Noël et l’enfance

 

Pour ceux qui les regardent: les dernières photos sont publiées dans Picasa! Voir le lien dans l’onglet “Photos-Vidéos”. Joyeux Noël!

Nous sommes depuis plusieurs jours déjà à l’ilet Cabri, dans l’archipel des Saintes. Les enfants sont en vacances depuis vendredi soir et en profitent pleinement. À tel point qu’ils refusent obstinément de changer de mouillage. Il faut dire que cette île est pour eux un véritable paradis. Ils y débarquent aux premières heures du jour, à trois sur le kiwik qu’ils laissent sur la petite plage. Ensuite, ils viennent saluer Ulrich, le prince des lieux. Pour ceux qui s’en souviennent (voir le post du 26 février dernier), il a improvisé un atelier de poterie pour les plaisanciers et touristes qui débarquent ici à l’année longue. Gentiment, inlassablement, il va piocher dans les réserves d’argile qu’il fabrique à partir de la terre de son “jardin” afin de satisfaire les besoins artistiques des petits et des grands. Il fournit la peinture, prodigue les conseils, prête son tour pour qu’on s’essaie à faire qui une assiette, qui un vase ou encore un pot à sucre… Les enfants l’aiment beaucoup, lui filent à l’occasion un coup de main pour nettoyer la plage, ou viennent peindre moultes sujets en terre. Parmi leurs dernières activités, il y a la chasse. Ils utilisent un piège qu’Ulrich a fabriqué pour capturer les poules qui, ici, pullulent. Mais vu qu’ils n’osent pas les tuer, on pas prêt de manger du poulet sur Lam 😉 Ce matin, nous sommes partis tous les 5 pour chercher un cabri. Les enfants voulaient le caresser. Nous nous sommes donc rendus au fort qui domine l’île, tout en haut. Quelques chèvres y paissaient tranquillement. On a tendu une embuscade, mais on a mis pas loin d’un quart d’heure à en attraper un! Et quand on y est arrivé, le petit cabri s’est mis à pousser des cris déchirants… Nous l’avons caressé (ce qui était le but recherché) puis vite relâché. Il en a été quitte pour une belle trouille, celui-là!

 

Le temps se ralentit donc depuis quelques jours. Et c’est heureux. Je trouvais en effet que, école oblige, le quotidien allait parfois beaucoup trop vite. Les enfants font des cabanes, moi je peins à l’occasion, je lis beaucoup. Ben prend du temps pour lui aussi. Mais force est de constater que quelque chose en moi se met à bouger à mon insu. De vieilles émotions bien cachées. Des trucs indicibles mais terriblement présents qui me trouent les entrailles. J’essaie de passer au travers la tête haute, mais la vague est puissante. Je ne sais même pas identifier précisément l’origine de la blessure, mais elle est là, qui pèse sur ma poitrine comme un gros animal indocile. La raison de ce tumulte? La lecture d’un livre coup de poing. Le genre de livre qui ne vous laisse pas sortir indemme de ses pages. Comme un uppercut répété au fil des mots, qui me plante sur le carreau, endolorie et songeuse. Il n’y a pas de parents parfaits, d’Isabelle Filliozat (ed. Marabout, 2008). Un titre évocateur, qui m’a rappelé celui, jubilatoire et délirant, de Libby Purves: Comment ne pas être une mère parfaite. Mais Libby y parlait du métier de parents en de grandes enjambées légères et humoristiques. Isabelle fait ici de petits pas précis, mais qui vont directement là où ça fait mouche. Donc mal. Isabelle entreprend de décrire toutes ces petites phrases, ces surnoms, ces adjectifs dont on affuble malgré nous nos enfants, et qui les blessent. Elle met des mots sur les mouvements inconscients qui nous font réaliser des gestes durs, des punitions ou des blessures à notre progéniture. Toutes ces choses que l’on finit par se reprocher, parce qu’on les sait injustes, ou disproportionnées. Son parti pris est le suivant, et il est dur à avaler. Elle part du principe que notre relation à nos enfants est le fruit de notre enfance, de notre histoire. Et que, par le jeu des projections, des émotions refoulées et de deuils inavoués, nous mélangeons inconsciemment notre histoire à celle de nos enfants. Que, finalement, nos enfants goûtent aux détails de notre vécu par le biais de cette éducation que nous leur donnons. Mais tant de choses données échappent ainsi à notre entendement. Tant de souffrances se transmettent de cette façon, sans qu’il nous soit donné de mettre le doigt sur ces blessures endormies. Le volcan fait mine parfois d’entrer en éruption, mais toute la chape de plomb de la bienséance et du contrôle de soi nous permet de garder les attitudes en place, l’image intacte. Au prix souvent de grosses erreurs dont nos enfants font les frais…

Quelque chose bouge en moi, qui voudrait sortir, à la lecture de ces mots lourds de sens. Mais l’heure n’est pas aux atermoiements. Elle est à la guérison, à l’écoute de soi, de l’enfant qu’on a été. Finalement, l’enfant que l’on porte en soi continue à se faire entendre toute la vie. Et plus il a été brimé dans son enfance, plus il aura un écho puissant à l’âge adulte, par des biais inconscients. Il est dangereux de le couper de mots et de moyens de pleurer ce qui l’a blessé, car on se condamne alors à l’obliger à trouver d’autres façons de se faire entendre. La colère, la culpabilité, la jalousie sont des chemins bien pratiques pour lui, quand il veut exprimer une blessure ancienne. Mais on reste prisonnier de ces émotions refoulées, et personne ne sort gagnant de telles batailles. Non, mieux vaut lui faire de la place, à ce gamin. L’écouter, lui créer un espace. Apprendre s’il le faut à jouer de nouveau, pour son plus grand plaisir. Le câliner, l’endormir le soir avec des contes, faire pour lui ce que d’autres n’ont pas fait avant…

Il reste que faire un travail sur soi est une chose difficile et douloureuse. Pour ce qu’il mettra au jour de notre passé. Qu’on le veuille ou non, nous portons tous de ces blessures d’enfance qui nous empêchent encore, tout adulte que nous sommes, de vivre pleinement et dans un sentiment de liberté immaculé. Je me sens encore lourde de ces souvenirs qui remontent (ou ne remontent pas, d’ailleurs mais manifestent leur présence par un malaise diffus), et une tristesse m’accompagne, qui traduit bien l’ampleur du cheminement intérieur. Mais je sais que, chaque fois que ce travail a été entrepris, j’ai ressenti ensuite un sentiment de bien être et de légèreté auquel je ne pourrais renoncer pour rien au monde! Et Isabelle nous offre là les moyens de dépasser le sentiment de culpabilité pour comprendre et changer. Elle dispense dans son livre conseils et réflexions pour aller plus loin, pour guérir et réparer. Car il est toujours possible de réparer. Le chemin parcouru en vaudra toujours la peine, je crois.

Je me souviens ainsi d’un atelier d’écriture, il y a quelques années. Le thème en était: “L’enfant intérieur”. J’ai écrit des pages et des pages à l’occasion de ce week end. J’ai aussi versé toutes les larmes de mon corps, à l’évocation de phases douloureuses de mon enfance. Mais je suis ressortie de ce moment de partage lavée, blanchie, plus forte je crois. Un voyage que je souhaite à tous et à chacun, en cette année qui va bientôt débuter.

Je vous laisse sur une citation tirée du livre de Filliozat (p.16):

“ La vie psychique des enfants est complexe. La vie psychique des adultes aussi. La relation entre les deux, plus encore. Nos enfants nous parlent de nous. Qui sont-ils? Leur histoire commence par la nôtre. L’enfant porte en lui tout son arbre généalogique. Il est habité par l’histoire inconsciente de la famille, manifeste des émotions parfois refoulées depuis plusieurs générations. Nos réactions à leur égard ne peuvent être neutres. Leurs émotions sont influencées par les nôtres, conscientes et inconscientes. Nous agissons sur eux, ils réagissent et nous réagissons à leurs réactions… Impossible de ne pas tenir compte de cette boucle pour comprendre ce qui se passe entre eux et nous.”

 

 

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3 réflexions au sujet de « Noël et l’enfance »

  1. Oui, il reste en chacun beaucoup de choses enfouies. Et j’irais plus loin: nos enfants comme nous mêmes portons en nous tout l’histoire des hommes et femmes qui nous ont précédé.
    Et chacun a le même défi à relever, de conquête de sa liberté au milieu de ces pesanteurs, de ces noeuds.
    Avec une certitude: l’essentiel est d’être vivant. “Tu honoreras ton père et ta mère”…Parce que sans eux, tu ne serais pas. Et l’aventure commence.
    Vivez, soyez joyeux, souffrez, c’est dans l’ordre du monde, mais ne cessez pas de vivre et de vivre, c’est à dire d’aimer…
    Daddy philosophe

  2. Tout en n’oubliant pas que les parents, c’est comme les pommes de terres, faut que ça saute ! 😉

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