Quart de nuit sur BVI-Bahamas

 

Fondue au chocolat en traversée… Histoire de garder le moral!

Quart de nuit sur Lam. Sur une sérénade de Mozart. Bonheur de prendre la ‘plume’, histoire de me réveiller un peu. Très peu dormi sur les dernières 48h. J’ai le sommeil capricieux depuis presque toujours, et gérer les quarts de nuit n’est pas encore un système encore très rôdé pour moi. Je réalise que beaucoup d’entre vous n’ont aucune idée de ce à quoi ressemble un quart. Alors je vous emmène avec moi, cette nuit. Juste à prendre une petite laine avec vous pour ne pas prendre froid, on met son harnais et son lifetag, et on y  va ! Quart de nuit sur Lam, donc. Ronronnement du moteur (faute de vent) sur la surface de l’eau qui ondule. Il est presque 5h, le soleil va bientôt se lever. Lam avance sur l’eau, se déhanche paresseusement, mais avec les moteurs, le mouvement est bien moins harmonieux qu’avec les voiles. Au poste de barre où j’aime me tenir pendant mes veilles, on distingue à peine l’horizon, zone légèrement plus claire au-dessus de l’immensité sombre. Cette nuit, pas de lune. Les soirs précédents, la pièce d’argent avait fait un bon bout de chemin en notre compagnie, éclairant froidement la crête des vagues qui faisaient danser le bateau d’un bord puis de l’autre. Mais cette nuit, non. On a traversé un orage en début de nuit, avec des litres d’eau qui se sont déversés pendant plus d’une heure. Quart de veille dans le carré. On se protège. Mais on avait allumé l’éclairage de pont pour signaler notre présence à des bateaux éventuels qu’on n’aurait pas pu voir faute de visibilité, en raison de la pluie qui s’abattait sur la mer. C’est spécial, cette impression d’avancer avec pour seul champ de vision le rideau de pluie grise éclairé par la lumière de pont. On s’enfonce dans un grand nulle part et on remercie Lam de savoir où il va, autopilote oblige.

En général, on se relaie toutes les 3-4 heures. Parfois plus, parfois moins, en fonction de l’état de fatigue. Personnellement, je préfère veiller. Je peux écouter des livres audio (j’ai écouté le bouquin d’Anna Gavalda, Ensemble c’est tout) ou rêver devant les vagues en admirant les paillettes dorées qui apparaissent le long de la coque lorsque l’étrave vient déranger le plancton qui s’illumine la nuit. Parfois aussi, comme hier Le Seigneur des Anneaux, je regarde des films. Mais il y a une constante dans ces activités : toutes les 20mn, on scrute l’horizon pour guetter d’éventuels bateaux. Ben quant à lui est un adepte des micro-siestes. Il lève le nez toutes les 20mn quand son réveil sonne, dort le reste du temps. On peut aussi jeter un œil sur la carte du GPS, histoire de savoir si des cargos sont en approche. Hier soir, on en a croisé 3 qui venaient pile face à nous. Notre GPS a le système AIS, qui indique les bateaux enregistrés (tous les bateaux commerciaux le sont obligatoirement) par un triangle. Il est ainsi possible de connaître leur position, leur destination et cap, leur vitesse et même leur nom, si on veut communiquer avec eux comme Ben l’a fait hier soir pour confirmer que l’énorme cargo qui venait vers nous nous avait bien repérés. Une règle à garder en tête, cependant. Face à un bateau de plusieurs milliers de tonnes comme ces mammouths des mers, on se taille vite fait ! Pas question de s’attendre à ce que ces mastodontes, qui mettent plus de 20 milles à simplement changer de cap, vous évitent ! Et comme ces bibittes avancent souvent à 20 nœuds et plus, quand nous plafonnons à 6 ou 7 nœuds, il faut pouvoir réagir vite pour anticiper les problèmes.

Certains soirs, comme cette nuit, peuvent être merdiques. Visibilité faible, mer hachée, moteurs assourdissants des heures durant… D’autres soirs sont féeriques. Comme il y a deux nuits. Lune claire haute dans le ciel, mer tranquille, Lam filait toutes voiles dehors, fièrement dressé sur chaque vague et tout allait paisiblement. Chaque nuit est spéciale. On veille alors que les gens de cette partie du monde dorment encore. Ça me rappelle un peu le rythme ‘shift de nuit’ des infirmières, mais en tellement plus poétique ! Et cette nuit, au milieu de l’orage, j’étais couchée près de Laé au plus fort de l’orage. Je ne voulais pas qu’il se lève et aille dehors pour nous chercher. Surtout, il faut bien sûr éviter de toucher quoi que ce soit en métal, au cas où la foudre frapperait le mât. On se sent si petit… Lam lancé sur les vagues, autour du bateau les éléments se déchaînent, et on navigue à l’aveugle. Mais c’est magnifique. Magnifique et terrible. L’exercice m’a longtemps terrorisée. J’essaie à présent d’en profiter pour travailler sur le lâcher prise. C’est une chose que la voile enseigne. Lâcher prise sur ce qui est trop grand pour nous. Ce sur quoi on a pas d’influence. C’est beaucoup plus reposant que de se faire du souci pour quelque chose qu’on ne maîtrise pas !!!

 

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