Le bruit de la pluie

Déjà en mai… Et l’eau tombe, tombe et tombe encore, réjouissante et généreuse… Je connais beaucoup de gens qui s’en désespèrent. Moi, à l’instar de mon petit dernier, je l’adore ! J’ai encore dans les oreilles le bruit de la pluie qui tapait sur le pont du bateau, lorsque nous habitions dans les Caraïbes et que nous recevions comme une bénédiction cette pluie qui tombait en rideau sur le paysage. Rien ne comptait plus que ces trombes d’eau qui immobilisaient le temps et l’espace. Rien ne pouvait alors se faire sans compter sur cette eau qui s’insinuait partout. On appelait les enfants, on se jetait sur toutes les brosses que contenait le bateau, et on en profitait pour nettoyer le pont, pour profiter de toute cette eau qui tombait du ciel ! J’adorais ces scènes de remue-ménage en famille !

Alors ce soir, je rentre d’une séance passionnante (comme souvent) et j’ai envie de jouer dans les flaques. Je prends Zoé avec moi (petit chien à grandes oreilles et à la démarche sautillante, même si elle n’est pas une grande fan de la pluie !) et on part sur les chemins ! Les écouteurs sur les oreilles, je ne me gêne pas et je chante à tue tête ! Pas de doute : c’est moi qui la fais tomber, cette pluie 🙂 Mais personne pour me lancer les tomates : tous les promeneurs sont rentrés chez eux, on est toutes seules Zoé et moi à profiter des gouttes qui s’abattent sans pitié sur le paysage. J’en profite pour attraper quelques vers de terre dans un mouchoir, histoire de les faire émigrer joyeusement dans mon jardin doté d’une terre pauvre comme un jour sans pain… Et je me promène sous les gouttes sans chercher à les éviter, parcourant les rigoles qui dégringolent de la pente, essuyant celles qui dégoulinent sur le visage, et riant toute seule à ce moment délicieux et gratuit, trempée comme si j’avais sauté dans la piscine, heureuse et amoureuse… Ce soir, je suis un peu Barbara…

 

Barbara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abimé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert, Paroles

 

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Petite respiration printanière

En ces jours de confinement, il nous est demandé de rester à la maison. Pour autant, il est permis une petite promenade quotidienne, à titre « d’exercice ». Profitons-en pour faire un tour dehors… Histoire d’apaiser, l’histoire de quelques minutes, les tourments d’un monde qui tourne sur lui-même en boucle. Je vous l’avoue, j’ai un penchant très notable pour la pluie. D’ailleurs un de mes fils ne s’y trompe pas, qui déclame à qui veut l’entendre que le meilleur temps qui existe, c’est un temps pluvieux et venteux à souhait. Le genre de temps parfait pour… se confiner avec un bon bouquin dans un coin de sa chambre comme dans un terrier confortable ! Et cet après-midi, chance pour lui, il s’est mis à pleuvoir. Je l’ai imité et je suis sortie, seule. Ou plutôt accompagnée de mon parapluie. Grosses godasses aux pieds. A l’instar de ces moments magiques dans l’enfance de mes enfants, quand je leur intimais l’ordre rieur d’enfiler des bottes pour pouvoir… sauter dans toutes les flaques du chemin qui menait à la garderie. Ils s’exécutaient en hurlant de plaisir, et tout le monde était heureux ! Grosses godasses, donc et je m’empresse d’aller rendre visite à cette amie humide qui déverse des tonnes de flotte sur la nature environnante. Cette dernière, je l’entends qui frémit de joie à recevoir toute cette eau. Elle qui se retenait, malgré le printemps, de sortir fleurs et feuilles vertes en attendant, prudente, l’arrivée de l’indispensable rafraîchissement. La pluie arrive donc en terrain conquis, et s’insinue dans la terre pour le plus grand bonheur de tout ce qui y pousse. Et moi, je remplis l’office et je saute dans les flaques. La pluie s’invite sur le parapluie et y crépite joyeusement, cela fait comme un de ces morceaux de piano qui dansent parfois dans l’air en courant à toute vitesse. J’ai en tête ce morceau de Yann Tiersen, La Corde, de l’album Tabarly. La pluie, je la vois qui tombe en rigole lorsque j’écoute cet air magique où le piano se lance dans une course poursuite à travers les notes. Je continue mon chemin sur la petite route qui borde les champs. Sur le goudron, les gouttes sautillent et rebondissent comme des puces excitées, ou brouillent les flaques créées par les creux du bitume. On sent des relents de terre humide s’élever dans l’air et les nuages ardoise donnent une impression de fin du monde qui me dilate le cœur. C’est une liberté enivrante qui s’impose comme lorsque, sur le bateau qui nous emmenait dans une île quelconque, le vent s’engouffrait dans les voiles et nous laissait l’ivresse de la vitesse. Sur terre comme sur mer, il est possible de lever les voiles, dans la tête et dans le cœur. Un peu plus tard, c’est le soleil qui reprend la place, joue des coudes entre les nuages pour leur disputer un autre rôle dans le ciel troublé. L’horizon s’éclaire devant moi. Je m’arrête un instant devant les vaches et les veaux minuscules qui broutent dans le champ. Paisibles, elles ne trouvent rien à redire à ces rayons qui traversent le paysage, la lumière qui éclabousse la route et l’herbe à côté. Mais, décidant que le gris du ciel lourd derrière moi a des couleurs qui m’attirent bien davantage, je rebrousse chemin, d’un pas décidé. Le cœur plus léger à mesure que je marche, chaque bol d’air a le même effet salvateur sur mes humeurs, quelles qu’elles soient au départ. Je traverse le champ aux herbes hautes, abimant d’humidité le bas de mon pantalon, mais qu’importe. Je peux admirer les diamants que le soleil dépose dans chaque goutte de pluie s’attardant sur les feuilles. Les papillons d’un bleu éblouissants et qui virevoltent au gré des plantes, contents de cette trêve solaire. Il est temps de rentrer. Histoire de donner la chance de cuire au gâteau écureuil que je dois préparer avec mon amoureux de la pluie préféré…

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