Première prise!

Voilà 3 jours que nous avons repris la mer, pour rejoindre les Bahamas, cette fois d’une traite. Après une soirée passionnante lundi avec Séverine, qui est passée au travers de mon arbre généalogique dans le cadre de ce qu’elle pratique – la biogénéalogie – et m’a aidée à mettre le doigt sur des vérités fondamentales dont je n’avais pas encore conscience, nous sommes partis mardi matin. Longues journées de navigation, les premières que nous faisons juste à 5 sur Lam. Et l’expérience nous surprend tous. Après les moments parfois houleux de ces dernières semaines, quand les uns ou les autres, fatigués de suivre le rythme des arrêts maintenance ou des soirées sur les bateaux copains, s’accrochaient gaiement pendant la journée, on ne savait pas à quoi s’attendre. Et le miracle a eu lieu. Il s’avère que chacun prend son espace sur le bateau, dans une harmonie qui nous étonne chaque jour. Il semble qu’en resserrant son cercle, la famille respire mieux, on se retrouve dans le rythme que nous aimons, sans retenue, sans affectation, sans devoir exister dans le désir des autres. Nous sommes décidément très tournés vers l’extérieur, et l’expérience de la navigation suscite justement chez moi des questionnements sur les limites de cet extérieur…

Mercredi, nous avions laissé la ligne de pêche accrochée toute la journée, sans rien prendre. On est un peu habitués. Il semble qu’un mauvais sort s’acharne sur Lam. Mais peut-être aussi que mes réticences à pêcher envoyaient un flot d’ondes négatives autour du bateau, éloignant les poissons aussi sûrement qu’une marée noire. Toujours est-il que mercredi soir, je décide de mettre la ligne. Crépuscule aidant, les poissons sont plus enclins à aller chasser, même si ce que je leur proposais était un horrible poulpe en plastique vaguement rouge.

Surprise. Au bout de quelques minutes, ça s’agite en arrière. On dirait qu’on l‘a trouvé, notre amateur de poulpes rougeâtres en plastique ! En remontant, apercevant seulement un bout de nageoire, on craint que notre première prise ne se soit déjà fait dévorer par un requin ou un barracuda vorace… Mais non ! Ce qui se débat au bout de l’hameçon est une très belle dorade coryphène ! Ses couleurs dorées paillettent l’eau de reflets étincelants. On la remonte, sous l’air impressionné des enfants. Puis, problème. Pour la manger, va falloir la tuer. Jamais été très forts sur la question, chez nous… Faute d’alcool à 90 degrés à lui balancer dans les ouïes (pour peu qu’elle ait l’alcool gai), Ben décide de lui couper franchement la tête pour abréger ses souffrances. Elle fut délicieuse. Et même mieux que cela. Grillée au barbecue, au milieu de nulle part, on l’a dégustée en se léchant les babines. Il reste que nous ne sommes pas fiers de nous. C’était une femelle, et elle était pleine. Ceci dit, pas moyen de faire le tri, les hameçons n’ayant pas encore été conçus avec un programme de reconnaissance électronique ‘spécial mâle en pleine forme’, ou encore ‘jeune femelle prépubère’. N’empêche, on était désolés. Et puis la mise à mort a un peu secoué Théo et Laé, qui ont eu une confrontation directe avec la mort qui les a un peu brusqués. Câlins tapoteurs (c’est Laé qui a inventé le concept : il câline et tapote en même temps de la main sur l’épaule ou le bras qu’il serre dans ses petits bras musclés) et petite discussion philosophique sur le sujet pour apaiser les âmes le soir, avant d’aller dormir. Mais c’est encore une leçon de vie qu’on aurait pas eue facilement en étant restés à Montréal…

 

Aujourd’hui, autre surprise. Pétole en milieu de journée. Le bateau faisait gaillardement un nœud de vitesse sans moteur et sans voile… On a donc largué une bouée au bout d’une corde, et on s’est tous baignés autour du bateau ! L’eau approchait les 30 degrés, elle était d’un bleu intense magnifique, et ce petit saut dans l’eau après 3 jours de nav fut bien accueilli. Les enfants en ont profité pour se laver (une fois n’est pas coutume !). Et ce soir, j’ai relancé une ligne avant le repas, avec l’espoir de constituer notre gueuleton. Surprise, la ligne est prise… par une grosse dorade, pas mal plus corpulente que sa copine d’hier. Magnifique poisson d’un mètre de long, aux écailles irisées de reflets arc en ciel. La bête est impressionnante, se débat. Faute d’une technique encore bien aguerrie, elle finit par nous filer entre les doigts en se décrochant elle-même de l’hameçon. Mais aucun regret : une bestiole qui est capable d’un geste aussi futé mérite de vivre. Surtout, nous sommes émerveillés de sa beauté, et heureux qu’elle ait pu s’échapper, tout compte fait. De toute façon, nous n’aurions pas pu manger une telle quantité de poisson ! Non, nous rions en la voyant s’échapper, et de bon cœur. Adieu, poisson magnifique !

 

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