Le marché à Luperon

Ce matin, c’est jour de marché ! Nathalie vient nous chercher, il faut être à l’heure si on veut récupérer les légumes et les fruits que nous voulons ! En route avec la smala et Olivier qui, s’étant fait tirer du lit par sa blonde, vient faire un tour en ville pour nous tenir compagnie. Luperon est un village niché au bord de la baie qui s’enfonce dans les terres, au pied de collines verdoyantes qui s’allongent loin dans le paysage. Les animaux sont omniprésents, depuis les chiens qui sont à tout le monde et à personne et qui ne montrent jamais les dents, jusqu’aux chèvres qui trottinent de ça de là, en passant par les vaches qui paissent où elles peuvent tranquillement sans se laisser émouvoir par les motos et les scooters environnants. Car ça pétarade, à Luperon, c’est même le moyen de transport favori, les deux roues !! Ça fait donc un joyeux tintamarre, qui rivalise avec la musique qui envahit les rues dès le matin. Tout le monde ici vit dehors. Des grand-mères déplument le poulet qui fera le repas du jour sur le pas de la porte, des enfants jouent dans les rues et derrière les maisons, les jeunes gars se tapent la discute à cheval sur leur bécane et les jeunes filles leur font des œillades en passant dans leurs jolies robes… Les maisons ont bien des portes, mais toutes restent ouvertes à longueur de journée ! Nathalie nous entraîne vers le marché. En fait de marché, nous nous retrouvons devant un camion qui amène chaque mardi matin des légumes et des fruits frais venant tout droit de la campagne environnante. Tout est organique, ici, par défaut ! Pas de ces engrais chimique et de ces pesticides qui vous taillent des cancers sur-mesure ! C’est sans doute une famille qui tient l’affaire et tout le monde est mis à contribution. Ils ont disposé à même le sol, sur des bâches en plastique, des légumes en tas bien propres. Plus qu’à se servir avec les sacs plastiques que nous tend gentiment le monsieur qui reste assis sur son tabouret, lui qui n’a plus qu’une jambe, l’autre étant soutenue par une prothèse. Alors on se penche, on ramasse des trésors de légumes frais, beaux et qui sentent bon… Une jeune femme m’aide à mettre les sacs dans le cabas, un sourire lui barrant le visage, je l’embrasserais tellement elle est adorable, simple. La générosité aussi naturelle et gratuite, ça me fait craquer le cœur en deux. On baragouine quelques mots d’espagnol, qu’il est frustrant de ne pas pouvoir aligner plus de deux mots et d’ânonner des termes qu’on vient d’entendre et qu’on essaie tant bien que mal de répéter ! Mais bon, tout cela se termine au mieux, grâce à l’entremise de Nathalie qui traduit, s’exclame, nous aide et sourit au tout venant. Un homme emballe mes pommes de terre, les pèse, et me rajoute à l’œil 3 autres spécimens en montrant du menton mes 3 mômes qui jouent à côté.

Après une escale chez le marchand d’œufs, dévalisé par nos soins lui aussi, Olivier nous offre au coin de la rue des empanadas, friture délicieuse renfermant fromage fondu et morceaux de jambon, en guise de petit déjeuner. On dévore le tout avec appétit, décidément, nous adorons la bouffe locale ! On continue notre périple vers des petits magasins, Nathalie nous montre les endroits où nous pourrons faire nos petites courses: ici pour les yaourts et les haricots secs, là pour la quincaillerie, etc. On arrive devant une petite maison, à droite de laquelle se trouve un bout de mur découpé d’une fenêtre, dans le jardin. Il s’agit de la boucherie ! Quelques mères de famille font la queue, et le boucher découpe sa viande selon les demandes. Ce matin, notre bœuf local est venu lui même ici pour se faire couper en petits morceaux. Plus frais que ça, tu meurs !

Puis nous dégusterons un jus frais chez la marchande qui presse les meilleurs fruits du coin, nous irons rendre visite à un pote de Nathalie et Olivier qui tient un bar branché de la ville à la déco occidentale très feng shui, nous poursuivrons jusqu’à chez Mario, un des amis de nos amis qui est un des notables de la ville et qui élève quelques chevaux. Puis nous atterrirons chez Roberto, marseillais arrivé là à une époque antédiluvienne et qui nous accueille gentiment dans son échoppe. Nous dégusterons chez lui des ‘pica pollos’, poulet frit dans de la panure et qui a un goût absolument délicieux (écoeuuuurant, diraient les québécois) autour d’un verre de la bière locale. BREF, une matinée drôlement bien remplie, on ressort de là avec des odeurs, des couleurs, des visages dans la tête, et des tas de victuailles dans le cadis, puisqu’en plus de nos courses, Nathalie et Olivier ont tenu à nous faire cadeau de petits trucs locaux qu’il nous fallait goûter à tout prix !

Pour la fin de la journée, je vais remettre mon costume d’infirmière, puisque j’ai deux patients qui m’attendent ! Alors je monte soigner le genoux de Nicole, gamine de 13 ans qui fait les cours de voile et que me présente Olivier, qui savait qu’elle avait une méchante plaie infectée. Je fais ce que je peux avec ma trousse de premiers soins, mais au moins elle ne hurle pas et ressort avec un beau pansement (qu’elle s’empressera d’enlever dans la soirée parce que ça piquait trop !). Mario a aussi besoin d’une crème anti inflammatoire pour une tendinite, alors je déballe mon stock et j’officie, ravie de pouvoir rendre à ces gens si accueillants un peu de ce qu’ils donnent sans compter. D’ailleurs, pour donner une idée de la grandeur du personnage, il faut savoir que Mario, petit homme dont le sourire immense éclaire le visage mobile et vivant, est une des personnes les plus impliquées dans le club de voile. Il accueille aussi chaque jour chez lui un petit groupe d’enfants haïtiens, à qui sa femme fait la classe pour les mettre à niveau. Lorsque certains de ces enfants sont prêts à intégrer le système scolaire local, on les envoie à l’école avec les petits dominicains. Ici, l’entraide est évidente et naturelle. Quelles belles leçons de vie pour nos pays riches, dans lesquels ces gestes là ne sont pas franchement monnaie courante…

 

 

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