Et un thon frais, un!

Voilà plusieurs jours que nous avons quitté Luperon pour regagner le sud. Nous attendions la bonne fenêtre météo, celle qui offrirait pour notre descente les vents les plus faibles, pour nous permettre de remonter le vent sans trop de dommages et de fatigue. Finalement, nous avons pris la mer après avoir salué nos amis Nath et Olivier, mardi soir dernier. Première escale prévue : Samana, sur la côte Nord de la République Dominicaine. Trajet rapide et sans encombres, pendant lequel nous avons même fait un peu de belle voile, avec des pointes à 7 nœuds ! À Samana, nous avons atterri dans une magnifique marina toute neuve, celle de Puerto Bahia, au centre d’un resort de grand luxe avec piscines à débordement, déco digne des grands hôtels, à base de mixture visuelle zen et végétale, très feng shui… En revanche, service qui laisse à désirer, et puis des gars de la marina équipés de deux mains gauches et sachant à peine faire un nœud de taquet… Ils sont visiblement encore en plein apprentissage, vu que l’endroit a seulement deux ans. Il reste que l’escale fut parfaitement agréable, très peu chère, bizarrement, et on a profité à plein de la piscine du Café del Mar qui bordait la mer au milieu d’un jardin agrémenté de transats et de petits endroits intimes… En fait, on pourrait presque dire que les enfants ont investi la piscine, y passant le plus clair des deux jours que nous y avons passés !

Nous en sommes partis hier soir, après avoir fait la connaissance d’un couple de Sud Africains, partis de Cape Town en février dernier, et qui voyagent avec leurs deux enfants (qui se sont du reste très bien entendus avec nos 3 crapauds !). Depuis hier, voyage le long des côtes de la République Dominicaine, et, comme deux jours auparavant, nous nous faisons des frayeurs en naviguant près des côtes. Il faut savoir que c’est le seul moyen ici de remonter le vent sans trop de problème. Les alizés étant établis dans la journée à 10-15 nœuds en moyenne, il est difficile de naviguer de jour. En revanche, durant la nuit, un phénomène local se produit avec les côtes montagneuses de l’endroit, en raison des vents dits catabatiques. Ces vents de terre descendent des montagnes et contrent temporairement les alizés, ce qui a pour effet d’annuler ces derniers. Le résultat est qu’il est alors possible d’avancer contre les vents et courants dominants sans trop de problème. Le souci, c’est que pour bénéficier de cette particularité géographique, il faut naviguer très proche des côtes. Et à cause de cela, nous nous sommes fait peur plusieurs fois ces derniers jours. Car il faut savoir que, si les Dominicains ne sont pas des adeptes de la mer, il reste quelques pêcheurs intrépides qui se déplacent sur le grand océan… à rames ! Jusque là, pas de problème. Sauf que ces Dominicains d’un genre particulier offrent un défi quotidien à Darwin par leur pratique quasi suicidaire de la pêche… En effet, on avance dans la nuit avec une visibilité très relative, et on aperçoit au loin une lumière. Bon, on la surveille, en se disant qu’on pourra bien changer de cap au besoin. Sauf que la lumière s’avère être finalement beaucoup plus proche qu’on pensait et que, même… on est juste à côté de notre bonhomme ! Celui-ci, imperturbable, continue de pêcher sur sa barquette minuscule et, bien entendu, indétectable par notre radar. Il a placé SOUS L’EAU une lampe – la lumière qu’on a aperçue depuis quelques minutes- qu’il ne nous est pas possible de voir en continu, à cause de la houle. Donc le gars se permet de gueuler un peu à notre approche pour nous avertir de sa présence, aucune autre lumière à bord, pas de radio pour nous prévenir, et avec le bruit que font nos moteurs, impossible de l’entendre. On en sera quitte pour une belle trouille, on aurait pu couper son bateau en deux ! Le résultat est que l’on devra désormais s’astreindre à une veille très attentive et détecter la moindre loupiote au loin dès qu’elle apparaîtra. Du coup, je décide de camper pendant mes quarts à la barre, et de retarder encore un peu le visionnement de la fin du 4ème CD du Seigneur des Anneaux, commencé il y a quelques semaines à l’époque où les quarts de nuit étaient plus cools ! Mon pote l’ipod bien au chaud dans mes mains, je me passe des sketches de Coluche, Muriel Robin, Pierre Desprogres, quand je n’écoute pas carrément les podcasts de la marche du siècle ou de 2000 ans d’histoires pognés sur le site de France Inter par nos amis Nath et Olivier. Bonheur de rire aux éclats, aux petites heures du matin, alors que tout le monde dort sur le bateau et que l’océan s’étend autour de moi à perte de vue, parce que je réécoute pour la millième fois ce numéro de Muriel Robin qui vient d’apprendre que sa fille va épouser un noir… noir !!!

Aujourd’hui, j’ai senti que le moment était propice pour la pêche, et j’ai mis la ligne à l’eau. Excellente idée : nous avons pris notre premier thon !!! On l’a dégusté ce midi, grillé à la poêle après l’avoir fait mariner dans des herbes et de l’huile d’olive. Plébiscité par toute la famille, un délice ! Nous avions acheté un filet à Nassau pour éviter d’avoir à remonter les poissons au bout de la ligne, manœuvre qui nous avait fait perdre deux prises déjà. Et ça fonctionne super bien. Côté pêche, ce n’est pas toujours moralement aisé : nos amis d’Afrique du Sud nous ont raconté ainsi que, deux fois de suite, ils ont pêché de belles dorades coryphènes. Mais attendu que ces animaux là prennent un compagnon pour le garder toute la vie, l’amoureux de leur prise nageait désespérement à côté et ils n’ont pas eu le cœur de briser le couple… Alors ils ont deux fois relâché leur repas pour ne pas subir les affres de la culpabilité qui n’aurait pas manqué de s’ensuivre !

 

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