente que j’essaie tant bien que mal de cultiver. Toujours est-il qu’il y a 5 minutes, je goûtais avec bonheur à tout ce qui m’entourait sans rien désirer de plus. Le contentement était total. J’avais le souffle d’un vent tiède sur les joues, le corps reposé de ma séance quotidienne de yoga sur Lam, une sorte de fatigue paisible dans les muscles. J’ai parfois l’impression de vivre comme ces personnes dont la vie a été menacée, et qui savent l’importance cruciale de l’instant suspendu. Précieux comme l’eau un jour de sécheresse. Je goûte ma chance de le réaliser, alors que les rayons de ce soleil de fin de journée se posent sur la mer étale.

 

Ce sont précisément ces moments là que j’appelle lorsque je donne des cours de yoga à mes amis, sur la plage ou sur Lam. Depuis que nous sommes partis en mer, en effet, j’ai eu le plaisir de partager ce que je savais du yoga avec pas mal de personnes que j’aimais. Je démontre un peu les postures, puis chacun tente de reproduire le mouvement ou l’immobilité. Je parle doucement à côté pour m’assurer que la personne mobilise bien les bons muscles et sent l’énergie de la posture. Ce sont toujours des moments rares, complices et extrèmement riches. J’ai un plaisir incommensurable à sentir la détente s’installer là où je sentais de la tension. À entendre un souffle ralentir quand je le savais trop rapide. Je mesure la merveille du yoga, telle que j’en profite chaque jour. Et pour certaines personnes, cet apprentissage est un jalon, la marque d’un quelque chose de plus grand qu’ils comptent poursuivre après le périple sur l’eau. J’ai toujours du bonheur à savoir que la grande roue du yoga tourne pour ceux qui touchent du doigt ses secrets et ses richesses. Et souvent, les gens sont surpris de ce qu’ils découvrent d’une pratique qu’ils croyaient différente. Quand ils repartent ainsi changés, je sais qu’ils y ont gagné quelque chose, et que l’histoire se poursuivra.

 

Avec l’idée que la fin du voyage approche peut-être (mais sait-on vraiment de quoi la vie sera faite?), je mesure l’intensité avec laquelle il me faut profiter de ce temps hors du temps. La joie s’y cultive plus facilement qu’ailleurs, peut-être. Mais chacun a sa manière de vivre le quotidien. Celle des enfants est parfois tellement attendrissante… Hier matin, en marchant au bord de l’eau, je remarque un petit crapaud sur le chemin. Je le prends délicatement dans mes mains, mais quelque chose résiste au mouvement. Après examen, on s’aperçoit qu’une de ses pattes est enroulée autour d’un brin d’herbe solide. Je le déroule doucement, mais réalise que la patte est cassée… Le petit crapaud ne devrait pas survivre longtemps, s’il peine à se déplacer pour chercher sa nourriture. On le dépose finalement dans une de ces immenses flaques qu’a formé la pluie torrentielle tombée ces derniers jours. Le soir, la flaque s’est considérablement réduite. Le crapaud risque d’être à sec. Une autre petite étendue d’eau borde le chemin. Sans plus attendre, les enfants se mettent spontanément au travail. Ils utilisent leurs masques de plongée pour transvaser l’eau! Petit à petit, le crapaud se remet à gigoter d’aise dans une mare toute neuve… Sacha trouve une bouteille vide, et l’incline dans la mare pour la remplir! Puis ils remplissent leurs mains et font glisser l’eau par le goulot. Leurs efforts m’attendrissent au plus haut point. On laissera la bestiole dans une quantité d’eau raisonnable pour passer la nuit. Et Sacha poussera des soupirs de frustration à l’idée que nous n’avons pas pu faire plus pour la pauvre bête!
Vraiment, les enfants sont étonnants… Et quels professeurs!

 

Je suis en deuil. Je viens en effet de terminer un livre précieux et extraordinaire, que je recommande à tous et à chacun. Il s’agit du Cercle Littéraire des Amateurs d’Épluchures de Patates. Un de ces bouquins dans lesquels on aimerait entrer, afin de rencontrer leurs personnages et de s’immiscer dans leurs vies passionnantes. Des personnes émouvantes, drôles, touchantes d’humanité et de vie. J’aurais tant aimé rencontrer Juliet, Isola et Dawsey, jouer avec Kit tout en regardant Eben cultiver son jardin. Amelia aurait préparé du thé et des biscuits, et on serait allés voir le soleil se coucher sur les falaises de Guernesey. J’irai là-bas, pour sûr. Je visiterai comme en pélerinage l’île magique aux habitants si exceptionnels. Mais j’ai dû refermer le livre, et tous les secrets qu’il renferme sur ces années si particulières qui ont suivi la fin de la deuxième guerre mondiale. C’est un bijou, ne vous y trompez pas. N’hésitez pas non plus à vous lover dans ces lettres délicieuses à l’humour si anglais. Ces anglais dont la force d’âme impose plus que jamais le respect.

 

Je vous laisse. L’astre solaire va rendre les armes à Sainte Anne, capitale incontestée des couchers de soleil dans les Caraïbes. Il s’agit pour moi d’en profiter un peu encore. Car, comme le chante Michel Jonaz, “y a rien qui dure toujours”!

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2 réflexions au sujet de « Quand le vent change de sens… »

  1. Hello 🙂

    Je suis d’accord avec toi, ce livre est excellent (même si je n’en ai plus aucun souvenir 😉 ). Pareil pour le yoga! As-tu essayé le “chi running” ?

    Bises à tous

  2. J’ai beaucoup aimé
    C’était un cadeau d’Anne

    Nous pensons fort à vous alors que Noël s’approche de plus en plus près

    En cadeau (et dans le prolongement de l’histoire du crapeau), la formule magique qui est sur les sacs de Nature et découverte: “Pour que le monde retrouve sa grandeur, il suffit de le regarder avec des yeux d’enfants”

    Je vous ambrasse tout plein

    Daddy

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