La philosophie du non agir

J’ai une amie qui vient de perdre sa mère. Mon amie a la fin trentaine, et ce décès est survenu brutalement. Le choc a été immense. Mon amie dit que ses journées sont de plus en plus difficiles à traverser, comme si la douleur empirait au fil du temps. Alors même que l’on décrète généralement le contraire : que le temps guérit les blessures. Je lui ai proposé, pour l’apaiser un peu, de lui faire une séance d’hypnose ou de shiatsu. Elle a refusé d’un bloc. Elle m’a dit vouloir vivre pleinement ce moment, être présente à la souffrance telle qu’elle se présentait à elle à cet instant. J’avoue avoir été un peu déconcertée, sur le moment. Puis, j’ai compris.

Venant moi aussi de traverser une période tumultueuse, je saisis ce qu’elle a voulu dire. Ce désir de vouloir rester debout dans la tempête, de se laisser baigner par l’expérience que le corps, l’esprit sont en train de vivre, sans chercher à en changer un seul détail. Ce qui pourrait passer pour du masochisme est en réalité une forme de présence à ce qui est, une acceptation ultime d’un défi que la vie nous présente et nous demande de relever.

Résister à ce besoin de noyer la peine, de détourner l’énergie de la douleur vers des activités sans fin, de trouver quelqu’un à tout prix parce qu’on est célibataire… Cela donne une force et une puissance intérieure que l’on garde avec soi pour la vie d’après. Cette vie où la blessure s’est refermée, et où on sait qu’on a su la soigner dans la non réaction.

Car nous sommes si prompts à vouloir guérir vite, à panser les blessures, à regarder ailleurs quand ça fait mal. C’est un réflexe, tout ce qu’il y a de plus humain… Pour autant, en restant dans ces réponses « type », nous nous évadons de nous-mêmes. J’apprends, dans une période de vie difficile, à me poser, à rester sur mon canapé à sentir le passage du temps, à me centrer et à évaluer mes ressentis, à les regarder comme des personnages qui s’agiteraient devant mes yeux. J’arrive désormais à ne plus les voir comme étant moi, mais simplement une manifestation à laquelle je n’ai plus besoin de réagir. Je n’y arrive pas toujours, bien sûr. Mais de plus en plus souvent. C’est là, précisément, que se crée un espace. Un lieu magique de liberté mentale où je peux être le calme, la respiration intérieure, sans que les événements ou les émotions ne viennent perturber le lac que j’admire et dont l’eau est étale.

Et au quotidien, j’y trouve un lâcher-prise qui m’étonne toujours, une capacité à accueillir ce qui arrive en y réagissant de moins en moins. Car j’ai cette petite conviction que j’arriverai à faire face, et tout finira par aller parfaitement dans mon sens. Ce qui se produit, inévitablement.

Mon amie va vivre cette période, et en sortira grandie, parce qu’elle accepte la réalité qui lui a été proposée et qu’elle ne veut pas réagir à cela. Elle se laisse entraîner par le courant, sans lui résister, et j’ai la plus grande admiration pour son choix. Je tente de faire pareil, et j’y trouve une paix que je n’avais encore jamais perçue. Gageons que ce qui a été appris ne sera jamais oublié. Je vous souhaite ainsi de méditer sans y penser, en vous posant sur un canapé, sans cérémonie. Pour simplement écouter le bruit de la vie qui passe. Elle le fait toujours en silence. Il suffit de prêter l’oreille…

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