Un grand moment de solitude à Barbuda…


Expédition mémorable aujourd’hui : nous devons faire les procédures de douane à Barbuda ! D’abord, l’accès. Nous sommes ancrés sur notre interminable plage de sable fin. Idyllique, direz-vous. Ouais. Sauf pour rejoindre le seul village (à cette taille là, on ne peut pas parler de ville). Village qui se trouve derrière la langue de sable qui forme la plage, après une petite navigation dans une avancée de mer de presque 2km ! Solution #1 : longer la côte en dinghy, sachant qu’on y passerait tout notre fuel, et que ça prendrait des heures, entre les caillasses à éviter et les bancs de sable à ne pas approcher de trop près… Solution #2 : tenter le passage en force en transportant le dinghy à l’endroit le plus étroit de la langue de sable pour rejoindre le lagon intérieur et atteindre le village. Solution #3 : y aller à pied, et à la nage, mais vu les distances, on aurait retrouvé le corps des skippers après la prochaine grosse tempête ! Nous retenons vite la 2ème solution, priant le Dieu McGyver de nous prêter son inimitable débrouillardise et sa chance légendaire. Nous voici donc, embarquant à 9 sur notre belle annexe (juste le placement de chacun pour équilibrer les poids nous a pris 10mn !). Arrivée spectaculaire sur la plage, entre deux rouleaux (souvenez-vous de notre performance à Pornichet il y a 2 ans, quand le dinghy s’était retourné à l’arrivée à cause d’une vague scélérate, devant les regards hilares des chalands..). Qu’à cela ne tienne, nous débarquons finalement sans casse et sans reproches sur la plage. À 9 (marmots compris, même s’ils sont surtout là pour le décor et le support moral), nous soulevons l’annexe et la traînons sur les 20 mètres qui nous séparent du lagon. Puis traversée du lagon pour atteindre notre objectif, en profitant au passage d’une douche gratuite puisque nous avons le vent de face et les vagues qui nous arrosent. C’est à qui trouvera le dos le plus large pour se cacher derrière !
Finalement, nous arrivons à destination, tous fiers de notre effort. Et là, arrivée du comité d’accueil. Une femme du coin entre deux âges se dirige vers nous, nous gratifiant d’un sympathique « Good afternoon », nullement impressionnée par notre meute en délire. Elle nous explique que si nous comptons rester plus de deux heures amarrés au quai, il nous faudra débourser $10 : « Follow me if you want to pay now ». Avouez que pour le côté accueillant, ils tapent fort, par ici ! On se montre conciliants, on prend bonne note de l’information. Déçue de ne pas voir les espèces trébuchantes, elle nous indique quand même de la main l’office du tourisme et nous explique que, pour les procédures de sortie de l’île, il faut faire l’immigration (à un bout du village) et les douanes (à l’autre bout). « C’est à droite, ensuite à droite, puis à gauche et vous y êtes », le tout dans un anglais barbudien du meilleur effet. OK. Alors on remercie et on se dirige dans la direction qu’elle vient de donner. Que nenni ! Nous n’avons pas fait 3 pas qu’apparaît alors « #1 », son compère bedonnant. Très gentil, au demeurant. Lui est habillé d’une sorte de marcel géant rouge vif, avec des trous partout un peu comme un filet de pêche (le genre qu’apprécient souvent les rappeurs de banlieue dans les villes américaines). #1, comme je le désignerai, nous propose de prendre place dans son bateau taxi pour aller visiter l’île aux frégates, sur le lagon, à un quart d’heure de bateau de là. Why not. Combien, pour la course ? Seulement vos deux bras, les amis, puisqu’il nous en aurait coûté 12 US$ par adulte, et 5 US$ par marmot… Ça fait cher de la minute, ça monsieur ! Nous remercions, et faisons mine de partir, mais #1 s’accroche, nous propose une visite guidée. Il nous présente donc fièrement l’école du coin, mais on avait déjà deviné l’usage, à l’enchaînement de petites baraques de couleur vives parsemées d’enfants en uniforme qui jouent ou qui récitent devant les traditionnels tableaux noirs. Finalement, de guerre lasse, il nous plante là et nous arrivons devant l’office du tourisme, première étape (à ce qu’il paraît) avant notre course folle pour les papiers officiels. On trouve quand même suspect de s’adresser à l’office du tourisme pour des procédures de douane, mais bon…
L’office est ouvert, mais vide : il faut donc se rendre à la poste, un peu plus loin, pour faire affaire avec la dame de l’office qui y est en ce moment. Nous commençons donc le trip le plus kafkaien de ce début de tour du monde, passant en gros touristes que nous sommes devant des groupes d’habitants qui nous avisent d’un regard un peu interloqué ou alors franchement indifférent. La marmaille (la nôtre) court et s’étonne des ânes dans les rues (des vrais, pas des imbéciles), des poules qui piaillent, des petites maisons défraîchies au toit douteux et aux jardins mal entretenus… Arrivée à la poste. Notre madame nous attend, plongée dans un roman, tandis que ses copines en arrière tapent des messages texte sur leurs cellulaires ou placotent placidement. Premiers papiers à remplir ici. But officiel de l’opération : récupérer le ‘Port Authority Pass’. Un papier pour faire tourner les touristes en bourrique, semble-t-il… et dont on cherche encore l’utilité… Bon. Une fois les papiers remplis, nous nous dirigeons (sans plan : pas trouvé à la poste) au jugé entre les ruelles, dotées de rares panneaux indicateurs. Nous passons devant l’immigration : Ô joie ! mais nous ne pouvons nous arrêter : il faut y passer APRÈS la douane, on vous l’a dit et répété !!! Alors on continue, mais Anne-Gaël passe la tête par la porte de l’immigration, histoire de savoir à quelle heure ça ferme vraiment (si c’est à 15h comme indiqué sur la porte, on a moins d’une heure pour tout faire…). Ben se met à courir pour gagner du temps, le groupe se meut comme il peut, les mômes crient tout excités en suivant. Anne-Gaël et moi traînons en arrière, mais on sait désormais que l’immigration ferme à 16h, ouf ! On tente de suivre les indications de madame de la poste, mais on se perd un peu, les gars sont déjà loin devant, on demande notre chemin… On finit par le retrouver, grâce à quelques mômes restés à nous attendre à un croisement, tels les cailloux du petit poucet ! Arrivée en fanfare dans le bâtiment (la cahute serait un nom plus juste) de la douane, où nos hommes sont déjà en train de remplir les papiers contenant les mêmes questions que précédemment. Autre madame charmante et confortable (au vu du nombre de cellules adipeuses au cm2) qui nous laisse cette fois-ci un plan de la ville (on apprécie le geste charitable). Redépart pour l’immigration, cette fois ! Nous évoquons alors l’épisode des 12 travaux d’Astérix pour illustrer notre périple : « non, ce n’est pas ici, c’est au guichet 14, 17ème étage »…. Une fois au guichet 14 : « non, vous vous trompez, c’est au guichet 72, 5ème étage », etc… Notre trajet prend des allures d’odyssée, même si on ne sait pas encore très bien qui joue le rôle d’Ulysse, là dedans ! Devant l’immigration, Anne-Gaël fait la folle et se met en tête de me prendre en photo, chose que je déteste. Je me cache donc derrière un bouquin, et avec la bouteille d’alcool à côté de moi, on dirait une clodo à la manque. Maman : si tu vois cette photo, n’en déduis pas que je suis devenue alcoolique, s’il te plaît !!!
Nous finissons par rejoindre notre annexe chérie, retrajet à l’envers (moins arrosé puisque le vent nous pousse cette fois). Aucun môme à l’eau à déplorer (même pas drôle !), courses sommaires faites, papiers remplis et passeports tamponnés : MISSION ACCOMPLIE ! On songe à contacter le maire du coin pour une remise de médaille officielle, mais on pense qu’il pourrait mal prendre la chose. Une certitude, cependant : Barbuda, pas sûr qu’on y remettra les coques!

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