Petit tour au pays des affreux

OLYMPUS DIGITAL CAMERAQu’est-ce qui a changé depuis 1 an, durée que nous venons de passer sur notre bateau ? Pleins de trucs, dont la grosse partie ne sera découverte, analysée, décortiquée qu’après, dans quelques mois, années, siècles… En attendant ces illuminations intempestives, je note quelques petites choses d’emblée.

Déjà, les enfants ont grandi. À raison d’un bon cm par mois pour Théo (c’est celui pour qui c’est le plus évident, je n’ai pas mesuré pour les autres, mais ils ne sont pas loin de me manger la soupe sur la tête…). Pour lui aussi, d’autres petits détails adolescentesques. Comme les aisselles odorantes (on vit dehors, dieu merci !), les poils aux pattes (mais ça, Sacha et Laé peuvent aussi s’en vanter !), des pieds grands comme des autobus garés en double file (toujours trop grands…), la voix qui déraille de temps en temps quand il est en pétard ou qu’il s’étonne bruyamment… et puis ces envies d’être seul, de faire des trucs dans son coin, de partir marcher devant et de nous rejoindre plus tard… Théo le formidable (si justement nommé ainsi par Dédé et Péné) qui se met à faire la popotte (sa recette de tarte au citron fait des adeptes), à zyeuter en coin la jolie Salomé en lui offrant des sourires que je ne lui avais encore jamais vus (surtout, de grâce, ne lui dites pas que j’ai écrit ça, il m’étriperait sur place !), et qui maintenant est devenu une star incontestable de wave board (ce machin roulant qui fait se déhancher curieusement en battant des bras pour garder l’équilibre). Bref, notre Théo national GRANDIT ! Et vite, avec ça ! Côté ado pur, les sautes d’humeur sont parfois au rendez-vous quand il manque de sommeil, il a bien la posture qui s’avachit tranquillement au fil des jours (il doit porter le poids du monde sur ses frêles épaules) mais globalement, il survit et se défend bien contre les attaques de testostérone qui devraient le transformer, dans quelques temps, en capitaine de brigade antiparentale. C’est ainsi, et c’est comme ça qu’on l’aime !

Sacha… Sacha le poète ne dépoétise pas. Il nourrit son petit cerveau bien vif de tout ce qui lui tombe sous la main et qui peut se lire (en français, pour l’instant en tout cas). D’ailleurs, il faut lui voir la face quand on se résout, pour un repas, à accorder le droit de lecture à nos affreux. Sacha bondit comme un fauve sur sa proie, attrape d’un geste preste le bouquin qui traînait à côté de lui (je le soupçonne de vouloir s’en greffer des pages sur les mains), et enfourne son repas à grosses bouchées à saveur de vengeance à la Monte Cristo (sa dernière découverte) ou encore au parfum des épées de ses chers chevaliers d’émeraude. Il mourrait d’envie de se jeter dans Pennac (la trilogie Carabine) mais je l’ai empêché de s’y vautrer, estimant que les ogres Noël étaient pour lui encore un peu trop méchants… Il reste qu’il s’allonge lui aussi, et pas seulement en hauteur : les pieds ont connu une montée en puissance qui nous promet aussi de bien belles odeurs d’ici quelques années !!! Et puis Sacha, outre qu’il wave board lui aussi à mort (plus prudemment depuis un mémorable gadin sur une mauvaise pente des Saintes), nous farcit le quotidien de citations à tire larigot. Attendu en effet que nous les nourrissons de films variés depuis 1 an (suite à la récupération de nombreuses vidéos au fil de l’eau), nous avons droit à des retentissants « ton plan est complètement foireux, on y arrivera jamais » – Bourvil, dans le Cerveau, « vole, petit oiseau… qui ne sait pas voler… » – Sid, dans l’Ère des glaces, « Cafard à l’entrée, bouillie à la sortie !» – dans Men in Black, ou encore « je préfère ne pas en parler » – dans Les dieux sont tombés sur la tête… Le plus drôle, c’est que ça sort comme ça, sans préavis, alors qu’il est en train de faire ses devoirs, de mettre la table ou de se fabriquer un arc ! Tout est silencieux, et bang ! il débite sa phrase pas rapport et se bidonne pour célébrer le souvenir ! Les québécois diraient : « C’est mourrant d’voir ça ! ».

Laé… Laé le calineux. Laé le p’tit mosus qui s’énerve vite et oublie plus vite encore. Ben ça, ça change un peu, doucement. Plus cool, le p’tit mec. Plus lent à s’énerver. Capable de se retenir et de venir me voir direct : « maman, t’as vu comme je me suis pas énervé ! ». Ça me rappelle cette BD où le mec marche à côté de sa blonde et soudain lui balance : « Ouah ! T’as vu ! J’ai même pas matté la nana super canon qui vient de passer ! J’me suis méchamment bien retenu ! T’as vu, t’as vu !!! ». Tout fier…. Laé qui se met lui aussi à la lecture avec plaisir. Que je regarde déchiffrer son Boule et Bill avec les mots qui se forment sur ses lèvres muettes, et qui soudain éclate de rire quand il comprend la blague. Un rire clair et très contagieux, totalement spontané… Un vrai wave boarder, lui aussi, même s’il a mis du temps à s’y mettre : son ego lui interdisait formellement les gadins, car l’orgueil aurait eu un coup de déprime sévère à se savoir méprisé ainsi. Il a fallu batailler ferme pour lui rappeler que tous les bébés se vautrent lamentablement à terre pour apprendre à marcher. Que ça faisait partie de la game, et qu’il allait devoir se prendre quelques gadins avant de savoir onduler en planche comme ses frères. Pari tenu ! Le voilà qui ne s’arrête plus, même dans les pentes ! Et arbore un sourire vainqueur et ravi de ses performances avec un air de professionnel un peu blasé… Laé qui a toujours autant de succès avec les petites filles, mais aussi celles qui sont légèrement plus âgées : il a pris soin jusque là de toutes les équipières sur Lam.  Elles n’ont jamais eu à demander une petite laine en cas de froid, une serviette de bain au sortir d’une trempette, ou encore un petit gâteau salé à l’heure de l’apéro. Du grand art ! Et avec le père qu’il a, on sent qu’il a pu profiter d’une expérience rôdée en la matière.

Pour ce qui est des parents, ça prendra sans doute du temps avant qu’on puisse faire un point honnête sur tout ce qui a pu changer. Et puis c’est plus rigolo de parler des enfants. Les gens me reparlent de ce que j’ai pu écrire dans le blog, et c’est toujours sympa de les entendre reprendre des passages de texte en collant ça sur la réalité qu’ils ont sous les yeux : « ah oui, c’est vrai, Sacha et ses bouquins ! Théo et sa planche ! Laé et ses petites attentions ! ». Une chose est sûre, on ne s’ennuie pas. Une autre est encore plus évidente : ce voyage nous change, et n’a pas fini de nous changer…

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2 réflexions au sujet de « Petit tour au pays des affreux »

  1. tout ce que l on espere c est surtout que vous, vous n ayez pas change lors de nos prochaines rencontre

    Dd

  2. c’est chouette de lire tout ce merveilleux de ses enfants,ça rappelle ce que l’ on a pu gouté avec vous!

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